Dupeyron Un grand film et un coup de gueule

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Mon âme par toi guérie. Tel est le titre du film de François Dupeyron qui sort le 25 septembre.

Il y avait un moment que je ne m’étais abandonné avec un tel plaisir devant un film. Et ce n’est pas uniquement parce qu’il parle d’un guérisseur qui peine à assumer le don qu’il a reçu ( ! ). Le film est intelligent, bien écrit, s’affranchit des obligations scénaristiques classiques (on s’autorise par exemple à perdre la trace d’un personnage important sans justification contrairement à ce qu’induisent les codes non formulés de la dramaturgie télévisuelle). On laisse le temps aux scènes, l’espace au jeu. On ne s’interdit pas la musique a priori et, du coup, on l’utilise avec plaisir et sensualité sans se soucier de ceux qui trouvent toujours qu’il y a trop de musique. On la met parce qu’on l’aime et parce qu’elle fait plaisir, parce qu’on aime la guitare et les voix qui se moquent de la belle voix. On enlève le son à un plan et, cinq minutes après, c’est la musique qui vient enlever un dialogue important à l’image, signifiant que c’est l’acte de parler qui est important et non les mots. Mais ces audaces de mises en scène ne sont pas gratuites, pas dans la pause, pas dans « regardez comme j’ai des idées ». Elles sont là tout simplement par ce qu’on sent que le film est propulsé par un souffle de liberté, une colère contre les censures, les autocensures, le bien-pensant. Dupeyron n’a plus l’âge de s’emmerder avec ces conneries que l’on entend à longueur de commissions de financement. Et ce plaisir, cette sincérité, cette libération, ils transpercent l’écran et réjouissent nos têtes, sans que l’on sache forcément pourquoi nous sommes heureux. La liberté ne s’identifie pas toujours. Elle peut faire peur. Elle fait peur à ceux qui donnent l’argent pour faire les films. J’en sais quelque chose.

Au-delà de la mise en scène et de l’écriture, le film est un sommet de jeu d’acteur. Grégory Gadebois excelle comme toujours. Darroussin fait des merveilles. Céline Sallette, Marie Payen, Nathalie Boutefeu… tous et toutes incarnent avec ravissement une partition remarquablement livrée par Dupeyron. Le plaisir du jeu est une nourriture de l’âme. La liberté la guérit.

Tout comme Cosmodrama sur lequel je tourne, Mon âme par toi guérie n’a bénéficié que du CNC et d’une région. Aucune télé n’a suivi, aucune chaîne. Ça ne rentre pas dans les cases calibrées, dans le trou de l’entonnoir à subsides, dans la grille des vendeurs d’espaces publicitaires pour marchands de yaourts, dans la tête des commissionneurs professionnels. Dupeyron le raconte ici : http://ecrannoir.fr/blog/blog/2013/09/12/la-colere-de-francois-dupeyron-un-systeme-totalitaire-des-producteurs-incultes/ Car oui, avant de hurler contre les conventions collectives, c’est bien à la source du financement qu’il faut s’attaquer (je ne répondrai pas à ceux qui diront qu’avec la convention le film n’aurait pas pu se faire, je les laisse en paix avec leur conscience bourgeoise).

Pour notre bonheur et le sien, Paolo Branco a eu le bon goût de le suivre quand tous les producteurs renâclaient.

Comme je suis autocentré, vous le savez, je me reconnais pleinement dans le parcours de Dupeyron qui accouche de ce film. Sa liberté je la revendique. Son amour des acteurs. Son plaisir de la musique. Sa volonté de s’affranchir des codes pour faire naître une œuvre originale. Comme lui, sans le soutien d’une productrice audacieuse Retour aux sources n’aurait pas vu le jour. Sans celui d’une personne contre l’avis d’une commission, Ogres Niais n’aurait pas existé. Les gens « bizarres » et libres ont besoins de l’aide de personnes courageuses pour franchir les obstacles de l’uniformisation.

Comme lui, le roman que j’écris, c’est dans l’idée d’en faire naître un film. Comme lui, je sais à l’avance qu’en faisant cela je donnerai déjà naissance à quelque-chose qui me permettra peut-être d’aller plus loin, parce que certains sujets, certaines approches n’entrent pas dans les cases formatées. Il faut bien qu’on les raconte, ces histoires qui nous tournent dans le ventre.

Merci François ! Camarades cinéastes, notre combat prioritaire ne consiste pas à sous-payer les techniciens (je sais, c’est facile) mais à obtenir de la télévision publique qu’elle soutienne réellement, concrètement, le cinéma de la diversité. Tel pourrait être aussi son rôle (merci  à Christophe Taudière de France2 d’avoir soutenu Ogres Niais !).

Mon âme par toi guérie, c’est le 25 septembre.

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14 commentaires pour Dupeyron Un grand film et un coup de gueule

  1. LN dit :

    http://www.youtube.com/watch?v=LW11QmXeo60   Belle analyse d’un film qui donne vraiment envie de le voir..Pour plusieurs raisons..

  2. Bernard Blancan dit :

    Merci pour la BA ! 

  3. mano dit :

    vivement le 25 septembre !

  4. Bernard Blancan dit :

    La semaine prochaine !

  5. Lydie dit :

    Nous attendrons donc le roman-futur film de notre cher « petit-gros-chauve » (c’est bien toi, hein ?) !!

  6. Lydie dit :

    Tu as loupé ta voie, critique de cinéma ! avec toi, on a même envie de voir au ciné ou à la télé ce qui ne t’a pas plu !

  7. Bernard Blancan dit :

    Pas être pressé…

  8. Bernard Blancan dit :

    oui ben là, ça m’a plu…

  9. serge barande dit :

    Ben ça, pour t’avoir plu, ça t’as plu!!! Et à coups de pieds au cul, je vais faire entrer mouette et cleps au cinoche! Et le Clodo avec. Mais vers le 26 ou 27. Sinon, avant, je vais encore tomber sur une mocheté de prod pleine de bruit et de vide sidéral. A te laisser sur le trottoir! Je serai Dupeyron, je te filerai une pige pour faire la promo et pour quelques heures d’attaché de presse. Mais j’suis con ! Le taf est déjà fait. Gratos et avec solidarité.

  10. Pascale dit :

    J’y serai, même si pour me guérir l’âme y’a du taf !

  11. Bernard Blancan dit :

    Je bosse gratos (enfin, avec application des conventions collectives).

  12. Bernard Blancan dit :

    Putain, c’est sûr…  

  13. D&D dit :

    J’ai beaucoup aimé lire le texte de Dupeyron. Je trouve ça bien qu’il l’ait fait. Il y a pas mal de choses à recroiser, à réfléchir, dans différentes interventions autour du cinéma français depuis un an. On attend la fin du cycle vicieux…

  14. Bernard Blancan dit :

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