Casting

La bande son de mon futur court-métrage est complétée. Les enfants ont assuré. Le Petit Méchant (dans le film) est resté le Petit Méchant. J’ai essayé de lui faire dire des choses gentilles pour ouvrir la fin vers des perspectives plus joyeuses, mais il s’est mis à pleurer. Trop gentil pour lui. Ça ne l’intéresse pas, si ce n’est pas méchant. Un vrai artiste.

 

Un mail en rentrant hier soir à Paris. Un rôle très intéressant. Une série policière. Ça se tourne bientôt. Les dates tombent entre deux tournages. Tout est parfait. C’est tellement parfait que, malgré l’heure tardive de mon retour à Paris, j’envoie un texto à mon agent pour qu’elle m’assure que ce mail ne m’a pas été envoyé par erreur. Non, non, ce n’est pas une erreur. Il faut juste que je lise. Alors je lis. C’est vraiment parfait. Mais…

 

Je ne crois pas deux secondes que la chaîne me donne le rôle. Non pas que je ne sois pas capable de le jouer. Mais je vois bien que dans la définition qui en est donnée, la description marketing qui en est faite, mec séduisant à l’autorité naturelle qui va rassurer le spectateur et lui donner envie de faire partie de l’équipe, je vois bien l’effort qu’il faudrait consentir. Les annonceurs publicitaires accepteraient-ils ma gueule pour incarner un tel personnage ? J’en doute honnêtement. Mon agent imagine sans doute que c’est jouable, la personne qui fait le casting aussi. Il doit s’agir de remplacer un mec plus bancable qui s’est défilé au dernier moment. Chacun veut tenter le coup.

 

Les personnages que j’ai incarnés jusqu’à présent ne me glissent pas naturellement sur les rails de celui-ci. Souvent joué les violents, les borderline, les fermés, les syndicalistes, les bizarres, les suspects, les lunaires, les méchants. Vous faites de la télé, vous, non ? Vous jouez souvent les méchants, non ? C’est ce qu’on me dit souvent quand on me reconnaît vaguement. Cette image du spectateur lambda n’a pas de raison d’être différente dans la tête des décideurs du grand marketing télévisuel dont la qualité première est de n’avoir aucune imagination.

 

Je n’ai pas encore appelé pour en savoir davantage. Je sais bien que la première personne à convaincre, c’est moi. Le rôle, je peux le jouer. Le problème n’est pas là. Il est plutôt dans la peur d’un investissement énorme pour rendre la chose possible, rendre contagieuse la conviction avec, au départ, un handicap extraordinaire. Acteur, c’est tout son être qu’on met en jeu. Le poids d’un échec est proportionnel à l’énergie que vous avez mise pour espérer un succès. C’est là que se situe ma peur : que mon investissement soit illusoire.

 

C’est un peu comme si quelqu’un qui n’avait jamais été ministre, était juste président du Conseil Général de Corrèze, pas vraiment beau gosse ni charismatique, pratiquant l’humour et l’autodérision, devait soudain faire campagne pour être président de la République en remplacement du mec qui avait été naturellement pressenti (soudain indisponible).

 

Après tout, c’est encore dans l’ordre du possible. Il me suffit d’y croire et compter sur les autres pour y croire le moment venu. François, tu n’es plus seul !

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4 commentaires pour Casting

  1. LN dit :

    Oui, » la premiere personne à convaincre, c’est bien toi »..mais tu es « acteur »…Donc… « Moteur » ! …..

  2. Bernard Blancan dit :

    Hé oui…

  3. serge barande dit :

    Mais qu’est-ce qu’ils ont donc avec les beaux-gosses-bancables-spécial-ménagères!? Quel conformisme! Eh oui, François n’est plus seul! Du coup y a Jean-Luc qui n’est pas très content, comme d’hab quoi!

  4. Bernard Blancan dit :

    on va gagner, c’est ça qui compte.

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