Suites cavalières

Samedi 17 avril 2010

Petit problème hier sur la séquence 15. La faute à Itak ! Je devais arriver au galop sur Carmen qui était elle-même au galop, mais sans cheval. Et devant nous (Carmen, le cheval et moi) galopait la voiture travelling.

Je sentais Itak nerveux. Il était dans sa propriété et manifestait assez franchement son désir de retrouver ses copains plutôt que de cachetonner une hypothétique carotte pour France Télévision. Ses mouvements de tête en témoignaient ainsi que la modification systématique de sa position d’attente qu’il orientait systématiquement à l’opposé du sens de la scène.

Premier galop. Il se la joue pépère et nous ne parvenons même pas à rejoindre Carmen. Étonnant, pour Itak. Deuxième galop, nous parvenons à atteindre une vitesse raisonnable mais en approchant de Carmen, nous obliquons vers la droite sans que j’aie eu l’impression d’avoir donné la moindre consigne indiquant ce changement de direction. Je mets cette incartade sur le dos de la perche des sondiers. J’ai déjà pu constater que l’animal craint les choses aériennes non identifiées.

Troisième galog. Tandis que nous approchons de Carmen, cette fois, Itak me fait une espèce d’écart de deux mètres (sans doute destiné à m’envoyer aux fraises) qui me fait perdre un de mes étriers. Je stoppe la bête.

Il s’avère que le fier Itak a peur des mouvements de la jupe de Carmen. Gilbert qui me double pour une cascade connaît le même problème, Itak s’échappant même à grand galop et à deux reprises.

Jacques Malaterre n’apprécie pas la plaisanterie et décide de changer de séquence.

Un peu merdeux quand même, je propose que nous changions de cheval, juste pour cette séquence. Jacques est d’accord mais nous la tournerons un autre jour. J’ai profité de l’installation de la suivante suivant essayer le galop avec Éole. Un vrai régal. J’avais presque eu l’impression de savoir faire du cheval.

Retour à Paris en période de grève SNCF. J’ai voyagé gratos dans un train qui passait par là et qui roulait soi-disant avec deux heures de retard. Il était à mon heure et c’était parfait. Pas vu le nuage.

En compète à Cannes 2010 avec Hors la Loi !!!!!!

Jeudi 15 avril 2010

Je n’en parlais pas mais j’y pensais, vous vous en doutez. J’ai appris ça par une alerte Google « Blancan » et un article du Figaro. Les copains ont oublié de me prévenir…

Je vais voir comment est mon costard de la Halle aux vêtements mais je sens que, cette fois, je vais m’en faire donner un qui va bien. Je vais me la péter un peu.

Je vous demande de brûler des cierges, croiser les doigts, faire pression par le biais de vos relations pour que Suerte soit à la Quinzaine des Réalisateurs et le bonheur sera plus que parfait.

Bon, j’ai quand même tourné aujourd’hui. À cheval. Itak a été parfait. À chaque fois, il reprenait docilement sa place. Comme il trouvait que je ne le plaçais pas assez à son avantage, il réajustait tout seul sa position pour être face caméra.

Le plus beau compliment que l’on m’a fait, c’est que ma silhouette évoquait celle de Dom Quichotte. LE RÔLE dont je rêve !

C’est pas tout mais demain, il faut que je marque une fille au fer rouge, moi ! Je dois rester concentré.

 

DERNIÈRES NOUVELLES

L’attaché de presse du film m’a annoncé que je n’étais pas invité. J’ai vu rouge. Appelé tout le monde. Et, en fait, J’Y VAIS !

Anchoïade

Mercredi 14 avril 2010

J’ai débauché à midi, aujourd’hui. Une seule séquence à tourner, mais une belle. Je n’ai tapé personne, tué aucun animal… tout juste ai-je été méprisant. En tout cas un bon moment de jeu.

La scène se passait dans la cuisine qui se trouve à vingt kilomètres du séjour (dans une autre ferme). L’occasion de voir ces vieilles cuisines (comprises en vérité dans le séjour) avec, sur le même mur, un plan de travail avec trois mini foyers destinés à contenir des braises, une immense cheminée en pierre au manteau voûté, et un gros évier en pierre. C’est beau, c’est pratique, les débuts de la cuisine intégrée. On se situe dans la bourgeoisie terrienne. Les domestiques cuisinent dans la pièce où le repas sera servi.

D’ailleurs, nous mangions, dans cette scène. Une anchoïade haut de gamme, parfaite en apéritif.

L’après-midi libre, ça commence à bien faire. J’ai horreur de faire le touriste obligé.

Demain, je trie les taureaux, perché sur Itak.

Les filles vont adorer

Lundi 12 avril 2010

La pluie a encore changé nos plans. Nous devions tourner une séquence de fiançailles en extérieur et on s’est retrouvé à tourner de toutes autres scènes en intérieur. Chamboulement de plan de travail. Demain, je ne tourne pas.

Carmen se tourne quand même, avec un vrai plaisir de jeu. Les répétitions avant le tournage ont fait que nous connaissons tous nos textes, ce qui nous permet de valser dans les planning sans problème.

Aujourd’hui, je n’ai maltraité aucun animal. Tout juste ai-je essayé de peloter une domestique. Vous allez adorer mon personnage !

Beurk

Samedi 10 avril 2010

C’est en rentrant que l’on s’aperçoit à quel point on est habité par le film. Dans mes rêves, il y avait des chevaux, des taureaux, du flamenco.

Hier, dans ma première séquence, je j’éviscérais une vache. Suspendue, tête en bas, égorgée, ventre ouvert, tripes à l’air… je m’arrête là. Au moment où j’extrayais quelque organe digestif, mon fils et ma belle fille arrivaient à cheval. Je les rejoignais pour une scène joyeuse.

Dans nos vies urbaines, on a que trop rarement l’occasion de plonger à pleines mains dans les boyaux encore chauds d’une brave vache. Mon métier me procure l’occasion de vivre, à travers les personnages, des choses qui me seraient restées totalement étrangères, pour lesquelles j’aurais pu nourrir répugnance, rejet, vague mépris, dégoût feint (des couffins). Et là, il suffit que l’on me dise action pour qu’en bon cheval, je fasse ce qu’on me dit sans plus me poser de question.

Je n’ai pas eu la séquence cavalière prévue mais une autre sur laquelle je n’avais pas envisagé qu’elle puisse être à cheval. J’étais, comment dire… nerveux.

Mais comme je l’ai su au dernier moment, je n’ai pas eu le temps d’angoisser. J’ai essayé de vaguement négocier de changer de cheval, d’en avoir un plus petit, plus insignifiant, à la personnalité docile des acteurs. J’y suis parvenu auprès du réalisateur mais le manadier a dit : C’est Itak. Il a la classe d’un cheval de manadier. Hop hop hop, respect.

Itak a été extraordinaire de docilité et d’application. Il a dû sentir que j’étais prêt à le virer. J’étais grisé de le voir démarrer à la première avancée des rênes, stopper à la moindre retenue, sans à-coup, tourner au moindre mouvement de regard. Ce cheval, il pourrait te faire croire que t’es Bartabas ! Merci Itak (et Patrick !). Maintenant je n’ai plus peur et mon personnage gagne en prestance. J’espère juste que j’aurai à galoper sur une ou deux séquences.

Faut y aller !

Jeudi 8 avril 2010

Deuxième journée de tournage. On s’est attaqué à une séquence des plus difficiles dans laquelle je frappe mon fils. Je sens qu’on va encore me trouver adorable, sur ce film. Non mais on dira sans doute aussi que c’est bien joué. Le réalisateur a multiplié les plans et aura un tel choix au montage que si l’on en ressort mauvais, j’écris au monteur ! Personnage dur mais de ces patriarches qui traînent leur droiture et leurs failles. Des personnages humains, au bout du compte, même s’ils aiment la corrida (là, c’est gratuit…). Ne me frappez pas ! J2L, range ton flingue !

Hier, nous fêtions l’anniversaire de l’actrice qui interprète Carmen. Vingt ans ! J’ai eu l’honneur de gratter la guitare avec le groupe flamenco. Encore un vieux rêve réalisé.

Demain, scène à cheval. Entre autres. Cette séquence aurait dû se tourner plus tard mais on a choisi de la tourner demain à cause d’une météo favorable. Elle ne le reste jamais très longtemps. Ce qui veut dire qu’au bout de trois jours de tournage, j’aurai surmonté les principales difficultés du film. N’allez pas vous imaginer que je serai pour autant en vacances. Je serai loin d’avoir terminé.

Après cette journée hippique, direction la gare et retour maison. Ça commençait à faire long, ces deux semaines.

Hiiiiiiiiiiiiiiii Prffffffffffff

Mercredi 7 avril 2010

IMG 1113

Vous le reconnaissez ? C’est Itak ! Mon cheval ! Je me suis approché du troupeau, tous s’en foutaient, sauf Itak, mon cheval, qui m’a reconnu. Il m’a fait un immense plaisir en manifestant cette attention. J’avais bien noté, hier, deux ou trois gestes affectueux mais ça m’étonnait venant de ce gros animal aussi trouillard que moi. Me voilà réconcilié définitivement avec la gente chevaline déjantée.

Mais ne nous y trompons pas, l’événement du jour, c’est notre premier jour de tournage de Carmen ! Comme nous étions très bien préparés, la journée s’est passée comme un vingtième jour de tournage. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il n’existait pas une part de trouille ou d’inconnue mais en tout cas, pas de tension comme l’on peut en connaître quand un tournage démarre.

Seul bémol, une drache nordique est venue abréger la journée de deux plans. Tout va bien, quoi !

Olé !

Lundi 5 avril 2010

Hier, nous étions à la corrida. Enfin, une novillada. Celle du matin, avec de jeunes toreros. Sujet tabou qui ne manque pas de heurter les anti-corrida, majoritaires. On y allait pour le boulot.

Je rappelle pour ceux qui n’ont pas suivi que je vais tourner dans Carmen de Jacques Malterre. Ce sera une adaptation de la nouvelle de Prosper, resituée en 1910 en Camargue, avec gitans, manadiers, saliniers, et le fameux toréador. Je serai doublé pour une cascade à cheval et l’acteur qui joue le torero est doublé aussi par un vrai.

C’est ce vrai que nous allions voir toréer, ce matin. Il s’appelle Romain Perez. Un jeune arlésien fin, sensible, grand, aux allures gauches d’adolescent attardé, toujours souriant. Dès qu’il est face au taureau, l’ange se métamorphose en… ben, en torero qui brave la bête, dialogue et danse avec elle puis finit par la tuer.

Des trois toreros, il est le seul à avoir réveillé les mouchoirs blancs de l’arène et ramassé deux oreilles. Quand les taureaux sont faibles, que les picadors se trouvent trop insistants, que l’estocade est ratée, on n’est pas loin de la boucherie. Les anti peuvent enrager.

Matalo ! Matalo ! (tue-le) scande la foule quand elle voit que la faena est forcée, que la bête est trop faible. Certains peuvent y entendre des cris sanguinaires quand il ne s’agit que d’une prière de voir abrégées les souffrances vaines d’un taureau trop affaibli ou peu combatif.

Et puis soudain arrive la faena magique dans laquelle on a l’illusion d’une communion mortelle. Frissons, larmes aux yeux. On a assisté à un rituel dans lequel il n’est plus question d’homme et d’animal mais de quelque chose de totalement indicible, extrêmement beau et fort, où ce qui se joue n’est pas la mort mais peut-être la vie.

Difficile à faire entendre à ceux qui ne voient qu’un homme en habits de pacotilles et un taureau qui saigne. Objectivement, rationnellement, ils ont raison. Et en plus, ils sont peut-être végétariens. Ça m’évitera de parler du cochon de la ferme, du mouton de l’aïd, du poulet en batterie, du saumon d’élevage, du soldat sur le front… Mourir, c’est jamais top.