Comme un lundi.

 

Lundi 28 février 2011

Je suis un peu pervers. J’aurais aimé que Hors-La-Loi ait l’Oscar du meilleur film étranger. Mais pas pour la fierté de la statuette. Juste pour observer les emberlificotements de la presse française qui a brillé par son mutisme lors de la nomination. Ah la la, quel cinéma, la France, le cinéma ! Enfin, ce fameux Oscar, c’est le film que nous avions primé à Pau qui l’a reçu : Revenge (Danemark) de Susanne Bier.


Mauvaise nouvelle : Le projet de Jean-Charles Fitoussi n’a pas eu l’avance du CNC. Le Japon s’éloigne et avec lui un très beau film. Dans son dossier, il faisait l’éloge de Fernandez (qui l’a eu, lui)…


Pour me consoler, je me suis acheté une baguette de sourcier Éthiopien. Cet après-midi, je vais chercher ma caméra.

Ça se précise…

Samedi 26 février 2011

Hier, Philippe Fernandez a eu le CNC pour son prochain long métrage ! Nous allons donc tourner d’ici la fin de l’année. C’était une nouvelle que j’attendais. En revanche, on ne connaît pas la réponse pour le film de Jean-Charles Fitoussi (Japon). Lundi.

Dans la suite des projets cinéma, je vais finalement rencontrer il direttore di « Pasolini », la semaine prochaine.

Je n’ai pas encore vu Main basse mais je l’ai enregistré. J’avais oublié de préciser qu’il s’agissait d’un petit rôle et que j’étais gaucher (fraîchement blessé à l’épaule droite). Mais ceux qui ont suivi le blog se souvenaient que je n’avais tourné que deux jours.

Tiens, j’ai un DVD à regarder… un gars du blog…

Ça se Corse…

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Jeudi 24 février 2011

Demain, je serai de nouveau à Reims pour livrer les derniers mots du prof de math. Ce matin, j’enfilai les habits de Binouze, le flic que je commence à tourner lundi.

En attendant que j’en dise davantage, je vous déconseille la soirée des César de demain soir. À la même heure, sur Arte, je vous propose le téléfilm d’Antoine Santana dans lequel je joue le Lézard. Un rôle au goût Corse, ni prof, ni flic.

 

Un petit Oscar, pour la route ?

Super court !

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Reims. Je suis arrivé sur le tournage de Junior en me demandant si j’avais bien fait d’accepter ce court-métrage. Le scénario m’avait plu, mais le rôle est petit et peu sympathique. Je l’ai accepté un peu par devoir. La première nuit dans ma cellule de l’Auberge de jeunesse suivie d’un manque d’eau chaude pour la douche du matin finissait de donner raison à ma gastro psychosomatique (les acteurs somatisent énormément).

Le tournage lui-même a transformé complètement mon appréhension. Je suis certain que ce film connaîtra une belle vie de festivals. L’image est belle et maligne, les jeunes acteurs dégagent une immense sympathie (élèves de 4ème). Je n’ai pas eu trop de mal à me glisser dans la peau d’un prof puisque je l’ai été parmi mes nombreuses vies. Au fil des prises, le personnage s’est rempli d’humanité et de complicité, devenant un personnage positif.

Bref, je suis rentré habité de façon étonnante par ce film. Dernier jour, vendredi. Avec plaisir. La première intuition est toujours la bonne.


J’écris cet article en écoutant le dernier Radiohead que je viens de télécharger, nostalgie de ma troisième adolescence, celle de la fin des années 90.

J’en ai marre !

Dimanche 20 février 2011

Je milite depuis toujours pour le court-métrage. Mais depuis deux ans, à chaque fois qu’on me propose quelque chose, je ne peux pas accepter parce que les dates coïncident avec un tournage, un creux trop petit entre deux ou une période où je dois travailler à mon documentaire. J’ai d’ailleurs refusé plusieurs projets que l’on me proposait pour ce printemps puisque je dois trouver la place pour le tournage de Retour aux sources.

Pour la semaine prochaine, j’ai réussi à accepter un petit rôle dans un court. J’en avais juste le temps avant de partir en tournage, et ça ne me prendra que deux jours. Le scénario m’avait plu, et c’est là le premier critère de choix, évidemment.

J’ai reçu, il y a deux jours, un coup de fil de la costumière : « Bonjour, connaissez-vous vos mensurations ? ». Oui, je les connais. Je les ai enchaînées de la tête aux pieds, sans aucune hésitation. « Heu, me répond-elle, en fait, j’ai déjà acheté le costume sans savoir qui allait jouer le rôle. Il faudra juste que vous portiez des chaussures personnelles en cuir et des lunettes. Le personnage est sévère et antipathique ».

Me voilà rassuré. Je ne vais pas perdre du tout mon temps. Je vais jouer un connard dans des habits choisis au pif. Je vais me régaler. Donnez de votre personne, mais n’attendez rien en retour ! Parfois, j’en ai marre d’être acteur.

Côté réalisateur, voilà plusieurs jours que je me prenais le chou pour une question de caméra. Celle que j’ai commandée connaît des retards importants de livraison. Du coup, impatient, je me suis mis à regarder les autres caméras, étudier leur prix, interroger mon choix. Comme je suis obsessionnel, la réflexion s’est transformée en heures passées sur Internet, les forums spécialisés, les vidéos de test caméras, sans jamais arriver à une conclusion rassurante. Si l’on prend une caméra trop chère, elle sera dépassée dans deux ans, si l’on prend une trop petite, le chef opérateur se sentira rétrogradé au statut de vidéaste de mariages. Cette crise existentielle m’a conduit chez un marchand spécialiste (pas celui chez qui j’ai commandé ma caméra). J’espérais qu’il m’aiguille sur le choix que j’avais déjà fait.

Au lieu de cela, il m’a proposé une grosse bécane, trop chère pour moi. « Maintenant,  ajouta-t-il, dites-moi le film que vous voulez faire et je pourrai mieux vous aiguiller ! ». Il avait dit les mots justes. Toutes les bonnes raisons qui m’avaient conduit à commander ma caméra se trouvaient inscrites dans des nécessités cinématographiques : elle sort des fichiers pro, bonne optique, prises micro XLR, débrayable à souhait, time lapse, image par image, infra rouge. Au-delà de toutes ces caractéristiques techniques qui seront utilisées, son extrême petite taille (à peine plus grande que le caméscope à tonton) lui permet de ne mettre aucune pression sur les personnes filmées, mais aussi de réaliser des angles de vue très particuliers (prévus dans le film), sans nécessiter aucune machinerie. Un chemin de trois jours supplémentaire pour asseoir ma patience sur des bases solides.

Je peux apprendre mes textes, maintenant.

Café du commerce 2012

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Jeudi 17 février 2011

J’étais adolescent au moment du premier choc pétrolier. J’ai dépassé les cinquante ans. Ma vie s’est déroulée dans une succession de crises économiques. Ma génération, c’est pas la guerre, c’est La Crise!


Qu’est-ce qu’une crise ? Une crise, c’est un état passager, un dérèglement de ce qui est normal sur une courte période. Mais que penser d’une crise qui dure quarante ans ? Que ce n’est pas une crise mais la norme. Le mot crise, auquel on adjoint selon l’occasion les mots de pétrolière, boursière, financière, est un abus de langage destiné à faire accepter le chômage, les délocalisations, la baisse du pouvoir d’achat, l’augmentation des écarts riches/pauvres, la démolition organisée des systèmes sociaux. Ce n’est pas la crise. C’est l’organisation implacable du système capitaliste mondial depuis quarante ans.


On regarde avec surprise les révolutions des pays arabes. On y voit la révolte de peuples voulant se libérer de l’emprise de tyrans. Mais qu’est-ce qui est à l’origine de ces mouvements ? Le chômage des jeunes, le prix des produits alimentaires, la corruption. Des raisons économiques. Politiques. On va trop vite fait de vouloir résumer ça à la chute des méchants. Ces dictateurs ont été mis en place et maintenus par les grandes puissances économiques au nom d’une hypothétique stabilité géopolitique. Ces dictateurs ne sont que des pantins, des acteurs grassement payés.

Ce fameux système planétaire semble bien organisé : extractions des matières premières en Afrique, main d’œuvre en Asie et en Europe de l’Est. Mais au fond, ce système a des vues à court terme, fonctionne en flux tendu. Ce qui compte, c’est les profits rapides des financiers, la production de pognon virtuel, toujours pour les mêmes, en régalant au passage les intermédiaires (les classes privilégiées des sous-traitants). Dans chaque pays, sur chaque continent, toujours le même effet : chaque jour, depuis des décennies, les riches sont de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres. La seule concession (et encore) : un revenu minimum de survie car la famine fait mauvais genre.

Mais, tout comme ces dictateurs qui semblaient indéboulonnables, le système est fragile et menace de se casser la figure à tous moments. Il repose sur trop d’injustices. Quand les peuples auront identifié clairement les vrais responsables, ceux qui actionnent les marionnettes, un nouvel ordre mondial pourra espérer voir le jour. La prochaine vraie révolution sera planétaire.

Ces mots semblent écrits au début du siècle dernier ou dans les années 70. C’est ringard d’écrire ça, aujourd’hui. Ringard jusqu’au jour où le mot « crise », coquille creuse, aura explosé.


Et la France ? Nous sommes, me semble-t-il, dirigés par un pouvoir corrompu et injuste. On manifeste contre le projet de retraite et ça passe. Sarko veut clairement abolir l’ISF. Il défend ses Ministres coupables de magouilles dignes des Ben Ali. Tout est passe-droit, mesures continuant à frapper les mêmes au profit des nantis. Les banques que nous avons aidées en 2009 réalisent des profits records en 2010. Les dirigeants du CAC 40 ont les revenus les plus élevés d’Europe. En revanche, en Europe encore, la France compte le plus d’élèves par enseignant, derrière le Portugal.

La liste de ces aberrations pourrait être infiniment longue. Il n’est pas un jour sans que la lecture du journal nous rappelle dans quel État nous vivons, sous la présidence la plus cynique et la plus improvisée de notre histoire. Mais on ne fait rien. On ne dit pas grand-chose. On attend les élections de 2012.


Parlons-en, tiens des élections de 2012 ! L’alternative, on le sait, ne peut naître que de l’élection d’un socialiste au deuxième tour (la conscience collective n’est pas prête aux remises en questions plus profondes). La responsabilité de ce parti est immense. Ben, aujourd’hui, on a le choix entre le patron du FMI, une femme d’appareil laborieuse qui a accepté la magouille pour prendre la direction du parti contre la troisième, personnalité à l’ego protéiforme déconnectée du réel.

Les voilà, les porteurs de nos espoirs de changement ! Quelle tristesse…

 

Je précise que je ne prépare pas un rôle de gauchiste.

Expérience

Mercredi 16 février 2011

Si tu es acteur, je te déconseille d’inviter à dîner deux réalisateurs, fussent-ils des amis de trente ans, accompagnés de leurs compagnes. Ils ne manqueront pas, les rares fois où tu auras voix au chapitre, de te remette à ta place d’acteur (un mec un peu con qui ne connaît rien à rien, ne dit que des conneries, cherche du boulot). Il faut les inviter l’un sans l’autre, pour espérer oublier les fonctions respectives.

Jeanne

Mardi 15 février 2011

Ce matin, je suis allé faire une petite post-synchro artisanale pour le film de Philippe Ramos. Il s’agissait de changer des mots du texte. La difficulté repose sur la nécessité de retrouver le ton original afin que, une fois le mot changé, il semble faire partie de la phrase initiale. Je me régale à faire ce genre d’exercice.

 

Voilà bien deux mois que mes cheveux poussaient sans que j’y prenne garde. Je n’avais pas voulu y toucher pour mon rôle dans commissaire Magellan et la coiffeuse avait décidé que c’était très bien comme ça. Une dame de Luchon m’avait dit : « mais on ne vous reconnaît plus, avec vos cheveux longs ! ». Le fait que l’on ne me reconnaisse pas n’a pas été la motivation de mon passage chez le coiffeur. Je ne me reconnaissais pas moi-même.

 

J’attendais ma caméra pour le 15 février. Il va me falloir encore attendre une dizaine de jours. J’espère que les clémentines supporteront le délai supplémentaire.

Maison

Dimanche 13 février 2011

Bon, nous sommes rentrés bredouilles. Il y avait du monde en face et nous avons eu de très bons retours, fait de belles rencontres et préparé la sortie télévisuelle. Ce festival est à ajouter à la liste des sympas. Mais je le savais avant d’y aller.

J’étais invité au Fespaco pour présenter Hors la Loi début mars. Hélas, je suis en tournage sur cette période.

Télé-cinoche

Samedi 12 février 2011

Toujours sous le printemps de Luchon. Ce soir, c’est la remise des prix. Comme je suis une fouine, je suis allé faire un tour du côté de Festival Café. Grosse présence télévisuelle. Petit coup d’œil d’u côté de la table de maquillage et j’avais toute la liste des primés. Selon mes conclusions, nous n’en serons pas.

Il faut dire que la sélection était impressionnante. Que du grand. Les films étant projetés sur grand écran, il était souvent difficile de faire la différence entre ces téléfilms et des films de cinéma. Pour avoir participé à des jurys de cinéma, j’ai plaint celui-ci car il était bien difficile de faire des choix ou d’écarter tel ou tel.

Une des leçons que je tire de ce festival c’est de constater à quel point les différences entre cinéma et télévisions s’estompent. Avec le passage au numérique, déjà les technologies se sont rapprochées. Le cinéma ayant besoin de financement des chaînes, les scénarios se sont aussi rapprochés. Et puis les acteurs qui, auparavant, rechignaient à passer d’un genre à l’autre le font désormais sans complexe.  Les nécessités de production ont aussi conduit au rétrécissement des temps de tournage des films (en dehors des grosses productions).

Désormais, les différences se situent essentiellement dans les extrêmes : les gros films et les OVNI du cinéma d’auteur radical. Le plaisir d’acteur, lui, navigue dans cette diagonale hors frontières. Au bout d’un moment, c’est l’intérêt économique qui guide les choix. Mais de ce côté, il nous reste le luxe de tourner dans un court-métrage comme je vais le faire dans une dizaine de jours et d’enchaîner avec une série pour TF1. Au risque de choquer…

Mais d’autres différences résident du côté des spectateurs. J’ai été surpris de constater que le sport national consistait à planquer dans toute la ville avec un carnet à autographes et appareil photo. Tout à l’heure, il y avait bien 300 personnes qui faisaient la queue pour approcher des comédiens de Plus Belle La vie. Ce n’est pas les paillettes mais l’expression de cette espèce de fascination qu’exerce encore la télévision sur le grand public.

 

Dès lors que la télé, dans sa politique de fiction, a l’audace d’offrir de la qualité, des choses pas si faciles (je parle de la compétition), c’est tout à son honneur. La facilité consisterait à se contenter de flatter la médiocrité à moindre coût pour un public captif, dans l’unique objectif de satisfaire les annonceurs publicitaires.

Côté unitaires, c’est la télévision de service public qui tient le haut du pavé. Pourvu que ça dure.

Mais il reste Internet qui n’a pas fini de nous surprendre…