Répéter ? (réflexion destinée aux réalisateurs)

Dimanche 30 avril 2006
Profitons de ce week-end pour réfléchir sur l’usage de la répétition en tournage. On sait que certains acteurs sont pour et d’autres contre. Sur l’idée, je ferais plutôt partie des seconds. En effet, une séquence trop répétée fait peur. Quand on arrive à un bon résultat en répétition, il est rare qu’on retrouve la même justesse, la même spontanéité quand les prises sont tournées. D’où une grande frustration.

C’est d’ailleurs ce qui m’est arrivé pour le premier jour de tournage de PJ. Je suis arrivé, on a fait une mise en place rapide (très facile pour moi puisque j’étais assis face au bureau des flics), on a répété avec le texte et tout se passait merveilleusement bien. Mais dès qu’on a dit « moteur !», les enjeux n’étaient plus les mêmes et, ajoutée à celle de cramer de la pellicule, il y avait la pression de retrouver la légèreté de la répétition.

Cela ne veut pas dire pour autant qu’il ne faut pas de répétition. Un acteur a besoin d’étapes indispensables. On a beau avoir appris son texte, dès lors qu’il faut le dire dans l’espace de jeu, avec des contraintes de déplacement, l’acteur peut vite donner l’impression d’avoir tout oublié. Hé oui, on n’est pas des surhommes ! Le cerveau doit assimiler les contraintes de déplacement, les mémoriser en les éprouvant et, dans ce même temps, livrer les mots qui ont été appris auparavant. Le centre de la mémoire est donc sollicité dans les deux sens : mémorisation et restitution.

Quand on voit un acteur chercher son texte quand il trouve ses premières marques sur le plateau, il faut arrêter de penser qu’il ne l’a pas travaillé (même si c’est parfois réellement le cas). Simplement il met en place la synchronisation de sa mémoire corporelle avec celle qui lui a permis d’assimiler son texte. Il y a un neurologue dans le blog ?

L’idéal serait d’accorder un temps de mise en place technique dans lequel le texte est donné sans toutes ses nuances de jeu, nuances que l’on peut réserver aux prises tournées. Ce temps étant évidemment directement proportionnel à la difficulté des déplacements. Sans compter que la justesse que l’on doit trouver dans l’interprétation du texte doit se trouver aussi dans les actions physiques.

Savant dosage. Drôle d’alchimie…

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