Article rétrograde, assez chiant

arton337.jpg

En voyant No, le film chilien qui raconte comment Pinochet a perdu son référendum, on peut jubiler de voir la démocratie l’emporter sur une dictature assassine. C’est un premier degré de lecture. En creusant un peu, on constate que c’est un discours publicitaire lavé de tout contenu politique qui a emporté l’adhésion. Éliminer la peur et l’angoisse, libérer la possibilité de la joie. C’est un petit peu ce qu’avait tenté de faire Ségolène en 2007. Mais, si l’électeur a besoin de rêver, il a aussi besoin de l’image paternelle d’un chef. Elle avait dû minimiser la chose.

Bien triste constat, au fond, que de voir la politique guidée, elle aussi, par les lois de la publicité, du marketing. Le capitalisme, grand vainqueur de la fin du dernier millénaire.

Être anticapitaliste aujourd’hui, c’est être un ringard, un dinosaure, un pauvre gars. C’est aller contre le cours naturel de la vie telle qu’elle circule aujourd’hui par le biais de nos écrans multiples. Ils ont absorbé nos enfants et nous-mêmes. Essayez de regarder une vidéo relative à l’actualité sur Internet. Vous constaterez que désormais vous devez passer obligatoirement par un spot publicitaire de 30 secondes. Et la politique ? La vraie ? Celle qui évoque une autre façon d’envisager l’organisation du monde ? Elle a disparu des écrans. Elle occupe la place des emmerdeurs, des bobos dépressifs, des hurluberlus marginaux qui voudraient empêcher de consommer en rond, de rêver en rond, de se désangoisser en rond. Ils sont des parias parce qu’ils ne parlent que de ce qui ne va pas, des injustices, de destruction quand le capitalisme, lui, étale ses milliardaires, ses promesses d’argent facile à gratter ou en ligne, ses marques de fringues, de bouffe, ses sourires publicitaires rassurants et professionnels. Quand la droite parle des socialistes, elle emploie les mots qui génèrent l’angoisse, la peur : ce sont des amateurs, des bricoleurs, ils ne savent pas où ils vont, il n’y a pas de chef (règle de base de la contre-publicité). Hier, Pécresse s’insurge contre Delanoë parce que les transports en commun parisiens circulaient mal (à cause de la neige). La neige gèle les chaussées, c’est la faute des socialistes. On n’a peur de rien, à droite. Et la presse, dans tout ça ? Ben, elle joue le jeu. Hollande part en province et on ne retient que la taille de son lit, seule information qui vaille la peine d’être relayée. À côté de ça, NKM a micros ouverts pour se foutre de la gueule du président Flanby.

Il est vrai que Hollande a été élu en sortant, en fin de campagne, un discours politique. Parce que les électeurs-consommateurs ne sont pas totalement débiles. Ils voient bien que le système est un petit peu construit sur leur dos pour le bénéfice de quelques-uns. Ils sentent bien qu’ils ne sont que les joujoux de ce putain de capitalisme vorace. Le Hollande de fin de campagne devait renégocier le traité européen les doigts dans le nez, faire plier le Médef, remettre de l’ordre dans la finance cynique. Qu’avons-nous vu ? Des Anglais et des Allemands qui font ce qu’ils veulent, le Médef qui saute de joie devant les mesures gouvernementales. Bref, ça sent un peu la trahison.

D’ici, d’en bas, on voit que les socialistes vont mettre tout en ordre, comme des enfants appliqués, sur notre dos encore, pour laisser la place propre à une droite triomphante. Le seul discours lisible est celui de l’austérité nécessaire, inéluctable, la promesse d’une nouvelle réforme des retraites, à peine un peu moins injuste que la précédente. Aucune vraie réforme, aucun changement profond, aucune idée nouvelle relative au fonctionnement de l’économie, à la répartition des richesses. On prend l’existant et on cherche juste les moyens de faire les économies nécessaires au bon fonctionnement du système en place, celui où les pauvres sont de plus en plus nombreux et où les riches le sont davantage.

À force d’être baisés par les uns et trahis par les autres, les électeurs vont nécessairement se laisser tenter par les fachos populistes. Mais pas de risque là non plus. Au dernier moment, dans un dernier sursaut, l’électeur-consommateur donnera sa voix aux réformistes timorés ou aux capitalistes humanistes, à des visages publicitaires. Bref, la politique, c’est de l’histoire ancienne. Ne parlons même pas de la révolution…

Cet article a été publié dans blancan. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

16 commentaires pour Article rétrograde, assez chiant

  1. LN dit :

    Et l’histoire est un éternel recommencement…

  2. Samuel Marès dit :

    ça faisait longtemps que tu n’avais pas écrit un tel article, pas du tout rétrograde et chiant. Je dirais plus que jamais d’actualité.

  3. Joël dit :

    J’aime tes coups de gueule. Heu, moi pour les pubs je les bloque ! Open Source gratuit  « Adblock plus » Bloque les bannières, pop-ups et publicités vidéos Même sur Facebook et YouTube. Bon il faut avoir Mozilla, Chrome ou Opéra.

  4. serge barande dit :

    Impec Mec! Tech mais pas Déc. Velvet, pas Révol. Et analytique! Bon bilan pas chiant. Du combat littéraire! Balance au N.Obs. Ça va rêveiller le Jeannot pour son prochain édito! Deux signes pour résumer la politique du 21ème siècle : $ €. Idéaux s’écrit IDEO, sûrement un passe quelconque pour circuler en meilleure société. Té! Y ferait pas si froid –> Ponton, Port de Grima!!! Mais là… l’âge n’aidant pas, je vais rester un peu au chaud, histoire de voir s’il y aura de la fumée ce soir (sans feu d’ailleurs. Trop balaises les Cardinaux, au point même!) PS: ça peut se régler tout ça… Bon, les Anglais, c’est difficile, mais les Allemands, on les peigne grave au rugby!

  5. Sarro Philippe dit :

    Pas de panique, on a un Pape pour les pauvres un jésuite bon teint  et qui semble avoir de l’humour. Bref un pape conservateur, mais va t’il nous surprendre ?

  6. hetre dit :

    Stéphane Hessel n’est pas mort et c’est tant mieux. Le siqne précurseur du printemps, ce sont les oiseaux de Serge. Le signe précurseur de la révolte, c’est la neige tardive. A Tarbes le 9 avril 1936 (jour de naissance de ma sœur) il y avait 20 cm de neige. Et 36 a été un grand cru pour la classe ouvrière. Et puis la chanson des canuts de Lyon n’était elle pas belle ? « Mais votre reigne finira quand notre reigne arrivera… » Mais c’était en 1848 à peine 59 ans après la révolution. Et il n’y avait même pas l’€.

  7. Bernard Blancan dit :

    Oui, de plus en plus soft…

  8. Bernard Blancan dit :

    Merci, camarade !

  9. Bernard Blancan dit :

    Merci Joël ! Je vais faire ça.

  10. Bernard Blancan dit :

    Le Port de Grima… L’endroit le plus romantique de la terre.

  11. Bernard Blancan dit :

    Vive François premier !

  12. Bernard Blancan dit :

    à Paris, en 46, il y avait 40 cm au mois de mars. 46, c’était moyennement révolutionnaire.

  13. serge barande dit :

    François 1er, François 1er????? Fernandel et le supplice de la chèvre????!!! Merde! Où ça repasse ce vieux film en N & B? Au cinoche de Port de Grima ??? Oh… Je serai toujours étonné par l’actualité et les multiples déformations que l’on peut en faire. Je me marre en tout cas! Rhhhôôôô^… François 1er. Vas-y le blase d’un autre temps! Et il est où le Capet?

  14. Le Guy dit :

    Tout à fait OK avec toi et pas besoin d’en écrire d’avantage… moi en plus, comme j’étais derrière Hollande depuis l’automne 2010, j’ai encore plus mal au C… que toi qui me disait depuis tout ce temps (oct 2010) qu’avec lui on l’aura dans le fion ! J’ai bataillé contre Aubry dans mon département mais en fait c’était elle, qui pouvait avec son fichu caractère, nous sauver de cette putain de crise… alors maintenant quesqu’on fait ? On peut pas révolutionner car nous sommes bien trop petite zigounette alors je vois pas… pendant ce temps l’aut’, le p’it, il fait du footing et il attend… son heure !

  15. Bernard Blancan dit :

    Ils auraient pu l’appeler Henry IV !

  16. Bernard Blancan dit :

    J’te le disais, qu’il fallait voter Titine !

Les commentaires sont fermés.