Journal d’un con

Voilà deux bonnes semaines que traine dans ma tête l’idée de rebaptiser mon blog « journal d’un con ». Cela vient-il du fait que le personnage que j’incarne dans Cosmodrama est une sorte de con ? Pas impossible. Ce n’est pas la première fois que j’observe que les personnages jouent un rôle (hé hé) dans ma personnalité du moment. Cela ne signifie pas que, lorsque je joue un psychopathe j’en deviens un. Néanmoins, à force d’adopter les réflexes qui font que le personnage doit réagir, selon sa logique, face à diverses situations, il faut bien puiser en soi les mécanismes de cette logique. La psyché de l’acteur se trouve ainsi polluée par celle du personnage qu’il incarne. L’acteur oblige artificiellement son cerveau à faire des connexions qui ne lui sont pas naturelles. Et, un temps, ces connexions étant activées, elles modifient quelque peu la personnalité, de façon subtile mais assez réelle me semble-t-il.

Bref, je ne vais pas continuer à faire le con. Venons-en aux faits. En écrivant dans ces colonnes, je prends le risque d’émettre des opinions sur divers sujets, d’offrir à la toile une certaine façon de voir, trahissant mes angoisses du moments, livrant mes limites intellectuelles, ma sensibilité irritée et irritante. Mon propre surmoi se cesse de me demander qui je suis pour la ramener ainsi. Bien souvent, je m’agace moi-même au plus haut point. D’où me vient ce besoin d’étalage, cette soif de prouver mon existence ? J’ai quelques éléments de réponse que je ne livrerai pas ici. Faudrait voir à pas déconner, non plus. Autant continuer à conner.

Afin d’illustrer mon propos, j’ai joint cette petite vidéo. Une rencontre entre Fernand Raynaud et Jacky Bernard dans les années 60.

Quand j’ai écouté ça, ce matin, dans un premier temps je me suis demandé qui jouait Jacky Bernard. Quel con ! Jacky Bernard, c’est juste Jacky Bernard, un inconnu qui s’était autoproclamé chanteur. Et Fernand en profite pour le faire parler afin que ce pauvre Jacky livre son taux maximum de connerie. Et nous, on rit. On rit de l’abyssale connerie de Jacky Bernard. Cet exemple va me permettre de préciser ce que j’entends par con.

Il y a con et con. Mais, dans chaque catégorie, le con dit toujours des conneries. Dans ce cas, je ne parle pas du con hautin qui écrase les autres, profitant de sa fonction sociétale qui l’autorise à débiter sa philosophie à deux balles dès qu’il le peut, usant et abusant de son autorité. Des cons comme ça, on en trouve toujours dans le monde du travail et aux guichets des administrations.

Après, on a le connard. Le connard est un con nuisible. Il ouvre toujours sa gueule avec un brin de menace, avec violence. Le connard, on le déteste mais on en a peur.

Le connard est très loin du con dont je veux parler. Le con dont je parle, il ne fait de mal à personne. Il est bête, comme tous les cons, mais lui, je dirais plutôt qu’il est idiot. Le con juste bête, il n’a pas prétention à ne pas l’être. Il est bête. Ce qui est juste imputable à son extraction socio-culturelle, son manque d’éducation, ses limites cognitives. On ne peut pas lui en vouloir. Sauf s’il est un con en fonction de responsabilité ou un simple connard.

Le con idiot, lui, il a la faiblesse d’imaginer qu’il n’est pas con. Alors il développe sa pensée comme s’il s’agissait d’une pensée poussée, originale, qui mériterait de se généraliser. Il veut en faire profiter le plus grand nombre. Oui, ce con-là est un peu narcissique. Il se sent malin. En même temps, en couche inférieure, ce con se révèle être un complexé. Il est souvent autodidacte (il y a pas mal de surdiplômés aussi dans cette catégorie) mais veut prouver aux autres qu’il n’est pas plus con qu’un autre, si possible, l’autre appartenant à l’élite intellectuelle, artistique ou footballistique, pourquoi pas au point où on en est.

Je crois appartenir à cette catégorie. Je me souviens mes débuts au théâtre. J’avais en poche un BEP de comptabilité, revenais d’un long service militaire à Djibouti et travaillais comme employé de bureau dans une mutuelle.  Mes collègues de scène étaient étudiants pour la plupart, qui en psycho, qui en socio, en journalisme. Il m’arrivait d’aller passer la soirée avec certains. Ça me faisait plaisir de partager avec ceux que je considérais à l’époque comme des forcément-pas-cons. Mais, en rentrant de ces soirées, je me rendais compte que j’avais passé mon temps à répondre aux questions que l’on me posait, à raconter les histoires qu’on me demandait de raconter, à avoir fait rire tout le monde toute la soirée sans avoir rien reçu en retour de ces non-cons, si ce n’est leur franche rigolade. Ma profonde paranoïa me conduisait à penser que j’avais été le héros d’un dîner de con. C’est vraisemblablement une des motivations à ma reprise des études après 25 ans. Comme s’il suffisait d’obtenir des diplômes pour appartenir à la catégorie des non-cons.

Le moment est venu de réfléchir à qui sont les gens pas cons. Ben, les gens pas cons, ils sont intelligents et/ou silencieux. Autant dire qu’ils ne sont pas nombreux. Ou alors, ils se limitent rigoureusement à l’expression attribuée à leur fonction. Ils font leur boulot avec politesse, efficacité et bonne humeur. Leur pensée est à la fois vive, analytique, documentée et mesurée. Bref, des gens parfaits ou extrêmement fades et ennuyeux, finalement. Des espèces d’idéaux sur pattes qui souvent cachent de grosses névroses.

À bien y réfléchir (comme un con qui pense), le concept de connerie est extrêmement normatif. N’auraient le droit de s’exprimer que ceux qui ont autorité pour le faire, à condition de ne déranger personne. Donc, ok, j’assume, je suis con et je le sais. Mais c’est pas pour ça que je me priverai de la ramener, ma conne de fraise !

La question conne que je me pose : qui de Fernand Raynaud et Jacky Bernard est le plus con, dans cette affaire ?

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16 commentaires pour Journal d’un con

  1. joël dit :

    Tu sais pas qui je viens d’entendre sur France Inter. Pascale, au jeu des 1000 € ! Elle vient de perdre au « super banco ». On lui demandait le pays du code international « FL » des plaques d’immatriculation. Fürstentum Liechtenstein !!!  Personne connait à par ceux qui font de l’évasion fiscale.

  2. joël dit :

    Journal d’un conmédien !

  3. Sarro Philippe dit :

    Faire le jacques c’est aussi faire le con https://www.youtube.com/watch?v=QEUYwzd330w&feature=player_detailpage    

  4. Bernard Blancan dit :

    J’avais été prévenu. J’ai trouvé nul qu’elle ne sache pas répondre à cette question si facile…

  5. Bernard Blancan dit :

    pas con 

  6. Bernard Blancan dit :

    Je vois mal le rapport mais bon 

  7. serge barande dit :

    OH NON ! Putain, déconne pas. T’es con quand même de vouloir appeler cet ode à la sincérité « Journal d’un Con », même si j’y croise la poésie du Bon Con. Parce que quelques cons n’y verront que le con de base, pas LE Con honnirique, LE Con qui rend moins con le con de base. De là à ce qu’ils se sentent fins cons, con… ! Je n’y vois de prime abord qu’un court chemin, voire un con de chemin embroussaillé en leur connerie inscrite.   Déconne pas, hé!?…

  8. serge barande dit :

    Heu… désolé pour les répétitions…

  9. mano dit :

    comme on est toujours le con de quelqu’un, il y a de grandes chances que tu sois con…au moins pour une personne, mais c’est mieux que rien! et puis être con, c’est comme pour tout, ça se mérite! allez au boulot! en parlant de boulot, bravo pour la remontée dans les sondages de François

  10. Bernard Blancan dit :

    Quand on est con, on est con…

  11. Bernard Blancan dit :

    Bon, d’accord. Qu’est-ce qu’on est cons.

  12. Bernard Blancan dit :

    pas de souci pas de souci pas de souci pas de souci

  13. Bernard Blancan dit :

    2 petits points… Peut mieux faire.

  14. pas les chaussettes J2L dit :

    n’empêche, c’est con pour Pascale !

  15. Bernard Blancan dit :

    On ne dit plus « c’est con », svp !

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