Leçon de télévision

Samedi 30 janvier 2010

Le direct connaît des lois très strictes qui imposent concision et efficacité. N’avancer qu’une idée simple à la fois, semblant éventuellement originale.

Hier soir, ma première intervention était relative à ma présence au festival. Tout va bien. Petit sujet, puis seconde intervention. Et là, tout s’effondre. La journaliste me demande si c’est agréable d’être jury. Et moi, au lieu de dire « oui, bien sûr », je veux faire le malin et je dis non. Pas pour être contradictoire mais pour faire une blague à l’américaine. Je commence par dire non (la réponse pas attendue) puis je développe une argumentation qui finit par oui, bien sûr.

La journaliste avait eu l’information à l’oreillette qu’elle avait du temps. Mais, à peine je commence ma réponse emberlificotée, je la sens se tendre, puis elle me coupe et rend l’antenne. Je suis surpris. Elle m’explique que, dès le début de mon intervention, elle a entendu dans son oreillette « Oh la la, 15 secondes ! ».

La leçon :

– être humble

– éviter de faire le malin quand tu n’as pas l’étiquette « je fais le malin ». Car ça déstabilise la ménagère.

 

Plus tard, dans la soirée, je me suis retrouvé dans une situation assez curieuse. J’étais en train de fumer à l’entrée de l’électrik Palace, le chapiteau très fréquenté, derrière la Maison de la Culture. Un jeune homme me regarde avec insistance. Comme je semble lui demander ce qu’il me veut, il me dit que je ressemble à un acteur. Ben, je suis acteur. Non, non, vous ressemblez à un acteur qui a les cheveux plus courts que vous, qui joue souvent les flics. Secondes de désarroi. Quand il évoque le fameux acteur, ses yeux donnent naissance à un personnage extraordinaire et me renvoient à ma condition ordinaire. Après tout, je peux bien connaître ça de temps en temps. Je suis le mec ordinaire et, parfois, le regard de personnes que je croise s’illumine du souvenir de quelques rôles et d’une sorte de respect voire d’admiration. Je ne tire aucune vanité de cela mais j’en connais bien le principe. Le mec que tu as vu dans le monde imaginaire de l’écran se trouve devant toi.

Mais hier soir, pendant quelques secondes, ce jeune homme me divisait en deux. J’étais l’être de chair devant lui et, l’acteur que je suis était un autre, qui ne pouvait pas être là, devant lui. Je me retrouvais dans la situation de celui qui doit prouver qu’il est bien l’acteur dont il parle.

Heureusement, un copain à lui est venu à mon secours.

J’ai vu ma première séance de courts-métrages, sélection française. Des univers très différents et beaucoup de tenue. Ils pourraient faire l’effort de nous mettre deux ou trois films nuls, quand même !

Je suis toujours épaté par la fréquentation incroyable de ce festival. Les salles sont pleines de gens tranquillement passionnés qui n’aiment pas le cinéma pour y reconnaître des stars. Juste pour le cinéma.

Clermont, j’arrive !

Vendredi 29 janvier 2010

Coup de fil de ma productrice, hier. Les retours du dossier. Ben, il y a tout, sauf l’essentiel. Non, je déconne. Il y a l’essentiel, reste à nourrir les différentes parties. Mais j’ai ce qu’il faut.

En tout cas, ce n’est pas dans la semaine qui suit que je vais bosser à l’écriture. Je pars pour Clermont tout à l’heure. Comme je serai au jury, je n’entrerai pas dans le détail des films, évidemment. Je me contenterai de relater les à côtés.

Pour commencer, il était question que je passe au France 3 national à 18h30 mais ils n’ont pas voulu de moi. Je passerai donc à la locale de 19 heures. Ceux qui veulent m’attribuer une note de prestation pourront se rendre sur le site France 3. Direct et lecture possible après.

Avant le départ pour Clermont

Mercredi 27 janvier 2010

Le médecin des assurances était très sympa et beaucoup plus ouvert aux sourciers et magnétiseurs que Guy. Ça fait du bien de voir qu’il n’y a pas que des brutes dans ce bas monde.

Hier soir, je suis allé à l’avant-première de film de Pédro Costa sur Jeanne Balibar chanteuse. Costa et Balibar n’étaient pas du tout ma motivation. J’y allais surtout pour croiser les producteurs du film qui se trouvent être les copains qui ont produit Suerte. Je tenais à prendre le poul, savoir ce qu’ils pensaient du film, tenter de faire la part entre la politesse et la sincérité. Je crois que ça leur plait…

J’ai appris tout à l’heure que mon projet de docu était inscrit d’office à la session de mars-avril de la SCAM pour une aide à l’écriture. Il m’avaient gentiment demandé de réécrire lors de mon premier passage. Comme il se trouve que c’est ce que j’ai fait, on peut dire que ça tombe à pic. Dépôt du dossier avant le 23 février.

J’attends

Lundi 25 janvier 2010

Donc, vendredi, j’ai envoyé mon dossier. Mais dans l’euphorie, je l’ai joint à un mail du genre « ne le lisez pas à la va vite, décidez-vous vite parce que moi, ça commence à me gaver, cette histoire et c’est le film que je veux faire, point barre. » Hé bien, depuis, j’attends. Pas de nouvelle. Il faudrait que je n’oublie pas de rester diplomate, la prochaine fois.

Sinon, ce qui se dessine pour les tournages c’est, un film à Tanger dans le cadre historique du décret Crémieux, un autre en Camargue dans une adaptation de Carmen, un troisième, dans la foulée, sur LIP. Ça nous conduit à juin et puis il y aura du Japon, un vaisseau spatial et autre mobile home. Si j’ajoute mon docu, on pourrait dire que 2010 est quasi complet. Mais chaque chose en son temps.

Mercredi je dois aller faire une visite chez un médecin des assurances. Pour la première fois, ça ne sera pas chez le célèbre Docteur Zuccarelli.

J’ai fait une petit pause pour respirer et lever les yeux

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Dimanche 24 janvier 2010

Je sors d’aller voir La terre de folie de Luc Moullet. J’y suis allé parce qu’on m’a dit plusieurs fois que mon projet de documentaire pouvait se rapprocher son univers. J’espère pas. Ou de loin. Vite fait comme dirait mon fils aîné.

Dites donc, je ne vous avais même pas dit que Sister Welsh de Jean-Claude Janer était sélectionné à Berlin ! Et ben ouais, il l’est !

J’ai deux scénarios à lire pour demain. Si ça continue, je n’aurai pas le temps de tourner mon film. C’est quand même sympathique. Je me mets toujours dans l’état d’esprit que plus personne ne voudra me faire tourner. De sorte que, quand ça arrive, c’est toujours une bonne nouvelle. Je me trouve chanceux.

Pendant toute l’écriture (et la longue préparation à l’écriture) de mon documentaire, je me suis mis dans la peau d’un spectateur qui ne croit pas à toutes ces conneries. C’est mon côté schizophrène. J’y suis parvenu à la perfection, allant même jusqu’à me planter. Mais maintenant que c’est, non pas bouclé mais bien en forme, je replonge à fond les manettes. Nouvelles baguettes, géomagnétomètre, magnétisation réussie de clémentines et compagnie. Ça fait du bien de rêver un peu.

Ayé !

Vendredi 22 janvier 2010

Je passe des mois à pondre un texte de 20 pages. Mais en ne foutant rien pendant des mois et en écrivant en deux jours. Ce qui ne veut pas dire que je ne foutais rien pendant des mois mais que je mûrissais l’écriture. J’ai horreur de mûrir sur une feuille blanche. Je préfère sortir.

Bref, je viens d’envoyer ma version BB de Retour aux sources à 10 heures 18 !

Remise sur les rails

Mardi 19 janvier 2010

L’enterrement d’Esther lui ressemblait. En fond sonore, un bruit de chantier (comme dans Résistance aux tremblements), les prières d’une rabbine, quelques mots d’une réalisatrice, ceux d’un gentil organisateur de carnaval, un employé de La Brioche Dorée, un jeune cow-boy qu’elle appelait son manager, les sourires amusés de son fils.

La rencontre qui a suivi, en fin d’après-midi, avec le réalisateur, avait quelque chose de magique. Si le projet se fait avec moi, ça sera au Japon.

Terminé la soirée avec deux copains, trio formé sur Louis La Brocante. On a continué à rêver la nouvelle série policière de la décennie.

Après une journée comme celle-là, tout est remis en place. Je peux partir serein pour mon second essayage costume. Pffff

ça coule pas toujours de source…

Lundi 18 janvier 2010

Jour gris, jour d’enterrement. J’y vais avec Olivier qui était le chef opérateur de Résistance au tremblements, Un an, qui a fait l’image de mes courts-métrages et fera celle de mon docu. Pas de tristesse. 96 ans…

Samedi, je déjeunais avec Jacques Malaterre avec qui je vais tourner dans Carmen (le fameux rôle à cheval). C’est lui qui a réalisé l’Odyssée de l’espèce. S’en est suivi une séance de travail avec écoute des musiques du film, lecture de toutes les scènes avec indications. Je suis rentré chargé de DVD, CD, le rôle dans la tête. Week-end studieux, quoi.

Pour ce qui est de l’écriture, ça rame. J’avance pas à pas en me concentrant sur ce que sera la structure, développant chaque thème avant d’entamer le tissage. Autant il est facile d’écrire quand on part de zéro, autant c’est compliqué de réorganiser une matière qui existe depuis plusieurs années.

J’ai eu aussi une nouvelle déconvenue sourcière. Je suis avec le foreur, on est à onze mètres, qu’est-ce qu’on fait ? me demande le client. J’avais trouvé une veine d’eau à 4 mètres et le foreur m’a dit qu’à cette profondeur, il avait trouvé de l’argile verte. Pour lui, c’est une erreur très fréquente chez les sourciers pour qui l’argile verte produit le même signal que l’eau. Sauf que moi, avant d’être sourcier, je suis moi. Je ne vais pas me satisfaire d’une excuse, d’une explication. Je me suis planté et c’est insupportable. Point. J’ai aussitôt annulé une visite prévue dans la semaine. J’ai proposé au client de le rembourser et de lui payer les services (très chers) d’un sourcier pro qui a 15 ans d’expérience (car le monsieur ne renonce pas à l’idée d’un puits).

La situation est intéressante pour mon film, évidemment. Je ne vais pas manquer de l’exploiter. Mais ça fout un coup au moral du sourcier.

En fin d’après-midi, je vais rencontrer un réalisateur qui voudrait me voir endosser dans son film le costume d’un des personnages des films de Fernandez. Je suis curieux. Et très intrigué par ce monsieur qui a réalisé (entre autre) un film au téléphone portable.

Voici une photo que m’a envoyé Kevin Abosch, le photographe expose en Serbie et trimballe ma trombine à moustaches.

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Adieu, Esther Gorintin

cannes-esther.jpgJeudi 14 janvier 2010

Esther Gorintin, la petite dame discrète de Voyage, Depuis qu’Otar est parti, nous a quitté. Comme vous tous, j’avais été fasciné par ce personnage à l’œil généreux et coquin, cette intelligence rieuse qui éclaboussait l’écran. Quand Olivier Hems m’avait demandé de tourner dans son film (Résistance aux tremblements), il a suffi qu’il me dise qu’Esther serait ma partenaire pour que j’accepte les yeux fermés. Comme je le disais à l’époque dans ces colonnes, c’était pour moi comme si j’allais jouer avec Charly Chaplin. Car oui, elle avait l’aura des stars du temps où celle-ci ne se fabriquait pas sur la couverture des magazines mais sur la pellicule.

Quand je l’ai rencontrée, que nous avons tourné, que nous sommes allés à Cannes, j’ai été touché plus que tout par son humour, sa curiosité, la tranquille distance des déracinés qu’elle entretenait avec le monde. Pas étonnant qu’elle ait endossé des rôles d’errance et de quête. C’était son état.

http://www.mediapart.fr/club/blog/antoine-perraud/120110/pour-un-adieu-esther-gorintin

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