Content, le mec.

Pour la première fois, j’ai vu le film en me disant, putain, c’est bien ce truc, qui c’est qui l’a fait ? Moment magique où c’est plus ton film, mais un truc qui t’est étranger, qui te raconte mille fois mieux que si tu avais voulu y être pour quelque chose, presque malgré toi. Une mise à distance qui vaut quelques années de psy. En le voyant, j’ai commencé à comprendre ce que j’avais raconté. Ça me fait rire, tous ces critiques qui nous racontent que le réalisateur a voulu ceci et cela. Tu parles. Le réalisateur, il a fait ce qu’il a pu avec ses trois références, sa soi-disant mise en scène. C’est son inconscient a fait le plus gros boulot (avec le concours de la monteuse). Bien souvent, il n’a même pas fait exprès. C’est comme ça que certains ne sont que les réalisateurs d’un seul film. Les autres, c’est juste du labeur ou des tentatives d’imitation d’une réussite.

 

Enfin, ne vendons pas trop vite la peau de l’ours. La fin du montage est prévue pour le 9 septembre. Ce sera mon cadeau d’anniversaire. Demain soir, nous projetons pour Céline, la productrice, un ou une collègue à elle et une amie à moi.

C’est un peu angoissant, en arrière plan, d’avoir l’impression d’avoir presque fini le film, alors qu’il reste encore deux semaines de montage. Me vient la peur de tout casser dans le temps qui me reste…

 

Je commence déjà à penser au(x) prochain(s).

 

J’ai envoyé quelques messages à des personnes bien ciblées, qui m’ont répondu que Suerte n’est pas enfermé dans un tiroir et que ça bouge pour préparer une sortie. Je n’ai toujours pas vu le film, mais j’imagine que, dès qu’il aura un distributeur, même tout petit, nous ferons une projection. Attendez-vous à en entendre parler ici d’ici la fin de l’année.

 

Je suis assez inquiet pour l’issue des élections de 2012. Si la droite lance la rigueur maintenant, c’est que Sarko pense qu’il sera réélu et qu’il n’aura pas à le faire en juin. Il nous fait croire au passage par quelques manips de communication, que les riches vont payer, pour satisfaire les électeurs de gauche. Mais pourtant, si un pauvre fume un paquet de clopes par jour et boit un litre de vin par semaine, il y a peu de chance qu’un riche parvienne à fumer, dans le même temps deux ou trois cartouches et boire une barrique. Et même si ça avait été le cas, il ne s’apercevrait même pas qu’il a dépensé quelque chose pour boire et fumer. Le plus grotesque, c’est le soda et les parcs de loisirs fréquentés par les prolos.

 

Bon mais, je m’égare encore avec mes idées de gauche des années 70 ! De toute façon, je m’en fous, j’ai fait un film ! C’est déjà ça.

Cet article a été publié dans blancan. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

8 commentaires pour Content, le mec.

  1. Gauthier dit :

    J’suis tour à fait OK avec toi sur ce papier. En effet lorsqu’on fait un film y a tellement d’éléments qui ne dépendent pas de toi. On dit si souvent « ça le fait là ! » alors que ce bout de son, ce truc qui passe au moment là n’était pas prévu. Et pis si t’enlèles le monteur, le son, l’étalonnage, le mixage, des choses qui ne se voient pas t’as pu de film ! Pour ce qui concerne les sorties, ça va me donner l’occas’ de monter à Panam pour le coup (on c’est pas vu de visu depuis juin 2007 vu qu’tu m’avais boycotter à Besançon).

  2. Bernard Blancan dit :

    Je vais essayer de faire venir Pascale (et son mari…) !

  3. Le Guy dit :

    Ne soit pas cruel avec Pascale et surtout son mari ! 

  4. Bernard Blancan dit :

    Ils sont sympas, eux.

  5. D&D dit :

    Là, pour le coup, je trouve que vous allez un peu vite pour généraliser votre propre expérience. Que la part non consciente de création soit importante voire première, je suis assez de votre avis. Mais être capable de se rendre « disponible » est déjà une intention très forte (je sais pas très bien comment dire ça d’ailleurs, mais je pense que sur ce plan c’est quelque chose d’analogue au travail de l’acteur). En tout cas, dans mon expérience personnelle, quand je lis le journal de Tarkovski, des entretiens de Pedro Costa ou des propos d’Hitchcock, par exemple, la part consciente de leur travail ne me semble pas anecdotique. Et je la trouve précieuse. Tout cela dit on peut faire de très bons films en toute inconscience et de très mauvais en toute conscience (bien des films me semblent d’ailleurs se rater dans leur incapacité à « dépasser » leurs intentions premières, à les laisser vivre) et tout le spectre allant d’un point à l’autre. Mais, une fois n’est pas coutume, je m’étrangle en lisant l’ouverture de votre billet.

  6. Bernard Blancan dit :

    Bonjour D&D, Oui, je vais un peu vite, sans doute. Il est évident que le film, je l’ai construit en conscience, en réfléchissant énormément, en me prenant le chou. Mais ce que je veux dire, c’est que l’on a beau vouloir tout maîtriser (et je suis de ceux-là), il y a toujours une part qui vous échappe totalement. L’inconscient complète votre pensée à des endroits que vous n’attendiez pas. Bref, une véritable alchimie…

  7. D&D dit :

    Je suis d’accord avec ce que vous précisez (et que je ne sais pas lire dans votre billet). Et cette alchimie, que vous évoquez, entre la part volontaire, réfléchie, et celle non consciente, voire générées par d’autres collaborateurs d’un film ou encore par les circonstances, je la relie à ce qu’on peut appeler « l’intuition ». Et dans le cas d’un film qui serait l’oeuvre d’un réalisateur (en ayant par exemple le director’s cut, ou en n’étant pas dans un système de réelle création collective, cela existe aussi bien sûr), alors, hors quelques moments de fatigue (ils doivent exister), la question du choix revient (ne serait-ce que l’approbation réelle d’une proposition extérieure) : ce choix me semble relever de « l’intuition » (pour sa part consciente ou non), et s’effectuer dans une cohérence intime avec le projet. Bref, je vais pas vous prendre le chou davantage avec ça. Et vous avez bien le droit de pas être d’accord. Mais le cinéma me tient à coeur (euphémisme, et j’entends bien qu’à vous aussi),  je pourrai dire la création d’une manière générale (et je pense que vous aussi), mais la création pour sa part non réductible au divertissement ou à la consommation me semble vivre des heures de forte exclusion (au cinéma, en salle, les chiffres ne laissent pas trop de doute). En mon sens, ce que sous-tend ou permet l’ouverture de votre billet fait un jeu que je trouve malheureux. Mais sans doute j’aurais pu tout aussi bien fermer ma gueule : c’est idiot, aussi, d’intervenir comme ça. Je crois que je suis inquiet 🙂

  8. Bernard Blancan dit :

    Je viens de relire l’article. En effet, vous vous basez sur un paragraphe euphorique et relativement court qui déploie un discours bref inspiré par les circonstances. Ce qui j’y avance est rapide et caricatural, même si, au fond, j’en assume les gros traits. Vous avez raison de parler d’intuition. C’est ce que je pense aussi. Mais je maintiens qu’il y a toujours une part de création qui échappe à l’artiste. Et comme une réussite totale se joue sur une toute petite part, un fil d’équilibre, des bulles de hasard heureux, des sens imprévus qui émergent, en dehors de quelques grand maîtres, ces choses-là sont peu maîtrisées (et peut-être maîtrisables). On a vu  pas mal de réalisateurs dont on ne retient qu’un ou deux films dans une filmographie chargée. Mais cette part fragile, je la place plus dans le magique que dans les fénéantises publicitaires. Évidemment.

Les commentaires sont fermés.