Café du commerce 2012

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Jeudi 17 février 2011

J’étais adolescent au moment du premier choc pétrolier. J’ai dépassé les cinquante ans. Ma vie s’est déroulée dans une succession de crises économiques. Ma génération, c’est pas la guerre, c’est La Crise!


Qu’est-ce qu’une crise ? Une crise, c’est un état passager, un dérèglement de ce qui est normal sur une courte période. Mais que penser d’une crise qui dure quarante ans ? Que ce n’est pas une crise mais la norme. Le mot crise, auquel on adjoint selon l’occasion les mots de pétrolière, boursière, financière, est un abus de langage destiné à faire accepter le chômage, les délocalisations, la baisse du pouvoir d’achat, l’augmentation des écarts riches/pauvres, la démolition organisée des systèmes sociaux. Ce n’est pas la crise. C’est l’organisation implacable du système capitaliste mondial depuis quarante ans.


On regarde avec surprise les révolutions des pays arabes. On y voit la révolte de peuples voulant se libérer de l’emprise de tyrans. Mais qu’est-ce qui est à l’origine de ces mouvements ? Le chômage des jeunes, le prix des produits alimentaires, la corruption. Des raisons économiques. Politiques. On va trop vite fait de vouloir résumer ça à la chute des méchants. Ces dictateurs ont été mis en place et maintenus par les grandes puissances économiques au nom d’une hypothétique stabilité géopolitique. Ces dictateurs ne sont que des pantins, des acteurs grassement payés.

Ce fameux système planétaire semble bien organisé : extractions des matières premières en Afrique, main d’œuvre en Asie et en Europe de l’Est. Mais au fond, ce système a des vues à court terme, fonctionne en flux tendu. Ce qui compte, c’est les profits rapides des financiers, la production de pognon virtuel, toujours pour les mêmes, en régalant au passage les intermédiaires (les classes privilégiées des sous-traitants). Dans chaque pays, sur chaque continent, toujours le même effet : chaque jour, depuis des décennies, les riches sont de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres. La seule concession (et encore) : un revenu minimum de survie car la famine fait mauvais genre.

Mais, tout comme ces dictateurs qui semblaient indéboulonnables, le système est fragile et menace de se casser la figure à tous moments. Il repose sur trop d’injustices. Quand les peuples auront identifié clairement les vrais responsables, ceux qui actionnent les marionnettes, un nouvel ordre mondial pourra espérer voir le jour. La prochaine vraie révolution sera planétaire.

Ces mots semblent écrits au début du siècle dernier ou dans les années 70. C’est ringard d’écrire ça, aujourd’hui. Ringard jusqu’au jour où le mot « crise », coquille creuse, aura explosé.


Et la France ? Nous sommes, me semble-t-il, dirigés par un pouvoir corrompu et injuste. On manifeste contre le projet de retraite et ça passe. Sarko veut clairement abolir l’ISF. Il défend ses Ministres coupables de magouilles dignes des Ben Ali. Tout est passe-droit, mesures continuant à frapper les mêmes au profit des nantis. Les banques que nous avons aidées en 2009 réalisent des profits records en 2010. Les dirigeants du CAC 40 ont les revenus les plus élevés d’Europe. En revanche, en Europe encore, la France compte le plus d’élèves par enseignant, derrière le Portugal.

La liste de ces aberrations pourrait être infiniment longue. Il n’est pas un jour sans que la lecture du journal nous rappelle dans quel État nous vivons, sous la présidence la plus cynique et la plus improvisée de notre histoire. Mais on ne fait rien. On ne dit pas grand-chose. On attend les élections de 2012.


Parlons-en, tiens des élections de 2012 ! L’alternative, on le sait, ne peut naître que de l’élection d’un socialiste au deuxième tour (la conscience collective n’est pas prête aux remises en questions plus profondes). La responsabilité de ce parti est immense. Ben, aujourd’hui, on a le choix entre le patron du FMI, une femme d’appareil laborieuse qui a accepté la magouille pour prendre la direction du parti contre la troisième, personnalité à l’ego protéiforme déconnectée du réel.

Les voilà, les porteurs de nos espoirs de changement ! Quelle tristesse…

 

Je précise que je ne prépare pas un rôle de gauchiste.

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26 commentaires pour Café du commerce 2012

  1. Sarro Philippe dit :

    Au XIXième c’était le Temps des cerises Aujourd’hui c’est le Temps des crises   Crise du grec Krisis, décision jugement Tu connais la courbe du deuil ? La « courbe du deuil » définit six étapes : l’annonce de la mutation, le refus de comprendre, la résistance, la décompression, la résignation, l’intégration du citoyen Aujourd’hui en France on en est à la phase 6, c’est à dire à l’acceptation après la résignation. C’est tout juste si on n’est pas complice de la  

  2. Sarro Philippe dit :

    Mais ce n’est pas que la crise économique, c’est la crise généralisée et notamment la crise de confiance. « Confiance envers les référents traditionnels de nos sociétés : les institutions, les médias, les experts, la science, ainsi que certaines catégories d’entreprises, particulièrement les banques ». Nous dit la Fing (Fédération Internet nouvelle génération) dans un rapport. Il est peut être temps de prendre une décision et de faire notre révolution Internet nous aussi, mais celle-ci ne se résume pas à la révolution Facebook, ou twiter comme dans les pays Arabes. En tous cas certains, comme Daniel Kaplan (Délégué général de la Fing, voir vidéo BankX6 sur liens ci-dessous)  ne se résignent pas face à un capitalisme qui a perdu son esprit (référence à Max Weber) et qui est devenu cognitif (Moullier Boutang) et n’abandonnent pas tout espoirs aux politiques et au Partis. Après la transparence affiché par un wikileaks voici l’Open Bank qui a été discuté aux conférences internationale Lift http://www.internetactu.net/2011/02/17/ouvrir-le-monde-bancaire/ Rapport de synthèse de la Fing sur la « confiance numérique ». http://fing.org/?La-synthese-de-l-expedition      

  3. Samuel Marès dit :

    bel article politique et assez d’accord sur ton analyse. le pire reste à venir certainement.

  4. serge barande dit :

    Rien à ajouter vu qu’on est à peu près de la même génération et que je n’en pense pas moins. Juste qu’il y a trente-cinq ans, sous Giscard, on pouvait, me semble-t-il, s’accorder encore quelques idéaux. Idéaux relatifs à notre jeunesse ou simplement à des circonstances socio-politiques qui nous le permettaient ? M’en souviens plus! Quant à 2012… je n’aperçois aucun idéal sociétal à l’horizon, même avec mes jumelles pro! Après la lecture de ton article, d’aucuns diront que tu verses dans le pessimisme, comme le révélait récemment un sondage au sujet du moral des Français.

  5. J2L dit :

    merci Bernard de savoir si bien exprimer ce qui correspond également à mon ressenti . j’en veux profondémment à tous ces français qui ne comprennent rien à la politique et aux conséquences de leur vote . comme ce type que j’ai entendu à la radio, qui disait avoir voté pour M.G. Buffet au 1er tour et Sarko au 2ème . des gens comme lui n’ont aucune conscience civique ni politique, on dirait que le vote est un gadget, pour eux . on devrait instituer un permis de vote ! 

  6. Sarro Philippe dit :

    On va rajouter une couche aux discussions du café du commerce. Moi je mets quand même un petit bemol à ce discours, on ne peut  se contenter de réflexions et de mots datant d’une révolution industrielle thermodynamique (On est passé du temps carbone au temps lumière) et faire comme si le capitalisme ne s’était pas transformé depuis. Il est devenu capitalisme informationnel (Selon le mot de Philippe Aigrain de la Quadrature du net).Il nous faut inventer un nouveau discours (je sais c’est pas facile). Comme le dit Michel Serres dans « Le temps des crises » justement « Si nous vivons une crise, au sens plein du terme, aucun retour en arrière n’est possible. Il faut donc inventer du nouveau. Or, le nouveau nous submerge ! En agriculture, transports, santé, démographie, informatique, conflits, des bouleversements gigantesques ont transformé notre condition comme jamais cela n’était arrivé dans l’histoire. Seules nos institutions n’ont pas changé. » Et je rajouterais, les réponses de nos hommes politiques aussi n’ont pas changés Aujourd’hui, à l’heure de l’open data (ou dataware), c’est l’accès à l’information qui compte. C’est pas pour rien que j’ai cité plus haut les mots de révolution Facebook ou twitter, voire du mot wikileaks. Comme le dit Michel Serres dans le même livre, « La liberté c’est l’accès ».

  7. Bernard Blancan dit :

    Tu as tout-à-fait raison, Philippe. La révolution dont je parle n’est pas une internationale prolétarienne. Elle n’a pas de nom et reste à inventer. Tu as raison aussi sur les révolutions Facebook Twitter. C’est un peu le bémol que je mets aux révolutions Tunisienne et Égyptienne. Quand je vois les gens avec drapeau, peinture sur le visage et doigts en V, j’ai l’impression de voir les supporters d’un match de coupe du monde. L’événement médiatique mondial pour lequel les citoyens sont acteurs (comme les joueurs de foot) peut facilement prendre le pas sur les enjeux réels. On a gagné la révolution, on a viré l’adversaire, ok. On fait quoi, maintenant ? C’est là que ça devient intéressant. Que va-t-il naître du vide ?

  8. Bernard Blancan dit :

    Ouais. Ce que dit Philippe est intéressant aussi.

  9. Bernard Blancan dit :

    C’est pas de la déprime. C’est un sursaut de lucidité. Cet article m’est venu en lisant le journal. Tous les signes d’une société pourrie, de la nécessité de changement et, juste à côté, un article sur DSK, Ségo et Aubry. Décalage entre la futilité des querelles d’ego et l’obligation de faire naître de l’espoir.

  10. Bernard Blancan dit :

    Le pire ou le meilleur…

  11. Bernard Blancan dit :

    Non, on n’en est pas à la résignation mais au stade 7 qui est la compréhension du graphique et de la manipulation.

  12. Bernard Blancan dit :

    On est bien d’accord pour dire que le vrai changement ne passe pas par la case politique telle qu’elle est définie par nos partis actuels. On sait à l’avance que les socialistes vont suivre les directives européennes, elles-mêmes dictées par les lois de la finance. Du capitalisme sauvage avec deux/trois coussins.

  13. Pascale dit :

    Ouais moi aussi j’ai connu ça, je faisais des crises d’asthme, ça flingue l’enfance cette cochonnerie.

  14. Le Guy dit :

    Après Sarro, Sam, Serge, J2L, et même la décalée Pascale, je vais peut-être me fendre d ‘un article, mais après vous, m’sieurs dame, ça va êt’ dur !

  15. Le Guy dit :

    (Alors j’ai demandé à la fille qui m’accompagne, comme le chante Cabrel, de faire une réponse à ton article…). « Du pire peut naître le meilleur, mais est on prêt à acceuillir le meilleur tout en sachant que l’on ne réagit pas au pire… ? Si le printemps est là pour le monde arabe, nous, nous n’en sommes pas là. Enfermés dans nos suffisances, dans notre chacun pour soi, dans notre confort, avons nous besoin d’autre chose ? Si oui, la solution est dans le bulletin de vote. Attention l’ombre du FN plane au dessus de nous, alors si même à gauche on ne sent pas de véritable alternative pour le moment, mettons y le cap, ne serait ce que pour mettre fin à la monarchie actuelle. »

  16. Mako dit :

    Bonjour, Il est presque 7h du matin. Je viens de finir de voir « Hors la loi » et je suis bien secoué. Je me suis demandé comment s’appelait ce comédien qui me collait des frissons et jouait si bien les rôles de salauds… J’ai fait une recherche sur le net et trouvé votre blog ! Je tenais à vous tirer mon chapeau car ce film m’a beaucoup appris sur la période. J’ai beau me dire que je viens d’une famille communiste où j’ai entendu parler des guerres de libération nationale, je dois reconnaître que j’étais bien ignorant de ce qui s’était joué en France. Je vous ai vu aussi dans « Indigènes », qui m’avait fait aussi réagir. Mais cette fois-ci c’était quelque chose. J’étais pris dans l’engrenage des événements, j’avais envie de voir votre personnage se faire descendre par celui de Djamel Debbouze. Mais rien. C’est bien quelque part. On doit serrer les dents. Ca évite de le vivre comme un film de divertissement. Les plus curieux feront après ça des recherches sur la période. J’ai été atterré par toutes ces interventions d’anciens officiers coloniaux dans les médias, de la polémique montée par ce député UMP, montrant que la bonne conscience coloniale se portait toujours aussi bien. Ca m’a donné d’autant plus envie de voir le film. Et rajouté d’autant plus à l’émotion de ces scènes qui prennent au ventre. Je ne sais pas ce que vous avez vécu (votre rapport à ces événements historiques) et je serais curieux de connaître le rapport que vous avez eu avec le personnage que vous incarnez. L’autre aussi, celui d' »Indigènes ». J’ai un grand oncle qui a fait l’Algérie du côté français et a toujours refusé d’en parlé. J’ai tenté une fois l’aventure. Le drame… J’ai lu aussi que vous aviez joué dans « Louise Michel, la rebelle », que je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de voir car j’habite à l’étranger et les films français ne me sont pas faciles d’accès. Vous m’avez donné envie de reprendre le théâtre. Sacrés rôles que vous avez interprêtés ! Merci pour ça et bonne continuation à vous ! Fraternellement, Mako

  17. Bernard Blancan dit :

    T’es passée quand, aux crises de foie ?

  18. Bernard Blancan dit :

    Vas-y !

  19. Bernard Blancan dit :

    Elle écrit bien, la fille qui t’accompagne ! Mais bon, on a le droit d’espérer plus et mieux que de se contenter de battre Sarko…

  20. Bernard Blancan dit :

    Merci pour ce long commentaire ! Je pense que chacun porte en lui l’enfoiré et le juste. En faisant l’acteur, pour chaque personnage, je puise dans ce que je suis, ce que j’ai vu des autres, ce que je connais de l’histoire. C’est pourquoi, quand je joue les enfoirés, il y a toujours une petite part à sauver, …il me semble. C’est à l’auteur et au réalisateur de gérer le discours global, les messages du film. Nous, nous incarnons de l’humain. Après, à titre personnel, le film me parle à plein d’endroits, me raconte plein de choses, résonne avec des parties de mon histoire personnelle, va dans le sens de mes convictions. Mais là, c’est ma place de spectateur, d’acteur qui va accepter un rôle. Le jouer, ça se passe ailleurs. Il faut oublier tout ça, s’oublier soi-même pour se mettre au service d’un personnage dont les traits ont été dessinés par le scénariste et affinés par le réalisateur. Tu as raison de reprendre le théâtre ! Encore merci, Mako !   b

  21. Pascale dit :

    Et je vous raconte pas mes crises d’épilepsie, il vous resterait que vos yeux pour pleurer.

  22. J2L dit :

    oui Pascale ! surtout que derrière la crise d’épilepsie il y avait un travail de ventriloquie … 

  23. Guy dit :

    ha ! c’était l’épilepsie, moi j’croyais qu’elle était vraiment barge… (lol)

  24. Bernard Blancan dit :

    On en a bavé, nous…

  25. Bernard Blancan dit :

    Et pis, les psy…

  26. Bernard Blancan dit :

    Disons que c’est un peu les deux…

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