La trouille

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Je tenais tout de suite à rassurer les lecteurs. Je ne roulais pas en 4X4 noir bourré et sans permis sur le périph. Je n’ai pas non plus été libéré par mes ravisseurs et n’ai tué personne par erreur dans les toilettes, ni été arrêté par un policier assassin. Non, j’ai une vie bien plus banale.

Mais toute cette violence du monde, je me la prends dans la perspective de mon rendez-vous avec le réalisateur qui veut vraisemblablement me parler de la scène d’escalade. Je l’imagine me dire : bon, Bernard, on a un problème. La falaise fait 50 mètres. On va mettre une doublure pour certains passages. Ok. Mais, vous avez lu le scénario. Vous grimpez à mains nues puisque c’est vous qui ouvrez la voie pour permettre à vos camarades de monter en cordée. En terme de cinéma, je veux bien vous filmer en train de commencer l’escalade, vous faire redescendre et mettre la doublure. Mais, en terme d’escalade, ça ne se passe pas comme ça. Si vous montez, il faut monter jusqu’au bout. C’est beaucoup plus facile que de redescendre. Vous comprenez ? Ce à quoi je répondrais, oui mais, c’est du cinéma, on peut tri… et là, il m’arrêterait tout de suite. Cher Bernard, ce n’est pas du cinéma mais de la télévision. Vous connaissez comme moi la conjoncture économique. Il n’est pas imaginable de construire de décors, d’envisager des incrustations ou quelque trucage que ce soit. Ça coûte très cher et, je vous l’avoue, on n’a pas les moyens. Ce à quoi je lui répondrais : mais, imaginons que je sois Jean-Pierre Darroussin. On ne se ressemble pas vraiment mais on est parfois dans des créneaux assez proches. Si, donc, c’était Jean-Pierre Darroussin, vous lui demanderiez de devenir soudain escaladeur ? Et là, il me répondrait : Darroussin, mon cher Bernard, on ne lui demanderait évidemment pas. Mais vous n’êtes pas Darroussin, que je sache. Oui, devrais-je alors avouer, c’est vrai que je ne suis pas Darroussin, maintenant que vous le dites, je dois bien l’admettre, même si, parfois on… Chut, me couperait-il. Maintenant, si ça vous pose un problème, on peut facilement modifier le scénario. Mais bon, évidemment, ça serait dommage pour votre personnage qui serait amené à disparaître avant la fin de l’épisode. Mais vous avez peut-être raison. C’est même une assez bonne idée. Oui, et d’ailleurs, il y a aussi le moment où vous arrivez au sommet de la falaise. Moi, j’ai besoin de voir qu’il y a le vide derrière vous. Comment on fait, cher Bernard ? Hein ? Comment on fait ?

 

Bon. Là, je ne vais pas trop traîner. Le Plus du Nouvel Obs me demande un papier sur les acteurs et l’argent. J’ai promis de rendre mon épreuve vers 13 heures.

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10 commentaires pour La trouille

  1. LN dit :

    Tout au conditionnel…Rassure toi, le cinema a plus d’un effet spécial dans son sac! 🙂

  2. serge barande dit :

    Bel effet de conditionnalité LN…! Hé Bernard, toi c’est pas Daroussin, c’est Campan! Purée, t’oublies tout. Alors…, recette… : Pour escalader la falaise de tes plausibles inquiétudes, tresse donc quelques baraganes séchées au feu de cheminée, une bonne centaine (ça occupe). Mises bout à bout, les baraganes sont plus résistantes que le cordage de Quechua (si-si, impératrice). Ensuite, sur ton mur de cuisine, tu fiches quelques gros clous d’assurance (tu masses ton omoplate, quand même), et tu t’entraînes ainsi à ouvrir la voie pour les copains du Village. La cuisine, c’est le meilleur endroit (j’y vais té! j’ai un chouette rata en prépa). Entre-deux, j’appelle les gars qui ont une croix rouge dans le dos… De bons gars au final! PS: je me souviens d’une « cascade » de Daroussin dans Marius et Jeanette (la bouteille de bière qui lui rebondit sur la tronche après qu’il l’ai lancée sur l’affiche de le pen, pour qui, par inadvertance ou bêtise, il avait voté). Il me semble que « cinématographiquement », tu as encore un poil de marge…! Hé-hé!!!!!

  3. serge barande dit :

    Complément hors sujet : Lanzmann a eu l’Ours, c’est pas dégueu! Les temps changent… Oui…, on me dira… l’Intelligencia… P’tèt pas… Les temps changent… La génération, en tout cas.Maintenant, on a le 220 volts, le Frigidaire et la machine à laver……. Mais je ne voudrais pas polluer la fameuse escalade par cette info, d’ailleurs connue de toutes et tous! Tè! au fait, un dernier scoop : le Pape démissionne parce qu’il a pris une météorite sur la chetron. Enfin , on sait les vraies raisons. S. journaliste d’investigation

  4. hetre dit :

    Un miracle n’arrive jamais seul. Tu es foutu de te l’escalader en courant et perpendiculairement à la falaise. Jésus, premier magnétiseur, marchait bien sur l’eau quand il en avait marre de ramer.

  5. Bernard Blancan dit :

    Je suis rassuré.

  6. Bernard Blancan dit :

    Alors, je vais marcher sur le poil de marge…

  7. Bernard Blancan dit :

    Lanzmann ? L’ours ?

  8. Bernard Blancan dit :

    Allez, je vais vous épater, vous allez voir !

  9. LN dit :

    Hêtre a raison, la foi fait des » miracles »..

  10. Bernard Blancan dit :

    et déplace des montagnes. La preuve, il neige à Paris.

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