Article à risque

Mardi 18 septembre 2007
Demain, je ressors le costard. Pour jouer un Homme en noir. Je ne porte ce type de vêtement que pour jouer.

J’ai reçu une pièce que je dois lire. On m’en avait proposé une autre le mois dernier. Mais voilà, je ne peux pas faire de théâtre. J’ai déjà du mal à gérer mon propre spectacle. Comme je suis encore dans la phase où je laisse la priorité aux tournages, pas possible de me lancer dans des productions théâtrales. Elles nécessitent de s’engager très en avance tandis que les tournages tombent au dernier moment.

Pourquoi ne pas choisir de faire du théâtre pour un temps, vous demandez-vous ? Parce que j’ai la chance de tourner et que je ne sais pas encore combien de temps ça va durer.
Je me balade parfois avec une copine actrice dont vous connaissez tous le visage. On ne fait pas un pas sans que quelqu’un se retourne sur elle ou vienne lui dire qu’il l’a vue dans tel ou tel film. Oui mais voilà, cette même copine est obligée, régulièrement, d’aller bosser comme vendeuse car elle ne tourne pas assez.

On est vite mis au rebus, dans ce métier. Ou encore, utilisé avec parcimonie si l’on ne fait pas partie de la petite cinquantaine de comédiens que l’on voit dans tous les films. A ce niveau, ces acteurs sont des produits considérés à tort comme vendeurs. Les productions se montent sur cette petite cinquantaine de noms. De temps en temps, un nouveau ou une nouvelle surviennent. Et ce sont d’autres qui disparaissent. On est en pleine loi du commerce.

Regardez comment on a construit commercialement la coupe de monde de rugby. Ce sport ne concernait que des populations très ciblées régionalement. Les gros annonceurs publicitaires, croyant aux possibilités d’un bon parcours de l’équipe de France, ont vu l’aubaine que représentait une surmédiatisation de l’événement. Le sport fédère et s’appuie sur le sentiment national. Il fait vendre. Même Sarkosy a senti qu’il y avait un truc à jouer. Laporte au Gouvernement !

On a organisé deux matchs contre les anglais un peu avant, on a choisi quelques joueurs pour en faire les héros (qui connaissait Pelous, Chabal ou Elisalde il y a trois mois ?) et on a bombardé des kilomètres le jingles avec force ralentis et musiques de péplum. Imaginez la gueule des annonceurs, le soir de la défaite contre l’Argentine ! Imaginez le champagne contre la Namibie. On devine aisément les stratégies publicitaires de repli. Si les français s’avèrent mauvais, on les ridiculisera, leur préférant les All Blacks, l’équipe en noir, celle des surhommes, celle qui fera rêver le client.

Les acteurs, à leur échelle, c’est la même chose. Pour ma part, après le prix à Cannes, lors de la médiatisation d’Indigènes, j’aurais pu devenir un produit vendeur (un acteur qui croule sous les scénarios). Parfois, il suffit de moins! Mais ça ne s’est pas fait. Noyé dans les 5. Pas une gueule qui accroche la ménagère ou le bobo. Pas l’humour télévisuel (rassurez-vous, ma gueule et mon humour me vont très bien).

Et pourtant, je tourne. Pour d’autres raisons, j’espère. Alors j’en profite. Je ne laisse passer aucune chance. Pas question de bloquer mon agenda. Pas de théâtre pour l’instant. J’aurai tout le loisir de m’y consacrer (avec grand plaisir, d’ailleurs) quand je n’aurai plus d’attente dans le cinéma… ou si, devenu une marque, je pourrai dire sans sourciller « désolé mais pendant un an, je fais du théâtre !».

Ce n’est pas de l’amertume. Juste du réalisme. Connaître sa juste place permet d’avancer.

33 réflexions sur « Article à risque »

  1. Choix très réalistes, non…? Pourquoi bloquer toutes ses activités, diverses et variées, tant qu’il y en a, pour un seul projet ? Même si le théâtre, c’est vachement adorable. L’eclectisme prévaut me semble-t-il ou alors, comme tu le dis, il faudrait que tout s’arrête brutalement. Et tu as pu peut-être le vivre ou le sentir venir parfois (?). Mais quelle est la période temps à considérer pour décider que ça s’arrête ? Je veux dire par là qu’à partir de combien de jours ou semaines lors desquels tu ne reçois pas de propositions, dois-tu considérer le mauvais frémissement ? C’est encore une histoire de confiance en soi et ses chances, des relations dans le métier, du contexte temporel – y a des moments où peu de choses se passent – et du moral en cours. Vaste considération !Mais au fond, est-ce que ça ne te ferait pas franchement chier de devenir « banckable », avec des putains de pressions, des prod sur le paletot, de quoi même parfois se faire embarquer dans des projets bien pouraves, et j’ai des exemples en tête…Encore un article pour réfléchir… Impeccable !Et Villepreux, Cantoni, les frères Gachassin, le gros et terrible Alain Estève (père spirituel de Chabal), qui-qui s’en souvient ?Et Spangherro ? Les plus jeunes doivent croire que c’est juste une marque de cacoulpif…

    J'aime

  2. L’acteur en refuse parfois. Mais il doit avouer qu’il a la faiblesse d’être plus à même de choisir quand le salaire est dérisoire… Néanmoins, j’ai toujours l’impression que je vais pouvoir faire quelque chose du rôle qui m’est donné. Sinon, j’essaie de ne pas faire sans vraiment l’assumer (prétexte d’emploi du temps, par exemple…).

    J'aime

  3. ça ne s’arrête jamais brutalement. ça diminue, s’éparpille. Il me semble avoir pas mal d’intuition en matière de projection. Si on ne veut plus de toi, c’est pas de ta faute. C’est conjoncturel et ne veut pas dire que c’est définitif, par conséquent. Mais si t’es pas trop con, pas trop méchant, pas trop mauvais, tu tiens. On a l’avantage d’avoir un décalage entre tournage et diffusion. Une sortie peut relancer un temps mort.Mais encore une fois, je n’en suis pas au pas-de-boulot. La vague n’est pas haute mais elle est forte. Garder le cap et la bonne place. Le moindre faux mouvement et il faut ramer pour chercher la suivante.

    J'aime

  4. Dans la société de marché qui remplace de plus en plus l’économie de marché, il faut savoir se vendre, tiens il me semble que Jospin avait évoqué cela en son temps. Il faut se rendre visible, pour exister. Il y a beaucoup de candidats et hélas très peu d’élus.Et cela touche effectivement le rugby, surtout depuis qu’il est devenu professionnel. Laporte en est le symbole, c’est soit disant son esprit d’entrepreneur qui a séduit Sarkozy. Faut dire qu’il a établi sa fortune dans le domaine des casinos (pas vraiment une référence) , de la restauration et du tourisme. Le monsieur possède des bars, des casinos, des campings (au Pyla notamment, et ne se prive pas d’amputer une partie de la dune, pour avoir une vue sur l’Océan). Et ne parlons pas de la vente de produits dérivés, comme les maillots dédicacés à 120 euros, dont on s’est vite empressés de dire que c’était pour une bonne cause, et non pour du business.Quand aux héros fabriqués, on a eu déjà casque d’or (J.P Rives) popularisé par un certain « Allez les petits ».  Mais c’était une autre époque. Maintenant le rugby essaye d’imiter son devancier qu’est le football. Et il ne va pas pas tarder à le rejoindre dans ses dérives.Sinon ça fait plaisir de voir que tu reste lucide. garde cette mentalité, ne vend pas ton âme au diable.

    J'aime

  5. je me souviens de tous depuis les années 60/70/80 ( ça c’est pour répondre à Serge) et je connais  les nouveaux depuis plus de trois , en particulier Elissalde qui du pays comme son pére Jean-Pierre ( ça pour répondre te répondre Bernard ) et je déplorerais qu’un jour le « rrrugueby » suive le dérives du foot.absent depuis quelques temps je n’avais pas encore écouter la nouvelle chanson : j’aime beaucoup !j’aime aussi beaucoup ton article d’aujourd’hui ( si j’ose me permettre ça faisait lomgtemps )

    J'aime

  6. j’espère avoir été compris dans le précédent commentaire, avec toutes ces fautes ! désolé je suis sorti de l’hosto il y a 2 jours , je suis encore un peu sous anesthésie !J2L

    J'aime

  7. comment, ça faisait longtemps ?! Et la boucherie, c’est pas écrit, un peu ?Content de te savoir sorti ! Il reste à te remettre de tout ça. On est avec toi!b

    J'aime

  8. Oh, ça va, hé, la toulousaine ! Ici, on n’a pas besoin de 36 « S » pour faire Elissssalde oui ! sakozy elissalde sarkozy elissalde sarkozy ellizalde zarkossi elleisalbe farkossi epuimerde…

    J'aime

  9. Sa rhoule ? Monsieur Jean-Luc ?Ben, oui, quoi ! Solidarité orthographique !J’ai beaucoup aimé, monsieur, vos mots…J’ai rien de plus à dire…Quand j’aime, moi, c’est simple…Allez la France !Et merde !Claire qui t’embrasse

    J'aime

  10. Salut Bernard ! Un poil débordé en ce moment, du coup je ne commente guère, mais je lis et j’aime beaucoup ton texte du jour 😉 Chev. Tiens je pense à Cache Cache pour un cadeau d’anniversaire à venir au fait 😉

    J'aime

  11. Oui, oh, bon, ça va, c’était une blague, un traumatisme dû au fait qu’on a toujours estropié mon nom. Puis je m’en fout moi de Sarco et de l’équipe de France par dessus tout, et des toulousains du stade j’en parle même pas, y a pas plus cons que certains. Alors, allez la France mais pas celle-là. Allez nous tous!De toute façon personne ne m’aime, sauf Bernard. Merci Bernard.Et puis je continuerai à corriger les fautes tant que je voudrais. Na. Un peu d’ordre…

    J'aime

  12. Oui, SarkoZy avec un z comme zorro ou zizi, mais on peut aussi bien dire Sarko-phage ou Sarkouille la fripouille pour faire un clin d’oeil à son pote clavier qui se prend aussi pour petit Napoleon. Mais je dérape là !Ah je vous manquais,  vraiment ?

    J'aime

  13. J’ai zappé le paragraphe rugueby… c’est un principe !Pour le reste, je pense que travailler dans ce milieu où il y a ..% de chômage, ça doit déjà être colossal ! Lucide et réaliste c’est bien… Enfin, c’est ni bien ni mal mais c’est important pour ne pas souffrir sans doute.

    J'aime

  14. pardon pour « la boucherie »  c’était du bien « torché » mais c’était moins dans le réalisme et le concrèt que le texte du jour JL

    J'aime

  15. Bon courage JLL et j’espère que t’as eurosport, sinon on n’y pense même pas que c’est la coupe du monde de rugby tellement peu de matchs sont diffusées sur TF1… égale à elle-même !

    J'aime

  16. merci pour tous les encouragement.heureusement j’ai eurosport. fallait s’y attendre avec TF1 …c’est vrai qu’on est pas assommé comme avec le foot, mais c’est peut- être mieux comme ça !J2L

    J'aime

  17. quand Laporte jouait à Bègles, c’était un magasinier ou un gestionnaire de stock à l’EDF. le sport permet donc aujourd’hui, selon les rencontres de faire de l’argent, valeur aujourd’hui chère au petit homme, qui veut en faire la « Valeur Française » de son septenat. Cela dit, le cinéma est aujourd’hui une industrie, qui obeit aux effets de mode, aux belles gueules et aux « banquébals ». Reste toi même Bernard mais si tu peux profiter du système, profites en jusqu’au bout. et puis reviens nous au théâtre quand tu le jugeras nécéssaire. A+

    J'aime

  18. Pfff, toi, si c’est pas sérieux, ça va pas !Allez, bonne téloche ! Et porte-toi bien, s’il te plaît!b

    J'aime

  19. Bonjour à vous.Bon je pense ne rien avoir à rajouter par rapport aux précédents commentaires, le métier est ainsi fait et on ne peut rien y changer.Mais vous pourriez très bien devenir une marque, il suffirait que vous découvriez un gisement pétrolifère avec vos baguettes et alors là, à vous la belle vie ! La Blancan Oil Compagny ça pourrait le faire non ?

    J'aime

  20. Du pétrole, j’en trouve quand je veux mais j’ai pas le matos pour l’extraire…Mais je vais réfléchir à la BOC!

    J'aime

  21. Revoyant La nuit nous appartient hier soir, je restais bouleversé par le travail de Robert Duvall… Je trouve toujours précieux de lire des billets comme le vôtre ici. Le cinéma tant dans son versant industriel qu’artistique (frontière poreuse, bien sûr) est prioritairement dévoreur de chair fraîche et c’est un de ses plus grands travers à mes yeux. Et la situation est plus violente encore pour les femmes, je crois. Bref, Robert Duvall, sur un écran, devant ou derrière la caméra, c’est plus précieux que je ne saurais le décrire. Je n’ai rien contre la jeunesse, elle a son éclat. Mais l’expérience et le vécu ont le leur, irremplaçable aussi, et qui donne, vraiment, envie de vivre au présent. Rebref (on y croit), je vous souhaite cette longévité-là au cinéma, et au point, ben oui après tout c’est encore les voeux, de pouvoir faire du théâtre aussi quand cela vous semblera nécessaire…

    J'aime

Les commentaires sont fermés.