Modernisation de la SRF

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La SRF (Wikipedia) : C’est en 1968 qu’une vingtaine de réalisateurs, parmi lesquels Jacques Rivette, Robert Bresson, Claude Berri, Jacques Rozier etc. créent la Société des Réalisateurs de Films.

Sa mission : « défendre les libertés artistiques, morales, professionnelles et économiques de la création et de participer à l’élaboration et à l’évolution des structures de cinéma ».

La SRF a inventé La Quinzaine des réalisateurs (Cannes) et le festival de moyens-métrages de Brive (qui n’a même pas sélectionné Retour aux sources, les bâtards 😉 !).

La SRF, en conformité avec sa mission sus-définie, était favorable à l’application de la convention collective dont je racontais les choses à ma façon il y a peu de temps. Sa position : appliquer la convention et se battre contre les 60/40 argent public argent privé, imposer aux chaînes de service public un quota plus important de films de la diversité, revoir les systèmes de financement du cinéma pour supporter le surcoût engendré par une nouvelle grille de salaire (envisagée avec une souplesse spécifique au secteur), bref, défendre le droit du travail et concourir à l’évolution des structures de cinéma, à son financement, sa distribution, son système de participation, etc… Une position de gauche, sous un gouvernement de gauche (molle, celle du gouvernement), une approche politique chargée de sens et de l’espoir d’apporter des solutions à une situation de cinéma français qui a vu son évolution conduire à moins de financement et des salaires dégringoler toujours plus.

J’ai raconté aussi comment les réalisateurs bien en place étaient contre, arguant que cette convention collective sonnait la mort du cinéma sous-financé et allait faire le jeu des gros producteurs qui voulaient occuper tous les écrans et se débarrasser de tous ces petits films qui finissaient par leur faire de l’ombre dans leur ambitions hégémoniques. Ainsi, par un tour de passe-passe intellectuel, le droit du travail devenait un obstacle à la création artistique et un outil pour le Grand Capital. Ce discours étant porté par des figures de l’engagement (Pascale Ferran dont on se souvient de la belle défense des intermittents, Laurent Cantet et ses Ressources Humaines, Agnès Jaoui, Pierre Salvadori…) avait de quoi séduire. « Si l’on applique cette convention, les jeunes techniciens ne pourront plus démarrer leur carrière », par exemple.

Les arguments des uns et des autres étaient entendables, ouvraient la porte à de nouvelles discussions, de nouveaux aménagements, pourquoi pas. Les problèmes soulevés pas les uns trouveraient leur solution dans le dialogue.

La décision du collectif des réalisateurs a été, plutôt que de créer une nouvelle structure, de prendre d’assaut la SRF. Tout simplement. Et ils l’ont fait, hier, lors de l’AG. La SRF n’a jamais compté autant d’adhérents. La salle était pleine. J’ai moi aussi adhéré à cette occasion pour soutenir la branche pro-convention. Les anciens de la SRF, ceux qui ont fait leur boulot depuis des années ont été moins forts pour remplir la salle. Ils n’étaient pas « venus en bus » avec les procurations. Pendant le débat, très digne, du fond, j’entendais les sarcasmes des deux camps. Ceux des assaillants étaient bien plus nombreux. L’image globale qui naissait de ce débat était celle d’un combat d’une garde jeune, branchée et médiatisée contre des dinosaures has been d’une gauche vieillissante et enterrée depuis longtemps. J’étais dans ce camp d’arrière-garde. Les « gentils » attaquants sur leurs chevaux blancs, défenseurs de la jeunesse créatrice avait quand même bien fait les choses. Micros-réunions dans les escaliers pour peaufiner les stratégies, tout était bien réglé, jusqu’à la liste complète du nombre exact de postes à pourvoir (une dizaine pour le long-métrage et trois pour le court-métrage). Ils avaient amené la liste toute prête.

En fin de débat, j’ai pris la parole pour annoncer que je me présentais dans les pro-convention, comme réalisateur de court-métrage (je n’avais pas prévu ça en venant à cette AG). J’ai dit que j’étais étonné que (dans la complexité du problème du cinéma) ce soit des réalisateurs qui fassent leur priorité de combattre une convention collective. Huées et sarcasmes. J’ai ajouté que le collectif était un peu lourd de présenter une liste complète, faisant appel à l’intelligence des votants pour panacher les deux positions. Je ne souhaitais pas que ce soit une prise de pouvoir des uns contre les autres. Et plutôt que d’attendre les résultats (qui pour moi étaient courus d’avance), je suis allé au cinéma voir le Guiraudie (film pauvre pro-convention quand même). Textos et messages m’annonçaient à la sortie que le collectif avait raflé tous les sièges sauf un en long-métrage et que je faisais partie des élus en court-métrage. Une occasion un peu triste de me mettre enfin à mettre les mains dans le cambouis de la cause collective.

Voilà une page tournée dans l’histoire de la SRF. Espérons que le débat continuera quand même. Il témoigne en tout cas de l’évolution de notre société dans le sens que je vous laisse deviner. Le jugement appartient à chacun.

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10 commentaires pour Modernisation de la SRF

  1. hetre dit :

    Moi, je n’ai pas très bien compris mais il me semble que tu as mis les mains dans le cambouis. J’avais un copain garagiste à l’époque et j’allais le voir avant les réunions de parents d’élèves…il avait mains et ongles noirs mais quand il arrivait en réunion le soir, plus de complexes, tout était bien propre. Son secret, il prenait une douche et se faisait un schampoing avec une vieille marque. Il devenait le meilleur défenseur de l’école laïque. Alors faiscopmme lui… un bon shampoing « Dop » et continue ton combat pour la justice cinénématographique.

  2. Bernard Blancan dit :

    on continue le combat !

  3. serge barande dit :

    Finalement, tout en sortant du peleton, tu y rentres par une échapée détournée, mais in situ quand même, puisque pendant que ça se décidait, t’étais au cinoche, donc bel et bien dans le fond de la chose. Sinon, pas assez sachant de l’affaire, de ses rouages tordues et pouvoirs mélés, pour apprécier au plus juste, les faits et méfaits de chaque camp. Juste pigé quand même, qu’il y a d’un côté les « préméditeux » des escaliers et de l’autre, les réactifs sincères. Quant à « SRF », je croyais que ça signifiait « sincères remerciements filmographiques ». Comme quoi, on est con quelque part…! Pas très simple c’t’affaire… Je me contenterai donc, sans financement particulier ni recherche de producteurs kataris, de réaliser et produire de bons petits plats. Les « acteurs » ont bien peu de revendications, intermittents d’un soir qu’ils sont, et le spectateur-dîneur est bien souvent heureux de voir se dérouler les scènes. Et souvent, il y a une première partie, comme avant dans les belles salles, « un court-métrage » en entremet. Et ensuite, le « réalisateur » propose même un débat sucré. (Qu’est-ce que c’est bien organisé!). Une séance complète, en quelque sorte. Vins compris!!!

  4. mano dit :

    euh… Je ne suis pas sure d’avoir tout compris… D’un côté y a ceux qui ne veulent plus appliquer la convention (les préméditeux de l’escalier?) et de l’autre ceux qui veulent plus de convention (les moins nombreux°… Et toi tu fais parti du petit nombre des élus des moins nombreux?

  5. Bernard Blancan dit :

    Ben tu vois que tu as compris ! Enfin, les « préméditeux » ne veulent pas appliquer la convention qui aurait dû être appliquable au 1 er juillet et les autres (dont je fais partie), veulent qu’elle s’applique.

  6. Bernard Blancan dit :

    La question est de savoir si je reste ou si je démissionne…

  7. Manolito dit :

    Je découvre ce blog à la suite de la lecture du verbatim de l’AG de la SRF diffusé largement via les associations de techniciens. Comme le prédiesent certains lors de cette AG, les techniciens réalisateurs n’ont pas fini de se mordre les doigts de leurs prises de position au sujet de la convention et de leur prise de pouvoir à la hussarde ! En tout cas, je vous souhaite bien du courage pour les débats à venir . Et bravo !

  8. Laurent CAVALIER dit :

    Salut Bernard. Une fois de plus ta belle plume a vu juste. 100% d’accord avec toi ! Non, les salaires des techniciens et ouvriers ne doit pas être la variable d’ajustement des devis. Ton blog va à nouveau connaitre un succès foudroyant, tant mieux. Quel dommage que l’on ait pas un gouvernement de gauche… bises

  9. Bernard Blancan dit :

    Merci, Manolito. Mais j’ai déjà démissionné.

  10. Bernard Blancan dit :

    Salut, l’ami Laurent ! T’es le dir de prod le plus à gauche que je connaisse et je t’en félicite. Amitiés, camarade !

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