Se prémunir contre de nouvelles amitiés

Samedi 24 novembre 2007
Vous avez les tournages « pros », efficaces, machines à plans. Et puis vous avez ceux qui se cherchent, qui tâtonnent, avancent à petits pas, très chargés affectivement.

L’avantage de ces derniers, c’est que chacun se sent très investi. Il y règne une bonne humeur constante, un esprit de famille, l’impression jubilatoire de voir l’œuvre se fabriquer et d’y participer.

La première fois qu’on se trouve dans un tournage de la deuxième catégorie, on y plonge sans retenue, on se fait de nouveaux amis, l’aventure vous porte et vous emporte. Mais quand le tournage s’arrête… votre réel a du mal à reprendre sa place. La fameuse petite déprime qui succède à une intense vie de groupe. Impression de vide. Nostalgie. Mélancolie.

Avec l’expérience, on apprend à se protéger. On comprend l’importance de maintenir une certaine distance. On sait que les belles amitiés qui naissent dans ces occasions sont éphémères et liées à cette atmosphère fusionnelle, amplifiée par la vie quasi communautaire des tournages en Province.

N’empêche que c’est ce qui fait qu’à chaque retour de tournage, il y a ce petit délai d’inactivité, ce sas de vide entre deux mondes.

Là, ce n’est pas le cas pour moi. Trop de choses à faire. La semaine prochaine, je pars jouer mon spectacle à Toulouse puis dans le Nord, la semaine d’après, je commence à tourner un autre film et entre temps, il faut préparer ma scène parisienne et mon déménagement.

Dès aujourd’hui, je commence la musique de Dos à dos.

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16 commentaires pour Se prémunir contre de nouvelles amitiés

  1. Pascale dit :

    T’as pas d’coeur, je le savais !

  2. Gauthier dit :

    J’comprends se que tu veux dire… à ma modeste place aussi j’ai eu des buées en aout dernier… ba dis donc tu va pas chaumer dans les semaines à venir ! nous on va regarder ça du haut de ton blog…

  3. Daniel dit :

    C’est tellement vrai ce que vous dites… Et tellement difficile à vivre. Moi à l’origine je n’étais pas dans le cinéma, j’ai fait de l’informatique pendant une bonne décennie, et puis cette année au printemps j’ai enfin réalisé mon premier court-métrage produit. Un de la catégorie des  « chargés affectivement » ! Le tournage fut idyllique, l’équipe était motivée et enthousiaste et les comédiens très créatifs. J’ai longtemps cru que les liens forts qui se tissaient durant ces quelques jours perdureraient, parce que jusque là dans ma petite vie d’informaticien toutes les expériences aussi fortes que j’avais pu vivre ont toujours tissé des liens durables.Hélas, durant les mois qui ont suivi le tournage, j’ai pris en pleine poire cette réalité dont vous parlez si bien. Des groupes fusionnels qui vivent des moments intenses pendant quelques jours puis se séparent, dans le cinéma c’est la norme, ce n’est pas l’exception.Et ça ce n’est pas évident à piger quand on arrive de l’extérieur.Du coup, on en viendrait presque à soupçonner de superficialité les gens qu’on a pourtant connus si profonds et passionnés, lorsqu’ils sont passés à autre chose. On les sent qui se blindent, au début on ne comprend pas, on a peur que ce soit lié à soi. Et puis, on comprend, c’est ce que vous dites, il faut se protéger.Et encore je ne vis ça qu’en réalisateur… ce n’est pas la même échelle. Il y a tellement de temps de post-prod, de recherche de financements et de préparation entre deux tournages qu’on ne peut pas vraiment dire qu’on les enchaîne. Mais qu’est-ce que ça doit être de vivre ça en tant que comédien !Alors, bon passage du sas…

  4. Le Guy dit :

    30/11/2007BERNARD BLANCAN (enfin disponible) FABRIQUE THEATRALE – rue Bourgogne à Loos en Gohelle – le jeudi 29 novembre à 19h et le vendredi 30 novembre à 20h30. Spectacle de théâtre qui mêle vidéo et chanson. La performance est née en 2004 d’une démarche abordée sur le Web lorsque cet artiste, girondin d’origine, décide de créer son blog sur lequel il se livre avec une distance amusée. Ce spectacle est le passage de l’écran d’ordinateur à la scène, la mise en scène de la démarche abordée sur le Web. Bernard Blancan, c’est un acteur qui se raconte, qui s’expose, à la fois comme objet d’observation et comme metteur en scène de cette observation. Galère, humiliation, bonheur, amour, télévision, cinéma…Le comédien s’abandonne à l’autocritique, à la confession, voire à la psychanalyse. Le récit est autobiographique, certes, mais pas nombriliste. Il faut croire que son prix d’interprétation à Cannes, en mai 2006 pour le film « Indigènes » ne lui a pas tourné la tête… Entre one man show et théâtre, finesse et humour, une vie se décline ici en musique, en vidéos, en chansons et en dialogues virtuels, auxquels se rajoute le regard décalé de l’auteur et metteur en scène Renaud Cojo. Un spectacle où s’entrechoquent les mots, les images et la musique… TN: 12€ -TR: 10€ – TS: 7€ – Pass Cult: 3€ – Rens/ rés: Culture Commune: 03.21.142.555

  5. Pascale dit :

    J’ai vécu ça aussi mais différemment… J’ai participé à plusieurs Festivals de cinéma (parfois même en temps que jury). Avec les autres membres pendant plusieurs jours, on ne se quitte pas une seconde, c’est profond, intense, passionné et passionnant. Le jour du départ, on se noit quasiment dans les larmes et dans les bras les uns des autres, on sera potalaviealamort, que serais-je sans toi et blablabla… Moi j’écris beaucoup, je ne me prétends plus profonde et sincère que les autres… mais j’écris… On me répond trois lignes (quand on me répond) et très rapidement… pfiou plus rien ! Au début, ça surprend… et puis plus ! Les « gens » sont comme ça, ils passent à autre chose. Ce n’est ni bien ni mal, même si je trouve ça dommage, mais c’est comme ça.Bizaremment, la seule personne avec qui j’ai gardé un contact régulier qui dure c’est un réalisateur Jean-Pierre Améris.C’est pourquoi les gens « débordés » m’emmerdent copieusement car il y a quand même un chouilla de superficialité dans tout ça ! Je pense que Bernard comprendra ce que je veux dire.Voilà, merci de votre attention, repos, vous pouvez fumer (mais pas trop, FUMER TUE… et moi je suis LIBRE depuis quatre mois…).C’est chouette que tu passes à Loos en Gohelle… Je n’en étais pas très loin il y a quelques années !!! Alors c’est quand que tu viens en Lorraine avec tes gros sabots ?

  6. Bernard Blancan dit :

    Si mais d’artichaut !

  7. Bernard Blancan dit :

    Y en a qui bossent !Bonne journée !b

  8. Bernard Blancan dit :

    De sas en sas. Entre deux sas de beaux instants.

  9. Bernard Blancan dit :

    Il est fort, ce GUY !

  10. Bernard Blancan dit :

    Hé oui, Pascale, je fais partie des gens débordés, désormais. Pas par choix. Dans une année, je partage des moments de vie avec des centaines de personnes différentes. Je vis ces moments pleinements mais, une fois passés, je me donne à ceux qui suivent. Etc. On ne peut plus être possessif, exclusif, dans ces conditions. Je sens que je vais t’emmerder !

  11. Pascale dit :

    T’as rien compris nikdouille… c’est justement parce que je trouve que tu es débordé et que tu continues toujours à venir sur ton blog, même si parfois c’est juste pour un petit coucou en passant… que je trouve ça vraiment chouette. Tu ne joues pas les divas (même si tu couches pas avec les ours.. j’ai rien compris à ça. Qu’est-ce que t’as contre les ours ?).Fin bref, ce que je voulais dire d’une part c’est que oui, les moments forts je les vis aussi pleinement et après je ne « me donne » aussi qu’à ceux qui se donnent aussi la peine de…et que justifier le fait de ne plus donner signe de vie par un « je suis débordé » me paraît exagéré et faux (d’autre part… je mets d’autre part ici parce que je ne sais pas où me le mettre ailleurs !).Donc toi tu fais partie des gens qui quoique débordé (je dis pas ça par flatterie… tu es toujours un jour ici, un jour ailleurs… on dirait le furet du nord tiens c’est pas dur) et tu as toujours la politesse de venir faire un petit coucou ! Je trouve ça touchant et… oui, poli.Et puis crotte de bique, j’ai pas que ça à faire… j’ai mon cheesecake dans le four qu’est en train de brûler !

  12. Bernard Blancan dit :

    Mais si, j’ai compris. Mais il y a tellement de gens bien que j’aimerais revoir que je culpabiliserais presque de ne pas pouvoir le faire!En plus, elle cuisine…b

  13. Pascale dit :

    Et elle fait la vaisselle !

  14. Bernard Blancan dit :

    La poussière ?

  15. D&D dit :

    Je trouve ça très beau ce que vous rappelez, là, et comment vous le rappelez…Il y a un troisième possible aussi, je crois, si je ne suis pas trop naïf : Cassavetes, par exemple, comme l’idée d’une famille, peut-être un peu comme une troupe de théâtre, je ne sais pas comment dire. C’est quelque chose qui m’émeut beaucoup. Aussi.

  16. Bernard Blancan dit :

    Merci, l’ami rétroviseur !

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