Dinosaure

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En sortant de la projection de Maison de la Radio, le dernier docu de Nicolas Philibert, je croise une vieille dame immédiatement sympathique. Son regard vif et son allure racontent une vie active et pensante, dans laquelle il n’était pas la peine d’essayer de lui raconter. C’est une vraie merde, me dit-elle. Du niveau du zapping que je fais toutes les nuits sur ma télévision. Son avis contraste très nettement avec celui de 98% de l’assistance, un parterre de réalisateurs, producteurs, gens du métier venus à la soirée d’inauguration du festival du Réel. Belle image, beau son, des personnages hauts en couleur, on est avide de voir des visages sur ces voix de radio. Complètement anecdotique ! rétorque la vieille dame. Je ne la ramène pas trop car, en fait, je suis plutôt d’accord avec elle. J’ai ri comme une madeleine tout au long du film, sur le dos d’une responsable de l’information, d’un candidat au jeu des 1000 euros, d’une romancière qui a l’air sous l’influence totale d’un journaliste vieux beau. Bref, on rit davantage des gens (qui ne sont pas des personnages de fiction mais des vrais gens) que du fond du problème : qu’est-ce qu’une radio d’État, qui fait l’info, comment, avec quel salaire, quelles pressions, de qui… On survole tout. Le film ressemble à une visite guidée touristique destinée à ceux qui sont curieux de mettre des gueules sur les émissions qu’ils connaissent par cœur. Et en effet, c’est assez drôle de mettre un visage sur la météo marine.

J’imagine le scénario proposé par un réalisateur inconnu à une commission du CNC. Mais on ne lui donnerait pas un centime ! Non mais, jeune-homme, c’est bien joli, tout ça, mais quel est votre regard ? Quelle est votre pensée ? Qu’est-ce que vous voulez dire, à travers ce documentaire ? C’est exactement ce que dit la vieille dame. Sauf que hier soir, les gens des commissions, ils étaient spectateurs d’un film de Monsieur Nicolas Philibert (être et avoir), dans l’univers hyper familier de Radio France et que ça leur suffisait pour oublier qu’on peut aussi penser.

J’ai pris conscience, hier soir, que j’appartenais à cette race de dinosaures marxistes formés à l’analyse de contenu. Une race en voie d’extinction.

Tout ceci dit, si vous voulez voir un divertissement très agréable et drôle, si vous avez cette légitime curiosité d’aller faire un tour dans les coulisses de votre poste TSF, n’hésitez pas une seconde. Courrez voir ce film. Vous ne serez pas déçus. Je ne suis qu’un vieux ronchon privilégiant sans doute trop le fond à a forme.

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8 commentaires pour Dinosaure

  1. Samuel Marès dit :

    Chez les indiens d’amérique et chez certaines populations africaines, pour ce que j’en sais, la parole et la pensée des anciens est plus que respectée, elle trace souvent la voie et montre le chemin. C’est ce que me fait penser ta rencontre avec cette vieille dame.

  2. hetre dit :

    Oui mais c’est chez les indiens d’Amérique. Chez-nous les jeunes se prennent pour des dinosaures et les vieux ils ne sont que des radoteurs.

  3. Bernard Blancan dit :

    Bon, alors, je vais faire mon bon sauvage.

  4. Bernard Blancan dit :

    Radoteur, moi ?

  5. serge barande dit :

    Hé-hé… quand les vieilles dames te titillent avec la question du « sérail », voire du contetement mutuel, c’est que le critique se barre un tiot poil de l’esprit même… Ah le Sérail… Mais t’es suffisamment réac (hé! dans le sens noble, entendons-nous bien) pour villipender toute burnette de la sorte, voire toute sornette de la burne, Choise-donc!

  6. Lydie dit :

    vieux ronchon ? non non, je te rassure, tu es juste un râleur d’un certain âge !

  7. Bernard Blancan dit :

    Mais, elle n’était pas casse burne, la dame !

  8. Bernard Blancan dit :

    Mouais…

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