Ma brignoles a dérapé !

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Photo Laurent Ferrière

Brignoles. Ça vient de « briser » et de « roubignoles ». Une contraction. Voilà un moment que je m’inquiète dans les colonnes de ce blog de la montée en puissance des idées simplistes qui se résument à « les politiques tous pourris, les arabes tous des bandits qui voilent leurs femmes, les chômeurs des fainéants, les fonctionnaires des privilégiés et des grévistes, les syndicalistes des rentiers, l’Europe dicte des règles qui anéantissent les agriculteurs et nous taxe, les bobos intellos sont des malades du cerveau moralisateurs et hautains, les juifs dirigent le monde, les islamistes veulent nous détruire… ». Ce discours de la trouille, du fantasme, qui n’envisage les problèmes qu’au regard d’une seule facette et ne propose que des solutions de repli sur soi et de rejet radical de l’autre sont alimentées chaque jour par les journaux télévisés, le café du commerce, l’UMP « décomplexée », mais aussi ceux qui se contentent de dire « c’est pas bien de penser comme ça », par ceux qui disent « le changement, c’est maintenant » et se contentent de faire les gentils comptables dont le seul souci est de faire baisser les chiffres de la dette et la courbe du chômage.

Aujourd’hui, la pensée est un délit. Dire « c’est plus compliqué que ça » n’a aucune prise.

Pourtant, tout le monde sait bien qu’on ne va pas résoudre la question de l’immigration en mettant des barbelés et des miradors aux frontières du pays. Si je vis dans un pays qui me maltraite, dans lequel je survis, je vais aller voir si c’est pas mieux pour moi dans un pays riche, d’autant qu’on me le donne comme modèle, comme idéal, dans mes journaux télévisés, mes séries télé, mes publicités, mes magazines le commerce qui me dit que je ne suis citoyen du monde. L’immigration est naturelle et normale. Les pays riches le sont devenus en partant à la conquête du monde, en colonisant, en pillant partout les ressources énergétiques et humaines. De quel droit pourrions-nous décréter du sens du flux, selon qu’il nous arrange ? On a tout construit pour qu’il advienne ce qui est notre présent.

Quand on a colonisé l’Afrique, quand à d’autres moment on est allé chercher la main d’œuvre étrangère, pour nos besoins, quand on a parqué ces populations dans des grands ensembles, qu’on n’a pas donné les mêmes chances aux enfants qui en sont nés qu’à nos propres enfants, parce qu’ils ne s’appelaient pas Pierre ou Jean et qu’ils avaient la peau moins blanche, on aurait pu deviner qu’on fabriquait des ghettos, qu’on excluait de fait, qu’on enfermait, interdisait, rejetait, fabriquait l’exclusion et le ressentiment qui nait de l’injustice. La délinquance et l’incivilité ne sont pas des gènes mais le produit ne notre comportement collectif depuis des décennies, voire des siècles, parce qu’on a refusé de vivre ensemble. On devine que les réponses à la peur de l’autre passent par une répression des délits, parce qu’on est dans une république, autant que par l’éducation, le mélange, une politique d’urbanisation, que sais-je. En tout cas, par des solutions qui prennent en compte l’ensemble des problème et leur histoire.

Les idées simplistes, on les a vues au pouvoir en Europe, en France, au siècle dernier. Regardez le Village Français si vous avez oublié à quoi ça ressemblait. Elles conduisent à enfermer les problèmes dans des camps, à les éliminer physiquement, à les éloigner, à les interdire. Problème interdit par décret ! C’est désigner les ennemis à la vindicte et les détruire, vite. Vite. Le plus vite possible. Cette façon d’affronter la vie n’est pas humaine. Elle est presque animale, me direz-vous.

Une amie m’a donné le lien d’une webcam planquée dans une forêt estonienne. Tous les jours, un homme vient déposer de la nourriture dans le champ de la caméra. Et dès qu’il est parti, les animaux de la forêt viennent bouffer à différents moments de la journée. Des ours, des renards, des geais, des corbeaux, des tanukis (sorte de gros ratons-laveurs). Ça grogne de temps en temps, mais tout le monde profite du repas pépère, les uns et les autres se croisent, se côtoient, parfois s’évitent. Les seuls moments où il y a du bordel, c’est quand un chien de chasse déboule. Il aboie et fait un putain de raffut. Mais pas pour sa pomme. Il appelle juste son maître, celui qui a un fusil, l’humain, quoi. Enfin, pas celui qui nourrit. Celui qui chasse.

Oui, malheureusement, l’humain porte en lui cette part de bêtise brute, celle qui lui a permis de devenir le prédateur de toutes les espèces, le dompteur de nature. Mais c’est la part humaniste, son intelligence qui ont permis les avancées sociales, celles qui font que nous avons une sécurité sociale, une retraite, des congés, que nous payons des impôts pour la collectivité. Sans vouloir jouer le bisounours, s’il y a un endroit sur lequel on peut lire une bonne partie de nos dérives, c’est du côté du pognon et du commerce qu’on peut pointer quelques effets réels et tangibles des injustices. Si l’on peut construire un rêve qui nous verrait vivre mieux ensemble, ce n’est pas dans le FN et sa façon destructrice et immédiate de résoudre les problèmes qu’il peut naître. Mais dans une pensée plus vaste, plus généreuse, pas fondée sur la peur de l’autre qui en fait un ennemi. Qui sont les vrais privilégiés ? Le système économique est-il vraiment favorable au bonheur individuel et collectif ?

Au fait, et dans tout ça, quel est le programme du Front National ?

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17 commentaires pour Ma brignoles a dérapé !

  1. Sarro Philippe dit :

    Le programme du FN ? S’empresser de suprimer l’ISF et de baisser les impots des ultra riches, tous en faisant croire qu’il les diminuerons aussi à tous le monde. Il propose aussi une contribution sociale sur les produits importés, alors que, comme le dit Mediapart, bien des produits « made in France » contiennent en réalité des pièces ou des éléments importés, ce qui sera une TVA sociale déguisée. S’empresser de transformer l’éducation en une formation à des compétences adaptatives comme le réclament les ultalibéraux, ne pas oublier qu’à une époque Jean Marie Lepen se disait le Regan français. Et j’en passe et des meilleures.  

  2. Sarro Philippe dit :

    Le programme du FN ? S’empresser de supprimer l’ISF et de baisser les impots des ultra riches, tous en faisant croire qu’il les diminuerons aussi à tous le monde. Il propose aussi une contribution sociale sur les produits importés, alors que, comme le dit Mediapart, bien des produits « made in France » contiennent en réalité des pièces ou des éléments importés, ce qui sera une TVA sociale déguisée. S’empresser de transformer l’éducation en une formation à des compétences adaptatives comme le réclament les ultralibéraux, ne pas oublier qu’à une époque Jean Marie Lepen se disait le Reagan français. Et j’en passe et des meilleures.  

  3. serge barande dit :

    Excellente analyse du Citoyen Blancan! Le programme du FN ? Sortir de l’Europe, rétablir le Franc, la peine de mort, etc. Que des trucs avant-gardistes ! Combien, chaque mois, la présidente du FN touche-t-elle en émoluments grâce à son siège de Députée européenne ? Aïe! Morsure de queue. Dans ma boule de cristal, j’ai eu une vision « artistique » ce matin : un jeune Conseiller général du sud-est de la France se positionnait en faveur de la création de studios de cinéma en son canton. Il appuyait son argumentaire par un projet de grand film populaire : La Vie d’Alain. Avec Alain D., Jean R., Véronique G. Il regrettait cependant la disparition de Claude A. L. à qui il aurait bien confié la réalisation. Aaaahhh, quand les hommes politiques s’éprennent du 7ème Art, je ne peux être qu’admiratif.

  4. mano dit :

    comment ça?! y a pas BB dans ce film? Brigitte B bien sur…

  5. Bernard Blancan dit :

    Tu as choisi les trucs les plus sympas…  

  6. Bernard Blancan dit :

    Eux, c’est le septième lard qui les touche…

  7. Bernard Blancan dit :

    Ouf, j’ai eu peur…

  8. LN dit :

    http://i58.servimg.com/u/f58/13/05/36/91/f_14_o10.jpg   La forêt cet après midi, quand le soleil rasant transforme les arbres, comme un incendie..les animaux n’étaient pas encore au rendez vous, ils sont arrivés avant que la nuit tombe…Pas de chiens, aujourd’hui.. Bel article ou tout est dit…Bises    

  9. hetre dit :

    Bof ! je me garderais bien de faire une analyse nationale sur brignoles. C’est plutôt Clochemerle avec toutes ces invalidations, ping pong permanet entre PC et FN et un nombre toujours contant d’abstentionistes qui sont majoritaires.     Sûr que le passage de relais n’était pas non plus au bon moment. Mais j’aime bien tes coups de gueule quand même

  10. Lydie dit :

    … la France, pays qui accueille, dire que j’y croyais…

  11. Bernard Blancan dit :

    ça me rappelle quelque-chose…

  12. Bernard Blancan dit :

    Tu as peut-être raison. Mais avec mon nez de fouine et mes grandes oreilles, j’entends des choses qui restaient plus dicrètes avant. Et ça me pousse à réagir.

  13. Bernard Blancan dit :

    Et au Père Noël, t’y crois encore ?

  14. serge barande dit :

    Ben oui Mano! Hier j’ai très mal casté au final (sénilité, absence d’un instant… le mystère reste entier!). Il est vrai qu’elle doit absolument faire partie de la distribution. Foi de chien abandonné!   J’ai aussi omis de dire ô combien cette photo est à propos. A la fois poétique (ta gueule Pagnol! Et vive Panurge!) et de circonstance. Quand une minorité devient majoritaire par l’absentéisme d’autrui, cela reste question posée. Où le débat infini sur les vertus de la démocratie. Indispensable la démocratie, mais tous participant. Aïe!!! Par une fausse posture d’écriture, je viens de me fouler une lombaire. D’ici que l’on finisse par l’avoir dans le cul…   Et pour détendre le tout, vous savez certainement tous pourquoi l’Adolphe H. ne buvait jamais de vin blanc ? Ben… Parce qu’après, ça le rendait méchant!

  15. Lydie dit :

    QUOI ??? Le Père Noël n’existe pas ??? ah bé, si tu m’ôtes toutes mes croyances…

  16. Bernard Blancan dit :

    Moi c’est pareil. Que du rouge. Le blanc me rend con…

  17. Bernard Blancan dit :

    sorry…

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