Je suis dans la 301 ?????!!!!

Le_cri_munch.jpg

 

Vendredi 8 avril 2011

J’avais fait un déni sur la 301. Je l’avais lue en diagonale, avais fait un refus d’obstacle. Mais cette séquence, on l’a tournée hier soir. Et le Binouze (pardon cousine), il est mort de chez mort. Plus mort que lui, tu peux pas.

 

J’ai donc passé trois bonne heures dans un sac mortuaire et plastique blanc et fermeture éclair, sur une civière à roulettes de pompiers. L’un d’eux a pris soin de me dire qu’elle avait servi mais que de toute façon on y passerait tous.

 

Au premier essai, j’ai dû refreiner une envie de vomir. Le regard est en contre-plongée radicale, face au toit de la grande surface lacérée de rayons de gyrophares. Puis la fermeture éclair remonte, n’offrant à la vue que l’opacité blanche teintée par intermittence d’orange et de bleu. Le chariot est relevé et entame un étrange ballet que le cerveau ne peut comprendre. Cliquetis du chargement dans le fourgon. L’air est chaud et pourrait manquer au claustrophobe. Quand les portes le referment dans leur fracas métallique, les bruits extérieurs disparaissent en même temps qu’une soufflerie se met en route. Vite, relever le bras, le glisser le long du sac qui, à son sommet, présente une ouverture, regarder les murs, les hublots, la lumière, la matière et respirer un grand coup. Coupez !

 

Les portes se ré ouvrent et le pompier fait glisser l’ouverture éclair.

 

Faire le mort, c’est toujours une épreuve. Mais, dans ces conditions hyperréalistes, le regard des gens de l’équipe ajoute de l’horreur à la situation. Personne ne me parle normalement. Ce n’est plus tout à fait un personnage qui est là, mais un macchabée, un mort vivant, un acteur qui va mourir, un jour, comme chaque membre de l’équipe. La mort est bien singée et se glisse dans tous les esprits avec son cortège de malaises.

 

À chaque fois que j’ai fait le mort, mon corps a résisté. Les paupières se refusaient à

l’immobilité, les déglutitions venaient tout foutre en l’air. Sur le coup, j’ai fait un gros progrès. Grâce à l’hypnotiseur. J’ai reproduit des techniques qu’il nous a données : élargissement artificiel du champ de vision, les yeux fermés puis, partir dans des images qui n’ont rien à voir avec la situation présente. Ainsi, on se retrouve dans un état modifié de conscience, on s’extrait du présent et on part dans une espèce de rêve maîtrisé. Dans cet état, les paupières ne bougent plus, la glotte reste calme, le visage se détend comme dans le sommeil. Pratiquement à chaque prise, je partais en Camargue, chevauchais un canasson au milieu des roseaux, des flamants roses et des taureaux. Une mort presque agréable.

Ma nouvelle technique très au point a dû aider mes collègues à trouver leur tristesse. Mes deux cents euros m’auront servi à ça : bien faire le mort…

 

Cette nuit, je me suis retrouvé dans une société aux coutumes assez étranges. On me reprochait d’avoir tué le poussin dans mon assiette, lui plantant ma fourchette et lui tranchant le cou avec mon couteau, sans lui avoir laissé picorer auparavant les quelques graines jonchant l’assiette. Ça ne se fait pas ! On laisse toujours picorer le poussin avant de le manger ! Je n’ai jamais autant rêvé que cette nuit. Des rêves en couleur, où je volais, croisais le chef de Cabinet du Ministre de la Culture Algérien, le visage tuméfié, haranguant une foule de rebelles qui se ralliaient à sa cause, j’étais au Caire que je quittais en dévalant la longue pente d’une montagne enneigée.

 

Non, non, jouer la mort, ça n’a jamais été anodin.

Cet article a été publié dans blancan. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

16 commentaires pour Je suis dans la 301 ?????!!!!

  1. LN dit :

    Le principal, c’est que t’es ressuscité!!! Mais j’avoue que ce doit être angoissant.. Pour les rêves, je ne me risque pas à un commentaire..pas un seul..  

  2. Ah oui en effet là d’un coup le métier d’acteur fait moins envie … glurps! Il est vraiment con l’autre à te préciser un truc pareil …

  3. Joël dit :

    Pour ceux que cela intéresse ou pour s’entrainer on peut en louer.  

  4. Sympa pour une zombie walk le costume. Mais comme disaient Fantasio et Prunelle à Gaston: « Et si on danse ? » ^^  

  5. Le Guy dit :

    Beau texte, mon pote… c’est la fermeture éclair qui doit être stressante ? J’essaie d’imaginer ça ! Bon ba y pu qu’à attendre quoi ! Tu fais quand même un beau métier (mourir pour de rire) comme lorsqu’on était gosse « non t’es mort, n’ouv’ pas les yeux ! bouge pu ! » Ou comme dans ta scène de fin de Indigènes, chez nous en Lorraine, émouvante !    

  6. girot dit :

    C’est la première fois qu’un récit de mort me fait autant rire…Tant pis pour Alain puisque Binouze est ressucité …C’est bien ce que tu m’as dit, qu’il n’était finalement pas mort… Avec la chaleur, ça devait être encore mieux! Tu mérites vraiment qu’on regarde le film! (hi!hi!)

  7. Bernard Blancan dit :

    Ne te risque pas ! Il y a plein d’interprétations assez faciles à faire. Mais je m’en garderai aussi.

  8. Bernard Blancan dit :

    Ben, ouais, c’est pas tout rose, comme métier. Pas rose du tout, même. Bon, mais il y a pire, comme boulot !

  9. Bernard Blancan dit :

    En France, c’est blanc.

  10. Bernard Blancan dit :

    Pfff

  11. Bernard Blancan dit :

    Merci, Guy, te regarder l’écriture…

  12. Bernard Blancan dit :

    Rigole, rigole !

  13. serge barande dit :

    Putain! J’en sufoque! Heureusement que tes rêves de flamants apportent un peu d’air!

  14. Bernard Blancan dit :

    roses, les flamants.

  15. D&D dit :

    J’avais jamais pensé à ça. Très belle description. On s’y croirait, comme on dit. (Mais content de pas y être vraiment, dans le sac !)

  16. Bernard Blancan dit :

    Merci D&D !

Les commentaires sont fermés.