Chevauchement textuel

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Café-sablés au bar du TGV. Sur place ou à emporter ? Sur place ! D’accord, je vous mets un petit capuchon.

Mais pourquoi met-elle un petit capuchon sur le gobelet alors que je vais le boire au comptoir ? Un capuchon, c’est pour emporter, pour éviter de reverser dans les allées. Bon, on va pas non plus chipoter. Combien vous dois-je ? 5,40 ! Pas donné… Je tends 10 € à la dame, auxquels je joins 40 centimes. Merci, me dit-elle. Et elle me rend 6 €. 6 au lieu de 5. Pas la peine d’avoir fait de longues études mathématiques pour comprendre que 10,40 – 5,40 = 5,00. Je lui fais remarquer qu’il y a une erreur et lui montrant les 6 € qu’elle m’a rendus. Et là, agressive, elle me répond que c’est bien ça puisque j’ai donné 40 centimes. D’accord. Bien sûr… Je m’installe donc sur le comptoir, un peu plus à l’écart que je ne l’aurais fait, au cas où elle finirait par laisser aboutir une pensée cohérente et vienne me reprendre l’euro dont elle venait de me faire cadeau de mauvaise grâce. Mais putain, pourquoi elle m’a mis ce satané capuchon sur mon café. J’ai failli en renverser. Je finis par boire mon petit café en laissant trainer mon regard sur le paysage qui défile à très grande vitesse quand je me mets à rire. Un passager tourne la tête vers moi et la détourne dès qu’il croise mon regard.

Ce n’est pas à cause du café que je ris, mais parce que je me remémore une scène tournée le matin-même. La caméra est sur moi en plan serré. Mon personnage se tient debout. Il écoute, stupéfait, ce que lui raconte un autre personnage qui lui est assis. Afin que mon visage soit bien éclairé, le chef-opérateur a fait mettre un petit réflecteur rectangulaire entre mon collègue et moi. On a l’habitude. Action ! Je pose la question écrite dans le scénario et là, mon partenaire de jeu qui n’est pas dans le champ se penche sur sa feuille et commence à lire son texte très technique. Et pour se faire, il se penche tant qu’il disparaît complètement derrière le réflecteur, ne me laissant voir que le sommet de son crâne. Pas évident de rester sérieux. Mais, alors qu’il lit, il se met à prendre des temps de sociétaire et à écorcher complètement le texte. Le meilleur moyen que j’ai trouvé de jouer un mec qui écoute, c’est d’écouter. Et là, écouter un mec caché derrière un réflecteur prononcer un truc incompréhensible provoque inévitablement un fou-rire. Difficile à s’en défaire, ensuite, d’un fou-rire. À chaque prise, on retrouve un peu de la situation qui l’a généré. Mais bon. On est en tournage. Pas de temps à faire perdre à l’équipe avec ce genre de connerie. Je me concentre comme je peux et on finit par faire entrer la scène dans la boîte. Enfin, presque. Le réalisateur annonce : pas mal. On va quand même la refaire parce que, vers la fin, vos sexes se chevauchent. Autant dire que le fou-rire, cette fois, je ne suis plus seul à le porter. Des sexes qui se chevauchent ! C’est toute l’équipe qui s’écroule. Sauf le réalisateur qui semble ne pas avoir remarqué son lapsus et se demande bien ce qui lui a échappé. Non, il n’y a pas à dire. On rigole aussi, en tournage.

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14 commentaires pour Chevauchement textuel

  1. Samuel Marès dit :

    moi je voudrais bien que tous les jours 10,40 euros – 5,40 euros fassent 6 euros.  

  2. LN dit :

    Et moi, je suis pliée de rire…ça fait du bien, un bon fou rire qui démarre comme ça…! :)))

  3. hetre dit :

    Ben quoi ! Elle ne sait pas compter et alors ? On peut très bien ne pas avoir bac + 7 pour prendre le train.

  4. joël dit :

    Les techniciens se sont écriés « Ho, il montre son dos au goguenard ! » Le réalisateur n’en pouvant plus, vociféra « Taisez-vous en bas ! « 

  5. Pascale dit :

    Alors tu veux être dans le bêtisier du générique ? Quant aux sexes qui se chevauchent, c’est très fréquent en province !

  6. Lydie dit :

    … c’est pour ces petits moments-là, amusants, qu’un plateau de tournage est parfois un endroit délicieux à fréquenter 

  7. Bernard Blancan dit :

    Il suffit de prendre le train

  8. Bernard Blancan dit :
  9. Bernard Blancan dit :

    Ouais mais, quand elle va faire sa caisse… Si elle avait été aimable, elle aurait au moins compris que je voulais lui rendre un euro.

  10. Bernard Blancan dit :

    Pas capté le premier…

  11. Bernard Blancan dit :

    Vous savez, moi, la province…

  12. Bernard Blancan dit :

    Ils sont rares. On les apprécie d’autant plus.

  13. serge barande dit :

    Sexes qui se chevauchent, capuchons… Z’ont récemment baissé la TVA sur les capotes. Au lieu de payer la boîte 5,40 €, tu la payes maintenant 4,40 €. Motion proposée par la fille du bar TGV. C’est pas de la balle, quand les matheux s’y collent ?…

  14. Bernard Blancan dit :

    la matheux s’y collent… c’est une joelgardesserie ?

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