Dans ma besace

Je suis parti à Loupiac, enregistrer les enfants avec un projet de film en tête. Je voulais juste qu’ils me racontent des histoires. Le premier jour, ils m’en ont beaucoup racontées. Mais elles étaient presque toutes labellisées Walt Disney. Ils me resservaient les histoires lues par leurs parents ou vues à la télé et sur DVD. Difficile à exploiter et très en décalage par rapport à mon objectif de départ qui était de partir d’histoires inventées par les enfants (maternelles). J’aurais pu me mettre au travail et commencer le montage de la matière sonore enregistrée par Jean-Jacques, l’ingénieur du son. J’ai préféré ne rien faire. Je savais que mon idée de départ n’était pas exploitable et ne voulais pas perdre de temps à « forcer » le montage pour plier la matière numérique à mes intentions de départ. J’attendais donc la séance d’hier. J’avais décidé, dans celle-ci, d’essayer quantité de pistes, pour voir ce qui pourrait découler, sans a priori, donnant au hasard et à l’intuition toute la place. Ne pas forcer.

 

Je me suis aperçu que les maternelles, dans une situation dans laquelle on attend qu’ils inventent, cherchent plutôt à satisfaire nos attentes, à partir de choses qu’ils connaissent déjà ou qu’ils supposent que nous connaissons. Alors qu’ils sont en train d’inventer un début d’histoire, ils s’arrêtent en disant : « je me rappelle plus ». L’invention se déroule dans un présent qui construit un passé, un présent et un futur. Eux, en appellent au seul passé qui n’existe pas. Très étonnant. Inventer est un acte rare et fort qui nécessite une mise en confiance énorme tant l’implication est grande. Et ça vaut pour le monde des adultes. Après tout, Hollande répond exactement à ces critères quand il se contente de répondre à la crise par une très légère adaptation du discours dominant dicté par les lois de la finance. Surtout, ne pas affronter les vertiges de l’invention. Ne pas faire peur.

 

Mais revenons à nos enfants ! J’ai trouvé, le second jour, une façon de rebondir à partir d’une histoire inventée et fabriquée par un des enfants. C’est assez émouvant de voir un si jeune enfant s’investir autant et donner de sa personne. Je prends donc les éléments de son histoire, la résume au groupe, et téléguide les interventions des uns et des autres, dans des situations d’improvisations qui vont les conduire à entrer en action avec l’inventeur. Et lui, il répond du tac au tac, poursuit la logique de son histoire, la fait avancer. Il joue un rôle de méchant vivant dans une grotte, qui veut détruire le village voisin. Le jeu continue ainsi, capté par le micro de l’ingénieur du son. Mais je me rends vite compte que le gamin est tellement investi dans son personnage qu’il peine à en sortir. Il est entré dans la fiction et n’arrive pas à s’en extraire. J’essaie de lui donner de nouvelles indications pour le faire quitter son personnage. Il essaie, je le vois faire des efforts, mais il abdique pour revenir aussitôt à son premier personnage.

 

Cette situation aurait pu ne pas être remarquée par quelqu’un qui n’est pas acteur. Ou simplement banalisée. J’y ai vu, quant à moi, les limites de mon projet. Jusqu’où manipuler des enfants ? Ai-je le droit de les embarquer dans un délire qui n’est pas le leur ? Bref, rien de tout cela ne me semble anodin. Je sais bien qu’on va penser, ici encore, que je me prends bien la tête pour rien, créant des problèmes où il n’y en a pas. J’aime bien titiller les « évidences ».

 

Je voulais construire une histoire qui vienne des enfants, en quête d’une illusoire sincérité. Je crois que je vais utiliser la matière qu’ils m’ont offerte pour construire une histoire sans queue ni tête, m’autorisant à détourner leurs paroles, les utiliser, les extraire, les déformer. C’est à moi d’inventer. Pas à eux. En tout cas, alors que j’allais chercher la matière pour faire une maquette, je me demande si je ne suis pas revenu avec celle qui me permettra de faire un film. À suivre…

Cet article a été publié dans blancan. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

9 commentaires pour Dans ma besace

  1. Samuel Marès dit :

    Bien, ça c’est de l’artiste! le résultat n’est jamais connu d’avance. En tout cas idée singulière

  2. Le Guy dit :

    ça me rapelle l’émission de France Inter des année 80  »Fréquence Môme », avec William Leymergie …

  3. serge barande dit :

    Ouais… ça nous rajeunit pas tout ça, Guy. Y a d’la chanson dans l’air (même époque!) Samedi aps-midi, à France Ô, y nous ont repassé la Louise Michel, avé le Rochefort et la Môme Testud. De la balle c’t’affaire. Même pas pu faire ma sieste du coup…! Et comme je suis pas au CG, je peux même pas roupiller au burlingue. Tout fout le camp!…

  4. Bernard Blancan dit :

    On verra bien

  5. Bernard Blancan dit :

    C’est vrai. Mais ça sera mieux.

  6. Bernard Blancan dit :

    Tu sous-entend que Guy, au bureau, il… ?

  7. serge barande dit :

    Oui, mais que d’une oreille bien sûr!

  8. Bernard Blancan dit :

    La droite, celle d’Hollande…

  9. Gauthier dit :

    … même pas drôle !

Les commentaires sont fermés.