Monde fragile

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Des centaines de morts au Caire ?

Ben, quand les militaires soutenant les manifestants ont renversé Morsi élu démocratiquement, il fallait bien s’attendre à ce que les lésés se rebellent. Ça devient compliqué pour l’occidental qui avait presque salué le coup d’État qui au bout du compte va renforcer davantage les islamistes en faisant d’eux des martyrs. Les tunisiens doivent être un peu embarrassés aujourd’hui. Un mouvement laïque semblait venir redonner aux révolutions arabes une couleur plus politiquement correcte, mais c’est reparti pour un tour d’horreur. Les laïques ont tué. La religion au pouvoir, sous notre regard d’occidental, conduit à enfermer la femme dans les maisons, sous des foulards. C’est évidemment un recul, la part visible incompréhensible et injuste de ce système. Mais pourquoi ce regain soudain de l’Islam sur plusieurs continents, avec cette force incroyable ?

À l’heure de la mondialisation des idées et de l’économie occidentale, c’est un réflexe identitaire assez naturel qui s’appuie sur des valeurs et des cadres culturels négligés par l’occident, tellement auto-persuadé de la supériorité de son modèle. Est-ce que tout cela se résume entre le combat d’un monde libre et ouvert face à l’obscurantisme autoritaire et liberticide ? Dans quel état est-il, notre monde libre et ouvert ? Est-il si libre ? Si ouvert ? Si juste ? Si égalitaire ? Offre-t-il à chacun la sécurité, la paix ? On peut le penser, le constater, même si l’on est en droit de dénoncer le dictat de la finance et ses effets négatifs. Mais on peut aussi avoir une impression de chaos, de perte de valeurs, de peur du lendemain, des autres.

Le libéralisme, dans sa philosophie, s’appuie sur l’idée de liberté et sur celle de la responsabilité individuelle. Appliqué aux lois du marché, l’individu devient d’abord libre de consommer pour son propre plaisir. Un consommateur avant tout. Et de fait, l’individu a glissé sur cette pente de la liberté marchande. Moins de cadres collectifs, repli sur soi, exacerbation du plaisir, du désir, élimination des contraintes. Tout cela est parfait pour le commerce. On est passé du mariage obligé, limite forcé et à vie de nos grands-parents au zapping sentimental. Qui n’a vécu qu’une vie de couple, aujourd’hui ? Selon ces préceptes, les adultes ont repoussé leur maturité pour construire une société d’éternels adolescents qui ne sauront jamais où ils en sont, des adolescents livrés à eux-mêmes. Si la liberté individuelle est une valeur essentielle pour l’humanité, l’individu qui évolue dans une société ou le collectif a perdu sa place peut soit abuser de cette liberté au détriment d’autrui ou nourrir une peur irrationnelle de l’autre, libre, différent, imaginairement dangereux. Après tout, nous sommes aussi des animaux.

Et si la liberté faisait peur ? Je veux dire à l’homme qui n’est plus considéré comme appartenant à un groupe, mais comme individu livré à lui-même, construisant sa vie sur sa propre volonté, comptant sur sa seule faculté à saisir les opportunités. Quand cette liberté devient angoissante pour l’homme qui a jadis évolué au sein de tribus, de clans, de villages, de groupes et se retrouve seul avec un lien familial distendu, il n’est pas étonnant qu’en réaction il se mette à rêver d’un pouvoir qui donne des règles, qui le protège et l’aide à trouver sa place, qui remette de l’ordre dans le chaos à la fois réel et imaginaire. Et ce fantasme d’ordre, comme il naît en réaction, il est forcément extrême. Il ouvre la porte à tous les populistes comme notre histoire en a connus, de l’extrême droite à l’extrême gauche. La couleur n’a plus d’importance dans la caricature de l’autorité. Pourquoi pas le religieux qui, en plus donne un cadre moral ?

Pour revenir en France, il s’agit bien de la même chose. Le politique semble ne jouer qu’un rôle de gestionnaire d’un pouvoir invisible, financier, qui fait peu cas des citoyens. Ce n’est même plus le pays qui gouverne, mais l’Europe. La gauche de mon enfance s’appuyait à la fois sur le respect des libertés individuelles et sur l’encadrement d’un état protecteur, avec des structures collectives à petite échelle qui donnerait à chacun une place responsable dans la construction du groupe. L’individu comme acteur du groupe, constructeur du monde, solidaire. C’était la gauche philosophique qui a été balayée autant par la pratique de régimes communistes imbéciles qui n’étaient plus qu’autoritaires et par la victoire de l’argent et de ses marionnettistes.

Si être de gauche a encore du sens, l’angoisse du peuple, elle, est prête à suivre n’importe quel marchand d’ordre et de protection à bas prix. Nous vivons sans doute la mort du libéralisme. Mais avant de construire un monde de liberté plus juste et solidaire, il n’est pas impossible que nous en passions par une phase d’asservissement à des régimes autoritaires liberticides. Ce n’est pas réservé aux peuples du sud. L’intelligence collective est lente.

Pour en revenir à l’Égypte, au Moyen-Orient, à l’Afrique, il est probable que l’Islam politique joue ce rôle de retour du cadre sociétal face à un modèle occidental impérialiste inapproprié, pilleur de ressources énergétiques et humaines.

Ils sont où, les philosophes politiques ? À Anères ? À Gindou ?

Tiens, si vous êtes dans le coin, n’hésitez pas à venir vous offrir une projection en plein air dans de festival sans chichi ouvert à tous de Gindou. Le 20 août, j’y serai pour Ogres Niais et le lendemain pour la tchatche.

Et excusez-moi pour la naïveté possible de mes propos (j’ai toujours été assez simpliste) (ça énerve).

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14 commentaires pour Monde fragile

  1. mano dit :

    quoi de neuf sous le soleil? Les humains ont cru qu’ils avaient évolué parce qu’ils sont capables d’observer des bactéries aussi bien que des étoiles, parce qu’ils ont inventé des moyens de communication nouveaux, parce qu’ils pensent avoir fait le tour des mystères de leur planète. Seulement voilà, l’homme est toujours un homme et rien n’a vraiment changé. Ni les besoins vitaux, ni le rapport dominant dominés.Nous sommes des homo sapiens, l’espèce qui a évolué en détruisant et en éradiquant tout sur son passage. Je ne me fais aucune illusion sur l’être humain et pourtant à chaque fois que je croise une belle personne je reprend espoir. Il y a toujours eu des salauds et des saints, c’est pour ces rares personnes que ça vaut le coup de continuer. Quelques grains de sable… Dans ce monde de brutes finalement, ma naïveté est ma meilleure amie. Vive la simplicité

  2. Bernard Blancan dit :

    Soyons simplement naïfs, tu as raison.

  3. LN dit :

    Je suis allée en Egypte en 2001….J’ai toujours rêvé d’y retourner..Complètement horrifiée par ces images ..Il y a tant à dire…Tu as bien résumé….

  4. Bernard Blancan dit :

    J’y suis passé (en coup de vent, comme toujours) en 2006. C’était pour accompagner Indigènes.

  5. Lydie dit :

    … il est où ton texte, il a disparu !?

  6. mano dit :

    censuré?

  7. Bernard Blancan dit :

    Il est en blanc pendant que les fachos traînent

  8. Bernard Blancan dit :

    Texte en blanc car j’avais des commentaires d’un facho. J’aime pas ça. Quand je parle de la pensée brune qui traîne, ce n’est pas que de la parano…

  9. Pascale dit :

    Il se passe quelque chose en Egypte ???

  10. Bernard Blancan dit :

    Non, non, t’inquiète !

  11. Pascale dit :

    ouf j’ai eu peur ! En tout cas, s’il s’y passe quelque chose, ils sont aussi discrets qu’en Syrie, c’est gentil de ne pas vouloir nous inquiéter.

  12. Bernard Blancan dit :

    Y a des trucs en Syrie ? 

  13. Pascale dit :

    ben non justement, pareil. Calme plat.

  14. Bernard Blancan dit :

    ouf

Les commentaires sont fermés.