Leçon 12 : la distribution

Jeudi 21 février 2008
Plouf ! Voilà  ce que ça fait quand tout ce qui est sur le gaz est réglé. Vraie journée de glande.

Je vais en profiter pour répondre à la demande de Guy : pourquoi 33 copies films pour Achab et 300 pour d’autres?

Nous sommes dans l’étape du cinéma qui s’appelle la distribution. Quelques producteurs sont aussi distributeurs mais ils sont très rares. Le plus souvent, on fait appel à des sociétés spécialisées dont le nom apparaît en prégénérique.

Ces sociétés de distributions interviennent d’ailleurs en amont, en finançant une partie du film. Il va de soit que ce sont donc les premières à se servir quand le film sort en salle : remboursement de l’argent engagé et de tous les frais (qui sont énormes) engendrés par la sortie (copies des films, frais de représentation et de promotion…).

Pour le distributeur, c’est un peu comme la bourse ou le casino. On va miser plus ou moins gros, prendre plus ou moins de risques. Dès le scénario, il a une idée du nombre de copies qui vont être tirées et de la stratégie de distribution.

Pour affiner le tir, dès que le film est terminé (ou parfois avant) on va servir une bande annonce à une réunion géante qui rassemble l’ensemble des exploitants (ceux qui gèrent les salles) afin de les tester et de mesurer l’intérêt que présente le film.

L’exploitant, lui gère une salle, six ou un groupe de cinémas. Il en fait la programmation. Son intérêt à lui est juste de rembourser la location des copies, rémunérer son personnel et gagner de l’argent. Certains sont des cinéphiles qui s’engagent au-delà mais pour l’essentiel, le soucis est de savoir ce que le film va rapporter. Ainsi, il va décider à l’avance dans combien de salles il va le servir. Et puis, dès la sortie, il va jongler avec les jauges : le déplacer dans une salle de taille différente, commander un copie supplémentaire, voire le retirer dès la première semaine d’exploitation si la fréquentation n’est pas suffisante.

Néanmoins, certains exploitants ont le label « Art et essais », ce qui leur permet d’obtenir des aides de l’État pour maintenir certains petits films un petit peu plus longtemps. Et puis, il suffit d’un gros carton commercial pour supporter la faible fréquentation des petits films.

Un distributeur de film d’auteur prend rarement le risque d’une sortie énorme. Risque financier trop lourd et l’assurance qu’il ne sera pas suivi par les exploitants. Et puis il y a parfois de bonnes surprises. Petite sortie, la sauce qui prend vite, on augmente les copies. Ou encore un film sorti qui se voit récompensé aux Césars et c’est une deuxième vie qui commence.

Voilà grossièrement résumé le fonctionnement de la distribution qui induit le discours ambiant : il y a trop de films qui sortent et ils ne restent pas suffisamment à l’affiche.

Vous l’aurez compris, tout ça est une question de pognon !

Bon, pour revenir à des considérations plus directement professionnelles, je viens de recevoir le scénario du film dans lequel j’avais cru être trop jeune. Hé hé hé, j’en vois qui gloussent déjà !

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12 commentaires pour Leçon 12 : la distribution

  1. serge barande dit :

    Ah ça pour sûr que je glousse!!!!!!!!!!! Je dindonne même…. Je me maaaaaarrrrrre, dirait le Coluche.Heureusement que t’étais pas parti sans laisser d’adresse. Z’ont juste payé le port en plus. Faut bien que Besancenot ait du taf. Comme quoi, tout arrive. Tu serais dans une période d’aboutissement, toi, que ça m’étonnerait pas…Ce soir : « Le temps des cerises » à Madeleine, voir le Schmol et la Cécile. Un peu de distraction avant de retomber dans les cartons et la découverte (parfois) de trésors oubliés…

  2. xavier dit :

    Relativiser….avoir une vision universelle des choses.Relativiser.take it easy.xavier

  3. Bernard Blancan dit :

    Oui… Monsieur Darcos? C’est à propos ?

  4. Jérôme dit :

    savoir préserver un film (peu de copies) peut être également une bonne stratégie de distribution.Sortir Comme ton père sur 118 copies pour finalement faire 40 000 entrées c’est la grosse catastrophe. Le film a été grillé car trop exposé et la faible moyenne par copie a dissuadé les exploitants de maintenir le film en 2ème semaine.Alors que La graine et le mulet qui sort sur 90 copies en 1ère semaine peut tranquillement compter sur le bouche à oreille ce qui lui permet aujourd’hui de cumuler 659 000 entrées (un succès).si le sujet vous interesse j’essaye de le couvrir (un peu) sur mon site http://www.cinefeed.com 🙂

  5. jim dit :

    Mon p’tit Bernard. Comme je comprends ta colère lorsque tu voit de ton wagon de métro l’affiche d’un film où tu n’est pas mentionné. Alors sache que j’ai moi observé comment la presse évoque le casting du film de Ramos. Il y a tellement d’acteurs au même rang dirons nous que chaque journal y vas de son petit classement: On trouve du  » avec :Denis LAVANT, Dominique BLANC… assez souvent, mais le top c’est Studio magazine  » …avec : Bernard BLANCAN. » Trop délire non? Pour eux il y a toi un point c’est tout. Chui trop content. Je te comprends d’autant plus que nous les assistant on y est jamais sur l’affiche. 😦 Bisous JiM

  6. Le Guy dit :

    Belle explication Bernard, donc, on prend des risques et on perd souvent, on n’en prend pas et si ça marche, on ramasse… je lisaits une critique de Libé (redonnée sur le nouvelob la semaine dernière). Les Choristes « sombre merde » ! je trouve, mais je suis un peu con, qu’on devrait faire des critiques positives sur les films bien et rien sur les autres na ! C’est vrai même un navet coûte parfois 5 millions d’€ alors on pourrait peut-être lui laisser une chance… Audiard en pleine vague nouvelle disait à propos des Chabrol, Godard et Truffaut qui dégueulaient sur ses films… heureusement que je suis là pour payer les sièges sur lesquels leurs fidèles viennent  s’asseoir…

  7. Bernard Blancan dit :

    Même pas payé le port. Les scénars s’envoies en mail !

  8. Bernard Blancan dit :

    Je ne juge pas les stratégies, tu l’auras compris. J’ai juste essayé de raconter comment ça fonctionne.

  9. Bernard Blancan dit :

    Studio… je vais m’abonner !Elle est passée, ma colère, Jim. C’était l’affaire d’une soirée. Ces petites vexations à deux balles.Tiens, je t’ai revu habillé en Santé Navale, l’autre soir. L’uniforme te va pas mal!A bientôt, l’ami !

  10. Bernard Blancan dit :

    En tout cas, le cinéma dans son entier doit se féliciter du moindre succès populaire. Pas de quoi cracher dans la soupe! Mais c’est vrai que, parallèlement, certains films n’ont aucune chance.

  11.  Merci à ce cher Sami Bouajila (rencontré à Epinal) qui a réussit encore à faire passer sans vraiment le dire Indigène et notre cher Bernard qui sans avoir été remercié pour le court d’Olivier B était tout de même là… bonne nuit (putain j’ai encore mal au dos)…

  12. Bernard Blancan dit :

    Merci à toi Guy. J’ai pas vu. Tu raconteras (en mail). Mais super heureux pour Sami Bouajila!

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