Vous êtes là ?

Mardi 28 septembre 2010

J’ai arrêté le blog juste avant la sortie de Hors la loi. Ce n’est pas un hasard. Je ne trouvais plus le sens d’écrire des choses possiblement lues dans une obligation d’autocensure. Le décalage entre ce que je pouvais écrire et ce que je vivais ou ressentais était trop grand pour que le minimum de sincérité voulue dans cet exercice, demeure.  C’est pourquoi j’ai préféré le silence et choisi de tout arrêter.

Mais ce que je n’avais pas envisagé, c’est ma mère qui l’a mis en évidence en me disant « tu arrêtes le blog mais… tu veux arrêter d’être acteur ? »

En effet, en coupant ce lien avec la toile, il y avait quelque chose du renoncement, de l’abandon. Le blog fait partie de mon activité de comédien, en fait. Il me situe en décalage, un peu en dehors et, finalement, c’est sans doute ce qui me convient le mieux. En tout cas, en arrêtant cet exercice d’écriture, c’est aussi moi que je privais de quelque chose. Voilà pourquoi je reprends.

Reprise donc avec un petit point sur ce qui m’a pesé ces derniers temps, au risque de ratiociner des évidences déjà abordées…

En 2006, il y avait eu Indigènes, le conte de fée cannois, le petit nuage… Ça, c’était à titre personnel et j’en garderai éternellement le souvenir.

Mais il y avait eu la sortie aussi, ce périple sur les routes de France en héros, nous épuisant d’avant-premières en avant-premières. Ça aussi, c’était pour la gloriole. Mais il n’y avait pas que ça.

Nous avons vécu un moment politiquement inoubliable. Dans les débats, dans les salles métissées, la jeunesse que l’on résume à la banlieue prenait soudain conscience, sous nos yeux, qu’elle était française. Les grands-parents avaient prêté leur vie pour libérer le pays. Eux, les jeunes, ils n’étaient pas là pour rien ni par hasard mais aussi pour cette part d’histoire commune. On sentait un dialogue se nouer qui n’avait nul besoin de loi sur l’identité nationale. L’identité nationale, elle venait de s’éprouver, dans l’émotion du souvenir porté aux yeux par le cinéma. Les anciens étaient dans la salle et venaient le prolonger. Et moi, le gaulois, je me trouvais des tonnes de choses à dire à ces jeunes qui me faisaient peur quand je passais devant une de leur bande à Télégraphe.

Des hommes politiques intelligents, sensibles, auraient pu percevoir cette avancée qui se produisait et qui allait bien au-delà de la revalorisation des retraites des anciens combattants. La jeunesse était là et s’ouvrait à la parole. D’abord avec colère mais très vite avec l’expression d’un sentiment d’appartenance. Tout ça je l’ai senti, je l’ai vécu, moi le petit gaulois bobo et je sentais l’espoir à plein nez, la possibilité d’un dialogue renoué.

Je serais extrêmement naïf d’imaginer qu’un film allait changer le cours des choses. Je pense simplement que j’ai perçu à cette occasion une piste, une étincelle de ce qui pouvait être activé pour tenter de résoudre quelques problèmes. Raconter notre histoire, la faire figurer dans les manuels scolaires, par exemple, c’était déjà un pas. Il en appelait d’autres, dans cette voie.

Et qu’ont-ils faits, les politiques ? Rien. Ou si peu. Chirac a commencé à mettre la main à la poche pour les retraites des anciens mais il n’a rien vu de ce qui pouvait être un appui pour changer les choses en profondeur, aux bras de ceux qui font la France d’aujourd’hui. Les socialistes ? Je ne sais pas. Personne à la mesure de ce que nous vivions, nous qui étions devant la scène, les oreilles face au public. C’est ce que j’avais ressenti, que je disais quand j’en avais de rares occasions.

Le mouvement amorcé par Indigènes s’est éteint et la vie a suivi son cours. Le Sarkosysme violent et peureux a éteint pour longtemps toute chance de dialogue. Les casquettes à l’envers sont redevenues agressives, arrogantes, humiliées, retrouvant très vite un vocabulaire fait de baston et de pognon. Comme le Président. Comme la France. Comme ceux qu’on a portés au pouvoir.

Et puis il y a eu Hors la loi. Le propos n’était pas politique contrairement à ce qu’ont scandé les nostalgiques des colonies. Peut-être pas assez, même. Mais c’est le temps qui le dira.

 

 

En tout cas, il y a eu Cannes, aussi. Et moi, vous l’avez compris, j’ai été humilié de ne pas monter les marches avec la bande. Non pas parce que je n’allais pas passer à la téloche, non pas pour ma gueule. Ça, c’est une perspective qui échappe à la grande majorité des gens de ces métiers mais, la gloire, je ne cours pas après. Je fais mon taf. Quand elle est là, je ne crache pas dessus. J’en suis même fier. Mais avec la sage certitude que c’est par définition un état éphémère, une illusion collective, un malentendu. Donc, la gloire, rien à battre.

Mais si j’étais humilié c’est parce que j’ai un certain sens des valeurs comme la gratitude, la fidélité, l’amitié. Et tout ça, d’un coup, ça a disparu au profit de valeurs commerciales idiotes, de calculs imbéciles, de la peur des manifestations qui a fait dire aux organisateurs qu’il n’y aurait que 5 membres de l’équipe sur le tapis. Et non seulement c’est moi qui ai été mis de côté mais le tapis a été envahi d’huiles qui n’avaient rien à y faire.

Certes, j’étais blessé dans mon ego d’acteur (j’en suis un, quand même), dans mon inntimité, aussi. Mais je l’étais d’autant plus que j’étais persuadé qu’en termes d’image, un petit gaulois avait sa place dans cette histoire. Parce que j’étais parmi les primés de l’aventure fondatrice et aussi tout simplement pour servir le film et ce qu’il raconte. Mais bon, c’est passé et on ne retournera pas la scène.

Voilà, le monde continue avec son grand cinéma, avec ses politiques que l’on va se payer jusqu’en 2012 et qui font honte à pas mal de français de l’être et permettent à d’autres d’entretenir leur haine.

Tout ça est désormais derrière et un autre jour commence, avec ses espoirs, ses illusions, ses passions. Vive le blog !

Allez voir Hors la loi, tiens ! Je suis fier d’en être et du travail que j’y ai fait.

 

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36 commentaires pour Vous êtes là ?

  1. Claire dit :

    Et bien moi je reste mon ami ! bizz et bravo ! J’ai été choquée aussi tu le sais de ta mise à l’écart depuis tout ce temps ! tu es un grand monsieur que j’ai hâte de serrer à nouveau sur mon coeur un jour !  

  2. serge barande dit :

    Comme je l’ai dit sur « l’autre blog », le film est d’une grande densité et tu y participes activement par ton interprétation pile-poil. Pour le reste, j’ai été comme bien d’autres frustré que l’on ne t’associe pas au film lors de sa mise en avant, cannoise ou pas d’ailleurs. Les copains qui suivent ta carrière savent en gros comment tu bosses et tu t’impliques quand le boulot et le thème te plaisent – et ce qui s’en dégage au final. Mais tu le dis assez bien, que dans ce grand barnum, aucune logique – ou si peu – n’est de rigueur (la thunasse, toujours la grosse thunasse, pi tout le reste…). Mais aux yeux de tous, cela honore d’abord celui qui subit, et non ceux qui induisent ce système un peu cra-cra. Hissez haut! Tabernacle!

  3. Samuel Marès dit :

    oui je suis là content d’être de retour.

  4. Fayçal Addi dit :

    Hors-la-loi, je l’ai déjà regardé trois fois 😉 Et je n’ai pas fini de le revoir au cinéma =D

  5. Bernard Blancan dit :

    biz

  6. Bernard Blancan dit :

    Serge, le retour !

  7. Bernard Blancan dit :

    welcome sam

  8. Guy Gauthier dit :

    Bon ba assez causer du passé, avançons… Ne serais-tu pas le type sur un toit qui balance un oiseau par la cheminée, histoire de perturber Sandrine Kiberlain en bas dans son appartement morose pour modifier le cours de sa destinée ? (Oiseau d’Yves Caumon). Bref, en est tu de cette aventure ?

  9. Bernard Blancan dit :

    Heu, moi, je l’ai un peu trop vu, maintenant.

  10. J2L dit :

    à lire ce si bel article on se dit que ce serait bien dommage d’arréter ce blog. en fait ce n’est pas que le journal d’un comédien, c’est simplement celui d’un homme concerné par ce qui , ou ceux qui, l’entourre (nt) . enfin, il me semble…

  11. tilly dit :

    C’est un superbe témoignage-illustration sur « pourquoi j’aime mon blog », qui vient à point au milieu de l’algarade (stérile) entre Raphaël Enthoven et Guy Birenbaum: http://guybirenbaum.com/20100927/jirai-cracher-sur-vos-blogs/ Many happy posts 😉

  12. Fayçal Addi dit :

    Oui je m’en doute bien  D’autant que vous avez adoré le film aussi =)

  13. Bernard Blancan dit :

    Hé ho, je ne me fends pas d’un article longuement rédigé pour que tu m’envoies bouler ! Non, je ne suis pas de l’aventure Caumon. Mais j’ai oui dire qu’elle fût bonne.

  14. Bernard Blancan dit :

    Ben, je ne sais pas s’il est beau mais il est senti.

  15. Bernard Blancan dit :

    Les questions d’ego que l’on peut poser au principe de blog sont posables et contiennent du vrai. Mais de là à se foutre sur la gueule… En tout cas, je me les pose régulièrement, mais, finalement, toujours je continue. En conscience…

  16. Bernard Blancan dit :

    Ce que je pense réellement des films, il n’y a que mes proches qui le savent.

  17. gilbert dit :

    Tiens tiens ma doublure et de retour comment tu vas ? depuis tout ce temps, Eole me parle de toi des fois enfin souvent quoi..!

  18. Bernard Blancan dit :

    T’as pas trop peur, sans moi ? T’arrives à faire du galop ? Un de ces quatre, je vais passer vérifier, tiens !

  19. Guy dit :

    Toute mes excuses pour n’avoir pas jugé un article à sa juste mesure… j’étais tellement content de voir un nouveau film de ton ami qui se cachait avec toi au fond d’un puit que j’en ai oublié de te féliciter pour ton long travail de rédaction introspectif. Moi je suis de la seconde période, la rose… mais arrivé tout de même avant Indigènes des marches de mai 2006, juste un mois avant… j’espère bien être de la suivante, j’ai pas dit la dernière, longtemps… Pour la  film « Hors-la-loi », en réponse à Pascale, je dirais que je ne suis pas critique moi, j’analyse (d’ailleurs c’était le titre). Je considère que lorsqu’un film est bon, il faut le dire, mais quand c’est mauvais, il faut fermer sa g… Les critiques, une fois dans leur vie professionnelle, devraient faire un film, un tout petit, histoire de, et se rendraient vite compte du boulot… après, on n’est moins pressé de descendre un long qui a coûté 15 M d’€ et deux ans de travail… Pour le film « l’ordre et la morale » c’est ma fille qui m’a filé cet article de Tahiti et je pensais que tu devais en être, m’étais pas trompé, même si… dommage, ma fille t’aurais véhiculé dans le pays et t’aurais montré les baleines et un tas de choses de là-bas…    

  20. Bernard Blancan dit :

    Et maintenant, il se moque… Pfff Pour l’ordre et la morale, parmi les vrais gendarmes de la grotte, j’avais un sosie. Mais… j’étais trop vieux pour le rôle et trop jeune pour celui des hauts gradés. Et puis, tout simplement, Kasso, il a pas voulu de ma pomme. Cela dit, pour être très franc, je ne mourais pas d’envie de faire encore le gendarme militaire…

  21. J2L dit :

    je me demande si je n’ai pas rencontré ton sosie de la grotte, car j’ai connu un type ( dfin des annés 80), ancien gendarme ( garde mobile plus précisément) présent à la grotte à ce moment là. un type sec , émacié, effectivement ce mec te ressemblait !  

  22. J2L dit :

     je l’ai connu à Besac !!!

  23. LN dit :

    Comme quoi, les mères…Super ton edito, il te ressemble..

  24. Bernard Blancan dit :

    j’espère.

  25. Bernard Blancan dit :

    Tu peux pas dire Besançon, comme tout le monde ?!

  26. Bernard Blancan dit :

    Ben, il y a des chances. Quoi lui, c’était un gradé assez haut, un des responsables qui parlaient à la téloche.

  27. Helga dit :

    Bien entendu que je suis là aussi ! Je ne l’ouvre pas toujours, mais je suis bien contente que vous soyez toujours là et je reste ! « Indigènes », c’est un peu comme ça que j’avais atterri sur ce blog et le propos m’avait plu, l’écriture charmée. « Hors la loi », c’est pas encore arrivé ici (Munich), mais j’ai hâte de le voir, ne serait-ce que pour avoir mon idée sur le film et accessoirement, connaître un certain point de vue sur les évènements. Et puisque je suis là, j’en profite pour parler des « Insoumis » que j’ai vu la semaine dernière (ok, ce n’est pas tout neuf, mais quand on attend la sortie en dvd et qu’en plus ça doit arriver jusqu’au fond de la Bavière, bref…) et je dois avouer que là, j’ai été assez déçue… Heureusement qu’Aïssa Maïga et vous-même Bernard, étiez là, parce que les autres, on aurait dit des caricatures ou des sosies d’eux-mêmes… La critique est facile, je sais, l’art pas tellement, je sais aussi. Mais si au départ ça partait plutôt bien, je me suis demandée à quel moment allaient débarquer des aliens quand ça a commencé à canarder de partout dans le commissariat. Allez, allez, je me tais et continue tout simplement à lire les articles qui ne manqueront pas d’arriver sur ce blog. Merci Maman Blancan !    

  28. Bernard Blancan dit :

    Hello, Helga. Pas de souci pour les Insoumis. Mais je ne peux laisser ici mes critiques des films dans lesquels je tourne… Je suis un spectateur comme un autre et n’aime donc pas tous les films dans lesquels j’ai tourné. Avant, on sait pas, pendant, on y croit et quand c’est fini, on ne peut plus rien.   b

  29. Chérif dit :

    Bonjour,     Je suis allé voir le film 3 fois et pourtant « cinématographiquement » parlant je le trouve moyen (je préfère « Indigènes »).  Vous allez dire que je suis alors schizo ?  Non simplement les massacres de Sétif et la guerre d’Algérie fait partie de l’h(H)istoire de ma famille, histoire que mes parents détestent en parler

  30. Bernard Blancan dit :

    Merci Chérif !

  31. Denis dit :

    J’ai donc bien fait de ne pas sortir le blog de la liste de « mes favoris »… Je suis allé voir « Hors la loi » hier au Mélies à Pau, au final le film ne m’a pas convaincu. L’impression que Bouchareb a endossé un costume un poil trop grand pour lui. Vouloir brasser 40 ans d’une histoire complexe mene à des racourcis genants ou des survols de personnages qui peinent à exister ( la belle blonde porteuse de valise). meme ton personnage m’a surpris par son retournement. On le sens éloigné des méthodes du flic tortionnaire joué par Lorit pour basculer dans le terrorisme d’état avec les mêmes méthodes sans que je ne comprenne vraiment ce basculement. Mais ce qui m’a le plus laissé « à la porte » de ce film, c’est le personnage de Djamel, dur dur d’être Edward G.Robinson. Je n’ai pas cru à cette ascension express dans la voyoucratie, aux borsalinos et aux cigares. J’ai le souvenir d’un autre film « vivre au Paradis » avec Roschdy Zem, qui parlait de l’emigration, des taudis de Nanterre, de la manif d’octobre – le propos était moins ambitieux, mais peut-etre de ce fait, il m’avait semblé plus juste.    Voilà, j’aurai aimé aimer mais sur ce coup là, ce n’est pas le cas.

  32. Pascale dit :

    J’espère que tu n’es pas fâché avec Rachid en tout cas parce qu’entre Indigènes et Hors la loi, il te donne des rôles INOUBLIABLES !

  33. Bernard Blancan dit :

    Pour ce qui est du basculement de mon personnage, il s’opère avec Abdelkader. Ok, vous êtes résistants, je l’ai été, j’ai choisi mon camp, c’est la guerre…   En tout cas, merci pour ta franchise !

  34. Bernard Blancan dit :

    Non, t’inquiète, je ne suis fâché avec personne.

  35. D&D dit :

    Finalement, c’est pas mal, parfois, de lire en décalé, ça m’aurait fait un choc de lire « en live » que le blog s’arrêtait… Et ce billet rejoint mes préférés. Ce que vous écrivez sur les possibles au moment d' »Indigènes », et comment ils n’ont finalement pas été relayés, c’est vraiment précieux à lire.

  36. Bernard Blancan dit :

    Content de te retrouver

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