Et maintenant, Le Passé…

Je rappelle aux parisiens, qu’ils peuvent voir Ogres Niais demain soir, lundi, à 20:30. C’est au Paname, 14 rue de la Fontaine au Roi dans le 11ème. Une des soirées court-métrage organisée et animée par Soraya Djafri.

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Puisque qu’il m’arrive de faire le critique, je continue avec Le Passé :

J’avais été impressionné par la Séparation d’Asghar Farhadi, sa mise en scène, son cadre, sa direction d’acteur, le scénario. J’y étais allé à reculons tant j’avais trouvé son précédent, À propos d’Elly, poseur et artificiel. Je ne connaissais rien de son dernier, Le Passé, sinon les blablas superlatifs journalistiques. J’avais lu que le jury avait hésité jusqu’à la dernière minute pour la palme d’or. Une amie sûre l’avait vu en projection et avait été déçue.

Ça y est, je l’ai vu. Je me suis très vite laissé embarquer par le film, ébloui par la mise en scène, le découpage et le montage, une écriture suffisamment présente pour hisser le trop de psychologie vers ce que j’aime de l’artistique. Direction d’acteur et casting exemplaires. L’émotion est à la fois intellectuelle et tripale. Du grand cinéma, quoi.

Malheureusement, c’est le scénario qui finit par flancher. On ne croit plus au personnage par qui la parole réparatrice nait, tant le procédé devient systématique, jusqu’à la caricature. Et puis le dernier tiers vire au thriller psychologique sur-écrit où toute surprise du spectateur disparaît. Le prochain retournement est attendu, puis le suivant, jusqu’à ce qu’on se dise qu’on pourrait nous épargner le prochain. Un film est une alchimie (ou de la cuisine). Quand un ingrédient se met à rompre l’équilibre précaire et magique, parce qu’il est forcé ou artificiel, tout s’effondre. C’est le cas de ce film. De mon point de vue, bien sûr.

Sabrina Ouazani y campe un vrai beau rôle de composition. Les trois enfants sont extraordinaires. Sur les rôles principaux, Ali Mossafa trimballe un personnage très attachant, qui s’affaiblit quand l’écriture en force trop les traits. À mon goût, BB (Bérénice Béjo) oscille entre une grande justesse et quelques fausses notes. Plus de mal avec le personnage interprété par Tahar Rahim. Peut-être une affaire de casting ou d’écriture.

Le Passé nous offre un cinéma de haute tenue mené par un réalisateur qui sait capter l’humain avec intelligence et sensibilité. Ici, simplement, certaines ficelles scénaristiques un peu grosses enlèvent de la subtilité qu’il avait trouvée dans La Séparation. Dommage.

 

Pour ce qui concerne mon activité, j’avoue avoir été assez (très) atteint, toute la semaine, par les effets de mon article sur la palme. Je me dis, comme le suggérait le commentateur anonyme, que j’ai été con, sur l’affaire. Je pense évidemment tout ce que j’ai écrit, mais j’ai été assez bête pour oublier qu’un simple blog à faible fréquentation peut voir exploser soudain son audience (en particulier dès lors qu’il est question de polémique). Un tel manque de discernement de ma part me semble un peu suicidaire et me déçoit beaucoup. Oui, oui, je sais effectivement être con. Il me reste à espérer que ça ne me portera pas trop préjudice. Mais, étant donné que ça a dû énerver dans certaines sphères qui font certaines pluies et beaux temps, je ne suis pas très optimiste. Stratégiquement, j’ai sans doute manqué une occasion de me taire. On ne s’attaque jamais à des icônes, au bon fonctionnement bien huilé de la pensée médiatiquement dominante. On peut le faire à table, avec deux ou trois copains. Quand le cercle s’élargit, c’est beaucoup plus risqué.

Pas de regret néanmoins. Ce que j’ai dit était tout à fait sincère. Juste un peu « énervé-rikiki » à ce moment là. Mais bon, c’est du passé…

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22 commentaires pour Et maintenant, Le Passé…

  1. Lydie dit :

    d’abord c’est pas bon de trop garder en soi ce qui agace, ça ronge, alors je dirais que tu as eu raison de l’exprimer comme tu voulais ; maintenant  » Mieux vaut ne pas songer au passé ! rien ne le peut changer.  » (Oscar Wilde) Que vivent tes projets… !

  2. Lydie dit :

    … Rien à voir avec ce qui précède, excuse Bernard de squatter ton blog pour cette question à Serge : Quels sont les oiseaux (quon peut voir par ici) qui possèdent 6, 7… ou plus… phrases musicales différentes ?? N’y a-t-il que le rossignol ??

  3. Samuel Marès dit :

    Je crois que les fidèles de ce blog connaissent ta sincèrité et ta franchise, il n’y a pas de doute. Mais c’est vrai que qui dire ce qu’on pense sur des « icônes » dans l’air du temps peut surement être prèjudiciable. Je souhaite pour toi aucune conséquence bien sur. Et sur le – Passé- que j’ai aimé, sans avoir le regard du professionnel que tu es, c’est vrai en y repensant cela vire un peu au thriler dans le dernier tier du film.

  4. serge barande dit :

    Ouh la…! Non…. Y en a plein qui gazouillent, émettent des strilles virevoltantes. Bien souvent pour affirmer certains sentiments profonds, nécessité de nicher dans un cadre respectable, un cadre « avien ». Sincères gazouillis non rikikis, afin de préserver les branches honnêtes de l’Arbre qui porte leur nid. Histoire de pouvoir gazouiller, encore et encore, en se regardant le bec, fièrement au matin, dans le reflet mouvant de la flaque d’eau ballotée par la brise. Leur miroir . On a donc, en campagne, dans les saules et buissons denses, l’Hyppolaïs polyglotte, qui porte bien son nom… Un gazouilleur de première, très sincère. Puis en ville, on a l’Etourneau sansonnet, plagieur né, imitant les autres, se confondant dans le vacarme des gazouillis, sans personnalité en quelque sorte. Il reprend le gazouillis d’autrui pour en faire le sien. Voici donc deux bons exemples d’ « oiseaux » bien réels, qui gazouillent. Les uns pour affirmer leurs sentiments sincères, les autres pour faire « juste » du bruit, en ville, à l’occasion. L’anthropomorphisme a parfois du bon.

  5. Bernard Blancan dit :

    Puisqu’on est sur cuicui.com, pourquoi les merles, en hiver, ne chantent pas ?

  6. Bernard Blancan dit :

    Oui, o, tu sais, ce que j’en pense, c’est juste ce que j’en pense…

  7. Bernard Blancan dit :

    Mouais, t’aurais pu poster juste sous un vieil article, quoi 

  8. Bernard Blancan dit :

    Il est marrant, cet Oscar… Putain, ça me fait penser que j’avais pas été invité aux Oscars…

  9. mano dit :

    Parce qu’ils n’ont pas de dates de concert?…

  10. Bernard Blancan dit :

    Ah, d’accord… Heu, tu tournes avec Blancan, toi, non ?

  11. mano dit :

    Oh! je l’ai juste « croisé » sur un tournage

  12. Bernard Blancan dit :

    c’est bien ce qu’il me semblait…

  13. serge barande dit :

    Parce que ce sont de grosses feignasses couardes qui ont peur d’attraper un mal de gosier! Meuh nooonnn! Le chant c’est pour défendre un territoire de nidif. Alors dès que le systus hormonal les reprend (février), ils se remettent à chanter. Mais quelquefois, ils se plantent! Douceur en hiver et merle chanteur. Sinon, c’était justement pas que cuicui.com

  14. "LN dit :

    Et « à part les parisiens », on pourra te voir à la télé chez les Lanzac samedi, et sur la 2 dimanche, avec « Hors la loi »… Pour Serge : » les cigognes ne couvent plus », je répète « les cigognes ne couvent plus »…

  15. serge barande dit :

    LN, sur les cinq oeufs, y ‘en a donc trois de « clairs » (non fécondés). Ça arrive… notamment chez les femelles en première ou deuxième printemps de reproduction (comme chez toutes les espèces longévives). Eh.. bb, on va te croiser, trop fort!!!

  16. claude dit :

    Et ton roman, bon sang ? C’est là-dedans qu’il faut égratigner la dérisoire humanité et le pathétique système!

  17. Bernard Blancan dit :

    Cui cui, cui cui, j’ai envie de dire…

  18. Bernard Blancan dit :

    Bien vu ! Je savais même pas…

  19. Bernard Blancan dit :

    Vous allez me croiser avec quoi ? Un oiseau ?

  20. Bernard Blancan dit :

    Alors là, Claude, tu as bien raison. Et je te remercie de me le rappeler (et de passer faire un coucou qui manquait). Amitiés

  21. Pascale dit :

    Pfff, la réalisation est tellement voyante que ça m’a agacée tout de suite. Et qu’est-ce que c’est que ce film sans Amour où il n’y a jamais d’Amour ??? On dirait du Haneke tiens. Heureusement il n’a pas eu la palme… oups… ENfin, moi la palme je l’aurais donné à La Grande Bellezza alors tu vois on est loin du Passé d’Adèle !   Et pour la polémique Victor… laisse pisser le mérinos !

  22. Bernard Blancan dit :

    T’as raison !

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