Désolé, je la ramène…

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Quand on avait fait le tour de France avec Indigènes, j’avais senti un truc intéressant. Les jeunes Français, issus de l’histoire d’une France coloniale élargie à l’Afrique, prenaient conscience d’une chose simple : on est Français. Nos grands-parents ont combattu sous le drapeau français. J’avais vu là un déclic possible, un pas vers une perspective de résolution des problèmes communautaires de notre Pays. J’en ai déjà parlé ici.

 

Le monde politique n’a sans doute pas compris, n’a rien vu. Au contraire, le pouvoir a continué à stigmatiser, exclure.

 

Ben ouais, le mec ignoble qui a dézingué des enfants, c’était un Français. Si l’on ne comprend pas qu’il faut donner les chances, les espoirs à tous les Français, il y aura encore des malades mentaux qui, n’ayant trouvé aucune voie de socialisation, tomberont dans la coupe de ce qu’il reste comme fous organisés, ceux qui leur offrent les pires des perspectives pour leur donner l’impression d’exister.

 

Il ne faut pas parler d’intégration pour des hommes nés ici. Ou alors, il faut en parler au sens large, pour mes fils aussi, des gamins qui ont l’âge du tueur, pour tous ceux qui essayent de trouver une place dans ce monde. Il faut imposer l’ordre et la sécurité pour tous, des règles, en même temps que des perspectives autres que l’argent facile du vol et du trafic, du pognon virtuel des jeux en ligne et à gratter, qu’une précarité de merde.

 

La tâche est colossale. Avec le niveau de bêtise ambiante, la façon qu’a la télé de simplifier les choses en les faisant reposer sur les sentiments les plus archaïques comme la peur, la domination et l’envie, sur des représentations enfantines des gentils et des méchants, sur les préjugés, dans le formatage permanent des esprits, destiné à en faire de nous de simples consommateurs, on n’est pas près d’avancer.

 

La bête immonde du raciste, le dictat des caïds, les méfaits de la pensée publicitaire, sont des maux qui pourraient s’atténuer avec l’éducation, le dialogue et l’encadrement social, une véritable volonté d’agir pour l’égalité des chances.

 

Pas question d’excuser ou de comprendre l’acte odieux de ce personnage. Il a tué de sang froid à plusieurs reprise. J’essaie juste de voir un peu au-delà de l’ignominie d’un geste. À tort ou à raison.

 

Mathilde, ma compagne, me faisait part d’un instant volé sur le chemin de la maison. Une petite bande de minots de la cité voisine papotait sur la place. Une voiture s’arrête avec au volant un gaulois respectable. Il descend sa vitre et demande aux enfants s’ils connaissent la rue Untel. Ils lui expliquent où elle est et comment y parvenir. L’homme les remercie et s’en va. Les gamins heureux exultent. T’as vu, il me regardait qu’à moi, le mec !

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