À dada !

004.JPGMercredi 30 décembre 2009

La réponse à la photo mystère, vous la trouvez dans celle-ci. Il s’agissait en effet d’une vue de Biarritz avec son phare au loin. Le truc rose, c’était le toit du kiosque à musique.

Mais, Biarritz, on n’y est resté qu’une journée. Nous sommes désormais en Médoc. Hum… Ces vacances ont eu leur petit lot d’exercice professionnel. Hier, j’ai eu droit à une reprise à cheval.

Les autres avaient des chevaux fiers, beaux, fins, blancs, à belle allure. On m’avait réservé Dino. Beaucoup plus massif, trapu, bas du col, court sur pattes, les oreilles baissées. J’ai su immédiatement que c’était le mien. On faisait bien la paire.

Comment cacher ma première appréhension. Je n’étais pas très bien quand il s’est agi, d’abord de le bouchonner. Je m’appliquais néanmoins à le brosser avec des gestes amples et assurés, laissant l’autre main se livrer à de petits tapotements amicaux destinés à donner le change, à faire croire à ma grande habitude des chevaux. Sacré Dino, t’as l’air sympa. Moi, c’est Nanard.

Je n’ai pas osé trop tendre les sangles de la selle pour ne pas étouffer l’animal. Première erreur. La montée est vraisemblablement lourde et maladroite mais je parviens à grimper du premier coup. Nous nous dirigeons vers la carrière qui est une espèce de marécage boueux qui promet plein de choses amusantes en cas de chutes. Au départ, nous nous suivons au pas. Facile. Quand vient le trot il me faut un peu de temps pour retrouver les mouvement savants de lever au bon moment qui évite de tressauter comme un sac de manioc à l’arrière d’un camion roulant bon train sur une piste africaine. J’arrive à faire vaguement illusion pour celui qui jetterait un regard distrait, de très loin, masqué par des buissons. Je pense que Dino se marre. Puis vient le galop. Visiblement, Dino a roulé sa bosse (quinze ans de métier) et apprécie modérément de se livrer à ce type d’exercices matinaux. Il sait que la journée ne fait que commencer. Afin de satisfaire aux désirs exprimés par Maryse, la monitrice, je force le trait pour convaincre Dino de bien vouloir galoper. En même temps, je joue suffisamment faux pour qu’il comprenne qu’il n’a pas besoin de se forcer. Je t’en voudrai pas Dino. Et puis, voilà que Pépita qui nous suit se lance dans un galop libérateur que sa fougue attendait depuis le début de la séance. Le pauvre Dino n’avait d’autre choix que de se lancer lui-même dans cette course. Il a beau être vieux, il n’en est pas moins mâle et vivrait mal de se faire dépasser par cette pimbêche de Pépita. C’est pour moi, dans le chaos de cette surprenante course, l’occasion de constater l’ampleur de mes cavalières lacunes. Mes appuis passent du pied gauche au pied droit dans une anarchie vacillante. La précarité de mes équilibres apparents se révèle aux yeux de tous. Sauf de Dino qui avait pigé très tôt, lui.

Par bonheur, je maîtrise fort bien l’arrêt. La séance va durer ainsi, dans une alternance d’attente, de trot et de brefs galops tendus des épaules. Maryse me donne enfin une indication simple et magistrale. Au galop, tendez vos talons vers le bas. Et en effet, ça marche très bien pour trouver l’équilibre. Malheureusement, le secret ne m’est transmis que bien tard et il est l’heure de retourner à l’écurie.

Je me livre à toutes les opérations d’usage, m’y reprenant à trois reprises pour passer le filet. En toute fin, petite tape à Dino. Salut mon vieux, c’est pas tout mais il faut que j’y aille. À cet instant, alors l’animal avait fait preuve jusqu’à présent de la plus haute compréhension, Dino me donne des coups de museau. Quand je m’éloigne, il tourne la tête vers moi avec un regard rageur. J’interprète le geste comme l’expression de sa peine de me voir le quitter. Je reviens vers lui pour une dernière caresse et le voilà qui gesticule encore de façon agressive. Mouais… Je vais voir Maryse. Dites-moi, il semblerait que Dino demande quelque chose mais je connais mal le cheval. Ben, il réclame sa carotte ! C’était ça. Il voulait son salaire. Je suis tombé sur le syndiqué.

Mais c’est bien là la plus belle satisfaction que je retire de cette expérience : avoir compris que l’animal demandait quelque chose.

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10 commentaires pour À dada !

  1. St-Guy dit :

    « il semblerait que Dino demande quelque chose. Ben, il réclame sa carotte !  Je suis tombé sur le syndiqué. » Les syndicats, en ce moment,  il parait qu’il se la font mettre… la carotte !

  2. St-Guy dit :

    En tout cas bravo (la prod paye les leçons ?) 

  3. Samuel Marès dit :

    ha ils sont partout ces syndiqués. La prochaine leçon n’oublie pas les carottes… ou du pain rassis , je crois que ça peut faire l’affaire à moins que ça soit un  » bourgeois »  de cheval.

  4. Pascale dit :

    Même les bourrins sont machos !!! Où va le pauvre monde. Et comment vont tes fesses ?

  5. Bernard Blancan dit :

    Quand tu auras vendu autant d’Huma que moi au porte à porte, on pourra parler !

  6. Bernard Blancan dit :

    Je vais monter en Camargue, pour le film.

  7. Bernard Blancan dit :

    Lui, c’était plutôt le genre prolo.

  8. Bernard Blancan dit :

    Aucune courbature. C’est le signe de la décontraction des héros.

  9. serge barande dit :

    Purée! Ça me rappelle l’arrivée du Quinté+ hier à Vincennes, sans marais et carotte.

  10. Bernard Blancan dit :

    Jean Marais ? Pas vu Pascale

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