Un coup de gueule à France Inter

lundi 26 septembre 2005
Non, non, je n’étais pas invité à France Inter!

Comme ça m’arrive de temps en temps, je me suis fendu d’un mail à la rédaction :

Bonjour,

Je vous ai déjà écrit pour dire le mal que je pensais de votre façon de prendre parti dans l’information. Il y a souvent un décalage entre votre façon péremptoire d’analyser et la perception de la réalité que peut avoir toute une frange de la population qui ne se reconnaît même plus dans ce que vous appelez l’échiquier politique.

J’ai écrit en son temps à la rédaction sur ses prises de position dans le conflit des intermittents.

Je vous ai réécrit pour contredire vos analyses du scrutin de 2002.

Je l’ai refais pendant la campagne des régionales pour lesquelles vous n’aviez pas été capable de soupçonner une victoire de la gauche.

Pour les européennes, vos prise de positions étaient tellement caricaturales que j’ai préféré ne pas me donner la peine de vous écrire, sachant que le scrutin viendrait vous contredire.

Ce qui est très frustrant dans tout ça, c’est cette impression qu’une partie des auditeurs n’existe pas, toute une frange de la pensée collective qui n’est pas prise en compte dans vos programmes d’information.

Ce matin c’est Bernard Guetta qui m’a fait bondir sur le clavier. Son intervention (à propos de la relation France/Algérie) pour dire que les choses étaient complexes et qu’il n’y avait pas de méchants et de gentils, était pour le moins très maladroite.

Non, Monsieur Guetta, la colonisation n’est pas seulement une utopie humaniste et les méfaits pour les populations concernées ont été énormes. Acculturation, déculturation, humiliations, exploitation destinée à enrichir les pays colonisateurs…

Et quand ,pendant la deuxième guerre mondiale (je passe sur la première), on utilise les hommes d’Algérie, de Tunisie, du Maroc pour libérer la France par le sud, que ces mêmes hommes se montrent héroïques dans ce combat et que De Gaulle leur interdit de participer au défilé de la libération, qu’on assassine ceux qui veulent rentrer chez eux en refusant de continuer vers l’Indochine, qu’on indemnise si mal ces anciens combattants, que l’histoire réécrite les plonge dans l’oubli, comment pouvez-vous vous contenter de penser qu’il n’y a pas de gentils et de méchants ?

Sur le fond, vous avez raison de dire qu’on a tort de trop schématiser mais il a des moments où les choses doivent être dites avec force. On ne pourra jamais dépasser de tels sentiments d’injustice et d’humiliation avec des phrases faussement réconciliatrices.

Dans cette histoire, je crois qu’il y a quand même eu vraiment des méchants et qu’ils sont facilement identifiables. Même s’il y en a eu de l’autre côté, comme le disait un auditeur, ces derniers ne sont pas grand-chose en regard de notre responsabilité.

Sans être particulièrement visionnaire, je suis de ceux qui pensent que bien des problèmes seraient résolus en France si le pays tout entier dénonçait fermement ces injustices passées. On ne construit rien de bon sur le mensonge et le déni.

Pour ma part, j’ai beaucoup appris sur le tournage d’Indigènes de Rachid Bouchareb où j’étais acteur. A force de récolter les témoignages pendant les quatre mois de tournage, je finissais par avoir honte d’être français.

Cordialement.

Bernard Blancan

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2 commentaires pour Un coup de gueule à France Inter

  1. lolo dit :

    Bravo… j’en ai les larmes aux yeux…

  2. Hé bé, Lolo, y faut pas pleurer! Bises  

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