Prison

Mardi 30 janvier 2007
J’étais pas fier, en entrant en prison (comme dirait Serge). L’accueil y est très différent de l’hôtel. Première cour : « vous voyez, c’est ici qu’il y avait la guillotine ! ». Oui. D’accord. La surprise du premier couloir, c’est l’odeur de pressing. Le reste, c’est une entrée dans les images que l’on connaît. Prison vétuste. Grilles. Alignements de cellules. Des gens qui circulent. Beaucoup de matons. Des détenus qui communiquent en criant par la fenêtre.

Ça c’est le décor. Celui qu’on a vu dans les films. Celui qui fait peur. Qui me fait peur. Je fais partie de ceux qui pensent que la prison est une bien pauvre solution. Évidemment que, quand on est enfermé, on trouve ses repaires, on survit, on vit. Mais quand même.

L’atelier vidéo avait réalisé un court-métrage très fort à partir d’une séquence d’Indigènes et de la parole de détenus. Très émouvant.

Pardon pour le lieu commun mais j’ai été frappé par la force des regards des prisonniers. Un mélange entre la surprise de voir des gens que l’on aurait pu croiser n’importe où et présentant en même temps un charisme incroyable. Une détermination. Une fragilité visible aussi. Une mine à personnages, pour un acteur. Mais on n’est pas au zoo !

Bref, très touché par cette expérience. La discussion avec les gens de l’atelier, pendant la projection était très intéressante. Le débat qui a suivi le film laissait transpirer quelques relents de haine pour une société raciste et discriminatrice. Face à nous, des prisonniers politiques corses, basques et beaucoup de gens de couleur. Mais le débat a réellement eu lieu et on est passé de « pour s’en sortir, il faudra en passer par notre sang » à « mieux vaut toucher les consciences et sortir des réactions de violence ».

Dommage que les politiques ne participent pas aux débats d’Indigènes. C’est très instructif et passionnant.

Tout à l’heure, changement de décor : Direct 8.
Cet article a été publié dans blancan. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

10 commentaires pour Prison

  1. Pas facile… Nulle part ! Ici, en Guyane, même surpopulation, mélange des langues et des cultures très important (brésiliens, surinamais, guyanas, haïtiens,…) et une maison d’arrêt au bord de l’implosion… La drogue fait des ravages… Cette terre est très belle, mais très dure et cruelle… Et le microcosme de la prison résume assez bien les difficultés de gestion de centaines de kilomètres de forêts et de fleuves en guise de frontières… La Guyane est l’Eldorado de ce nord de l’Amérique du Sud. Et elle en paye le prix, fort. Claire Desplat

  2. LOU dit :

    C’est vrai que tu passes bien à la télé, même sur un écran de la taille d’un paquet de cigarettes (Direct 8 via le net, je ne connaissais pas, voilà c’est fait, je me coucherai moins idiote, et j’ai veillé pour te regarder… d’habitude à cette heure-là, je fais dodo).Très très jolie, la jeune femme à côté de toi… Fais de beaux rêves.Une petite chose :quand tu parles du film, tu es transfiguré, on sent quelqu’un de passionné par ce qu’il fait, il n’y a aucun doute à avoir là-dessus, tu ne t’es pas trompé de voie.Bises.E

  3. Zut ! Râté ! J’ai pas eu idée d’aller voir sur le site de la chaîne… Bon, ben autant pour moi… J’avais même pas l’excuse de l’horaire tardif, moi, avec mes – 4 h ! Je crois Lou sur parole, alors… Et un Blancan en pleine forme, un ! Claire Desplat

  4. Guy Gauthier dit :

    Le quotidien Aujourd’hui le Maroc Indigènes en quête de nationalité Au lendemain de sa sélection aux prochains Oscars sous la bannière de l’Algérie, une vive polémique a éclaté à propos de la nationalité du film «Indigènes». Le film «Indigènes» doit-il se présenter aux Oscars sous les couleurs de l’Algérie ? C’est la question qui divise le réalisateur franco-algérien Rachid Bouchareb et son pays d’adoption, la France, qui a mis le paquet pour la production de ce film, sans compter que le lieu de tournage a été principalement le Maroc, qui a mis à la disposition de l’équipe de tournage de gros moyens logistiques. Le ton de cette polémique a été donné par le quotidien français «Le Figaro», qui a rappelé, chiffres à l’appui, l’apport financier considérable de la France à la production de ce film. «La France, via ses chaînes de télévision publiques France 2 et France 3 auxquelles il faut ajouter Canal +, a participé à hauteur de 90% dans les 14,4 millions d’euros de budget. A cet apport massif renforcé par l’agrément du Centre national du cinéma, il faut ajouter quelque 650 000 euros d’avances sur recettes (le plafond maximal), 150 000 euros d’aides pour les effets spéciaux, plus les aides de Sofica (Société pour le financement du cinéma et de l’audiovisuel) et les divers crédits d’impôts », a précisé le quotidien. Pour le reste, c’est-à-dire les 10%, ils sont à partager entre le Maroc et l’Algérie, sans oublier la contribution de quelques sociétés de production dont celle de l’acteur franco-marocain Jamal Debbouze, «Kiss Films». Le Maroc a, par ailleurs, mis son armée à la disposition de l’équipe de tournage de ce film, réalisé par Rachid Bouchareb avec les acteurs Jamal Debbouze, Sami Nacéri, Roschdy Zem, Bernard Blancan, et Sami Bouajila. La polémique, qui a éclaté en France, n’a pas manqué de rejaillir sur le Maroc. Le point de vue du président du Centre cinématographique marocain (CCM), Noureddine Saïl, se veut conciliant. «Je pense que si l’on s’en tient à la stricte production, le film doit être franco-maroco-belge. Maintenant, le réalisateur peut exciper de sa double nationalité franco-algérienne et demander que le film soit considéré comme algérien. En tout cas, cela n’enlève rien au mérite qu’a eu le Maroc d’appuyer totalement ce film. Et cela honore le continent africain d’être représenté aux Oscars», indique M. Saïl. Reste une question: pourquoi le film «Indigènes» a été présenté au dernier Festival de Cannes en tant que production franco-maroco-algéro-belge ? Au nom de quelle nationalité a-t-il décroché le Prix collectif de l’interprétation masculine ? Pourquoi a-t-il changé de cap lors de sa nomination pour les prochains Oscars, prévus le 25 février 2007 ? La réponse est toute simple : le règlement de Hollywood stipule qu’un «film étranger» doit obligatoirement avoir une nationalité. N’empêche, un grand débat s’invite dans les milieux du cinéma sur les questions suivantes : à qui appartient réellement un film ? A son réalisateur ou à ses producteurs ? Qu’en est-il aussi des comédiens ? Une chose est sûre: dans le cas qui nous concerne, c’est «Indigènes» qui sort vainqueur de l’actuelle passe d’armes. Le 30-1-2007

  5. serge barande dit :

    J’ai assez récemment rencontré ce qu’on nomme usuellement une « visiteuse de prison » qui, sans évoquer les « odeurs de pressing », avait été autant frappée que toi par les personnalités rencontrées, exprimant souvent au fil de la discussion leur charisme. Elle m’a dit que certains n’avaient vraiment pas leur place là, qu’ILS étaient en train de les détruire un peu plus. Cette dame a plus de 70 balais et ça fait plus de 35 ans qu’elle se consacre à l’ouverture des esprits, au fil de débats organisés, d’enseignement, et de lectures particulières. Elle était instit avant que l’âge de la retraite ne la chope au vol. Donc, elle continue, d’une autre manière mais elle continue son travail d’éducation.

  6. Je fais un effort et surtout… je mets ma veste!

  7. Oui, on peut encore parler de ça. Mais nous, on en a marre. Indigèenes était à Cannes sous la banière algérienne. Il l’est aussi aux Oscars. Et alors?Dans toutes les interventions télé, Rachid rappelle (et on le fait tous) que ce film n’aurait pu se faire sans le Maroc qui est avec la France le principal producteur. Et c’est vrai aussi qu’Indigènes passe mal aux yeux des algériens (à cause du début).L’Algérie, c’est pas un choix politique mais stratégique. En sortant le 27 septembre en France, le film ne pouvait pas concourir aux Oscars. La ruse pour y parvenir, c’était de passer par l’Algérie. On y est. Vive la France, Vive le Maroc, Vive la Belgique, Vive l’Algérie mais surtout, Vive le cinéma!

  8. Bravo et la dame! Mais il paraît que la France n’a pas la palme des prisons pourries européennes : il y a la Moldavie. On vit dans un beau pays!

  9. D&D dit :

    Merci pour ce récit, particulièrement intense à lire -et sans être au zoo, bien sûr. C’est un « sujet  » qui me touche beaucoup. Me manquent sans doute encore du courage et de la justesse pour être à la hauteur de ce type d’implication. Mais j’y réfléchis beaucoup…

  10. Bernard Blancan dit :

    Je n’ai pas renouvelé l’expérience mais suis certain que l’occasion se présentera à nouveau.

Les commentaires sont fermés.