À confesse !

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Le lendemain, c’est souvent la gueule de bois. Pas à cause d’une quelconque consommation abusive d’alcool. Je ne donne pas dans ce vice. Après m’être lâché sur mon blog à propos d’un sujet qui m’émeut, me tient à cœur, provoque une petite colère. C’est mon alcool, ma dépendance, ma béquille.

L’avantage du blog est qu’il permet justement d’exprimer ces sentiments relatifs à des questions de boulot, de société. Et ce, quotidiennement. Ça sort à chaud, comme on le ferait en croisant un pote au café du coin. Ce qui est dit n’est pas très retenu. Les simplifications abusives sont conscientes mais font partie de la petite mauvaise foi naturelle qui vient pimenter le discours, le subjectiver à loisir. Sur le moment, cette sincérité naïve, non seulement soulage celui qui écrit, mais trouve un écho chez le lecteur.

Quand je dis naïve, c’est qu’elle sort d’un esprit, il faut bien l’avouer, peu brillant, à l’intelligence assez moyenne. Après une telle confession, autant aller jusqu’au bout. Si j’écris dans ce blog, c’est aussi pour palier ce manque de vivacité intellectuelle qui me permettrait de réagir oralement, à la façon de ces gens qui ont la répartie facile, la parole qui tombe juste, argumentent ailleurs, avec précision et brio. Non, moi, je n’ai pas cette faculté de parole. Lors de la réunion des réalisateurs, par exemple, j’avais envie de ramener ma fraise. Mais je me suis retenu. Peur du regard des autres, sans doute (un parterre d’employeurs potentiels). Parce que je trouve aussi, d’une manière générale, que la prise de parole en public consiste souvent en une exposition de soi qui raconte bien au-delà de ce qui est dit. Peur de moi-même, en fait, tout simplement. Ce que j’avais à dire à ce moment consistait à poser mon regard distancié, décalé par nature, sur la réunion elle-même. Pas le fond de ce qui était avancé, mais la forme que je trouvais assez pathétique, il faut bien l’avouer. Mais à quoi cela aurait-il servi ? Et comment les mots seraient-ils sortis de ma bouche ? Dans de telles situations, je suis envahi par l’affect, l’émotion. Tout juste si je ne tremble pas. J’aurais vraisemblablement sorti un truc incompréhensible, peu audible, confus, surinvesti, à côté de la plaque, du socle commun sur lequel naviguait la parole commune, que j’aurais immédiatement regretté, les mots justes et vrais se formant dans mon cerveau une fois la réunion terminée, les gens rentrés chez eux. Voilà en partie pourquoi je tiens ce blog depuis 9 ans.

 

Cela dit, si l’écriture me permet de formuler les choses que je n’ai pas pu formuler à l’instant juste, il n’en reste pas moins qu’elle a tout juste atteint le niveau 2 de la communication. On est au stade de la formulation, mais l’émotion n’a pas tout-à-fait disparu. La pensée s’exprime dans les limites avouées de mes facultés d’écriture et de pensée qui n’ont pas encore accès à l’hémisphère du cerveau qui génère la synthèse, la froideur, la raison.

Quand arrive le stade suivant du refroidissement émotif, c’est trop tard. Les mots ont été lâchés et restent inscrits sur la page précédente, continuent leur petit chemin sur la toile. Cela ne veut pas dire que je regrette ce que j’ai dit la veille, non. Pas de regrets, c’est une règle. C’est plutôt que ces mots ne correspondent plus au nouveau moment, à l’instant « t ».

L’optique de ce blog, initialement, était de créer du présent, justement. En tant qu’acteur, j’étais déstabilisé par le regard de ceux qui voyaient en moi l’actualité immédiate médiatique (passage à la télé d’un téléfilm, sortie d’un film) alors que ce présent pour eux correspondait à un passé assez lointain pour moi. Le blog, c’était aussi dire que mon présent, ma vie, ce n’est pas ce qui est vu ou pas vu du grand nombre.

Je réalise aujourd’hui qu’un blog, si ses principes étaient assumés jusqu’au bout, devrait s’autodétruire chaque jour. Et je ne le fais pas. Encore une preuve que ma radicalité est toute relative…

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15 commentaires pour À confesse !

  1. Samuel Marès dit :

    je te trouve un peu sévère avec toi même, mais je peux comprendre. Certains sont toujours satisfait d’eux même par facilité. Je pense que les timides dont je suis , sont très exigeants avec eux même. C’est vrai que c’est pas facile d’exprimer le fond de notre pensée en public, au risque de ne pas pouvoir l’exprimer et la faire comprendre. Il y a en qui sont naturellement doués. Cependant je pense que ce blog est le réflet de ta sincérité donc de ta pensée , sans calcul, mais réfléchie , tout de même.

  2. Bernard Blancan dit :

    Un peu de lucidité ne nuit pas…

  3. Sarro Philippe dit :

    Vous me fairez deux Avé et un gros paté.

  4. Sarro Philippe dit :

    On peut dialoguer avec le réalisateur de la fille du juillet, pour poser ces questions voir ci-dessous   http://next.liberation.fr/cinema/2013/06/07/dialoguez-avec-le-realisateur-de-la-fille-du-14-juillet_909112    

  5. Sarro Philippe dit :

    D’ailleurs, je me demande si ce film La fille du juillet passera à la télévision grecque.

  6. mano dit :

    Ben comme dirait l’autre « faut ben qu’ça sorte! » c’est toujours mieux qu’une crise d’urticaire! et bien plus agréable pour nous! J’aurais bien commenté la qualité des articles et le plaisir que j’ai à les lire mais les compliments, Bernard, ça le met mal à l’aise et après il fait une crise d’auto flagellation et c’est pas bon pour lui. Et puis écrire dans un blog c’est ressentir des émotions, les analyser, les décortiquer et les exprimer par écrit , c’est à dire le même processus que pour écrire un livre ou réaliser un film. Après, une fois le « bébé » pondu, il vit sa vie sans qu’on puisse rien maitriser. Et tu voudrais pas qu’on brûle tes livres ou qu’on détruise tes films non?

  7. "LN dit :

    « ….mais les compliments, Bernard, ça le met mal à l’aise et après il fait une crise d’auto flagellation et c’est pas bon pour lui. » Très bien vu, mano ! Et si nous sommes tous à te lire , c’est qu’il y a de l’émotion, des tripes, et du courage…( et tant pis pour l’auto flagellation)

  8. Bernard Blancan dit :

    de foi, de morue…

  9. Bernard Blancan dit :

    Oui, quand la crise sera terminée (elle a commencé en 29…)

  10. Bernard Blancan dit :

    Non, pas mes livres ! Pas mes films ! 

  11. Bernard Blancan dit :
  12. serge barande dit :

    Continue donc comme ça tè! Spontaneum veritas cinefilum diabolicum. Conventionae démunicatorum. Amen! (sorry, je débute en latin) Mais sur le fond du blog, j’opine du chef. Bien utile d’avoir le sentiment de quelqu’un qui trempe dans le métier, même à chaud, avec ou sans confesse. C’est du présent. Quand on te voit, prrrrésentement à l’écran, c’est déjà du passé. Alors…

  13. bertineau dit :

    Bernard, Je lis assez quotidiennement ce que tu écris, tes réflexions et vagues à l’âme m’intéressent, m’intéressent au plus haut point, mais je suis incapable de commenter, essentiellement je suis un lecteur très attentif, très attentif même, je t’embrasse, jmb.  

  14. Bernard Blancan dit :

    pensons à l’avenir, tè !

  15. Bernard Blancan dit :

    Mes amitiés, camarade ! 

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