Mon point de vue sur les intermittents

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Aucun papier dans la presse, pourtant, nous étions un millier hier soir au théâtre du Rond Point pour l’assemblée générale unitaire pour la défense des droits des intermittents que le MEDEF propose tout simplement de supprimer. Un peu de pédagogie s’impose.

L’intermittence pour palier la précarité

Ceux qui suivent ce blog ont tous les éléments pour savoir ce qu’est concrètement l’incertitude du lendemain. Depuis un an, les boulots s’enchaînent. Mais l’année d’avant, c’est le vide qui s’enchainait au vide. Sans le régime d’intermittence, je n’aurais jamais pu survivre de ce boulot. Vous voyez bien aussi que tout un pan de mes activités n’est pas rémunéré. Et pourtant, vous le voyez aussi, je n’arrête pas de bosser.

Le MEDEF ment sur les chiffres

Je ne vais pas vous saouler avec des chiffres. D’autres spécialistes en font la démonstration et, dès que je vois passer un papier sur le sujet, je vous le fais passer. Mais tenez, par exemple, si l’on appliquait le système d’indemnisation des intermittents à ceux du régime général, l’UNEDIC gagnerait de l’argent. Car les intermittents ouvrent des droits sur 8 mois seulement, avec un plafonnement des indemnités, tandis qu’un chômeur du régime général peut bénéficier du chômage pendant 2 ans, un cadre pouvant toucher jusqu’à 7000 euros par mois. Est-ce qu’on va supprimer les allocations des cadres ? On peut faire raconter ce qu’on veut aux chiffres.

La réalité de ce régime

Je parle des acteurs, puisque c’est ce que je connais le mieux. Soyons clairs aussi, je ne suis pas un acteur bankable, de ceux qui gagnent évidemment trop de pognon à cause de ce système débile de production à la française (c’est un autre sujet). Jusqu’à 2003, il fallait faire 507 heures dans l’année pour ouvrir un an de droits. Évidemment, vous n’êtes pas indemnisé les jours où vous travaillez. Un cachet représentant 12 heures de travail, il en fallait 43. Ça vous paraît peu, mais, pour un acteur, obtenir 43 jours de tournage dans une année, c’était déjà pas évident. Sans compter toutes les prestations qui ne sont pas rémunérées, répétitions, accompagnement des films, essayages, préparation aux rôles, écritures, repérages quand on réalise en plus… Bref, depuis 2003, c’est bien pire. Il faut faire toujours 507 heures, mais sur 10 mois et demie seulement, pour ouvrir 8 mois de droits. Et parallèlement, dès que vous avez plus de 4 jours de tournage sur un même film, chaque cachet ne compte plus 12 heures, mais 8 heures. Il vous faut donc faire 60 cachets sur 10 mois et demi. Sur un film, un technicien bosse pendant toute la durée. Un comédien, lui, quand il a 5 ou 6 jours, il est content. Entre parenthèses, je ne suis pas favorable, contrairement à ce que demandent certains, que les artistes et techniciens soient logés à la même enseigne car nous ne le sommes vraiment pas dans le boulot en terme d’heures. Comme vous l’avez vu en suivant ce blog, depuis 2003, j’ai perdu plusieurs fois les droits au régime d’intermittents.

Pour une réforme !

Il faut revenir aux 507 heures sur 12 mois !

Parallèlement, je constate que quand je travaille beaucoup, je continue à toucher des droits alors que quand je suis en galère, je ne touche plus un centime. Je souhaiterais des règles qui fassent que je ne touche rien quand j’ai des cachets de cinéma (même si j’ai peu de jours dans le mois, ils sont suffisament payés pour qu’ils ne puissent interdire une seconde rémunération qui n’a pas de sens). Mais, en revanche, que mes indemnités soient supérieures quand je ne bosse pas. Toutes les dernières réformes ont généré des aberrations qu’il faut corriger.

Pour être transparent, quand j’ai des droits, je touche maxi 1.500 euros par mois. J’ai 55 ans. Je gère ma vie financière en économisant quand je bosse. Et quand je bosse plus, que j’ai plus de droits, je bouffe mes économies, je vends ma voiture, mon scooter et quand j’ai plus rien… jusqu’à présent, j’ai eu la chance que ça redémarre. Mais je ne sais jamais si j’aurai cette chance la fois d’après. Elle revient toujours très très vite, la fois d’après. Et pourtant, j’ai la chance de faire partie de ceux qui bossent pas mal. Je ne vous raconte pas ce qu’il en est pour la grande majorité (qui peut trouver même indécent que je m’exprime sur le sujet).

Messieurs du MEDEF, vous m’emmerdez. Vous ne connaissez rien à ces affaires. Votre culture à vous se limite à celle du profit…

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10 commentaires pour Mon point de vue sur les intermittents

  1. hetre dit :

    Si j’ai bien compris, autour du terme « intermittent du spectacle » il a diverses catégories. Ceux qui sont employés intérimaires par de faux CDD mais qui sont à peu près sûrs d’avoir 8 mois d’activité par an (les plus nombreux) et ceux qui galèrent pour trouver un film. Pourquoi ne pas définir 2 catégories bien distinctes dans le statut.

  2. serge barande dit :

    Comme si c’était au MEDEF de s’occuper de ça! Ça me semble aussi paradoxal que si la noble corporation des cantonniers de l’ex DDE voulaient légiférer sur le statut social de types du MEDEF qui sont dans X Conseils d’Administrations d’entreprises du CAC 40. Quoique, à bien y réfléchir, ce serait pas con ça. Et puis, allons-y… pourquoi pas… L’association des joueurs de cor de chasse de la Motte-Beuveron pourrait aussi se prononcer sur le régime des médecins de campagne. Et le club de boules de Nation sur le régime social des esthéticiennes et poseuses d’ongles américains. N’empêche que c’est un grand foutage de gueule. Et pourquoi pas réaliser 507 heures sur 7 mois pour ouvrir des droits sur 6 mois, tant qu’on y est! Je connais un gars qui a eu un problème de baignoire. Et comme c’est loin d’être une buse… ben il a fait venir le charpentier. Tout aussi logique! Qu’est-ce que vient donc foutre le MEDEF dans la problématique des Intermittents ? Mélez-vous donc de vos patrons, encore pour certains caricaturables façon 1900, haut-de-forme et cigare au bec. AH les cons! J’attends sur le sujet Delfeil de Ton qui pourrait titrer ainsi : « Où l’on voit l’inaptitude de certains à mal s’occuper de ce qu’ils ne connaissent pas ». La redondance serait de Ton.

  3. serge barande dit :

    J’ai failli oublier, un fameux lien avec l’actualité, pour illustrer le fait que notre « bonne société » se piétine allègrement la calvitie : « les anti-IVG distribuent des préservatifs chaque dimanche en la bonne cité d’Orléans ». Vont finir par me rendre réac ces cons-là!

  4. Bernard Blancan dit :

    Je vois que tu as potassé le dossier, toi…

  5. Bernard Blancan dit :

    Comment on fait pour avoir sa carte au MEDEF, au fait ?

  6. Bernard Blancan dit :

    Je croyais qu’il n’y avait que des pucelles, à Orléans…

  7. Bernard Blancan dit :

    Merci, mon Guy, comme dirait Patric Sébastien…

  8. Samuel Marès dit :

    de source sûre, d’un pot responsable comptable dans une CPAM  du sud ouest, ces gens du medef ou cgpme, ne lésinent pas du tout lorsqu’il s’agit de se faire rembourser leurs frais de vacation , dans diverses réunions . Ils gonflerait et abuserait un peu sur les frais . Par exemple un mec qui habite bordeaux. Et ben il se fait rembourser l’aller domicie bordeaux -cpam bordeaux. Et si après il enchaine avec une réunion à agen , et ben le retour c’est bordeaux-agen qu’il demande. Et comme ces gens là ne roulent  pas clio 1 ou des super 5, c’est plutot avec de gros moteur que ç roule . Et tout ça c’est payé sur le budget fonctionnement des caisses, donc c’est transparent.

  9. Bernard Blancan dit :

    On devrait être tous au MEDF, alors !

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