Du grand cinéma !

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Ce n’est pas un blog de critiques cinéma. Mais vous aurez noté que quand je me mets à vraiment parler d’un film, c’est que je suis complètement emballé, retourné, éberlué, fasciné. On notera aussi que c’est assez rare pour ma vieille carcasse difficile à émouvoir.

Hier soir, j’ai vu Animal Sérénade, un moyen-métrage de Béryl Peillard. Première projection. Hé bien, j’ai pris une belle claque cinématographique. Scénario, image, réalisation, montage, casting et jeu d’acteurs font d’Animal Sérénade une réussite totale. Époustouflant. Je ne peux malheureusement rien raconter du contenu du film car le pitcher, c’est forcément en réduire le propos, le salir. Je ne peux que dire et redire que c’est un film extrêmement puissant. Enfin du cinéma qui éveille l’émotion, donne à penser et à voir, sans jamais démontrer, laissant toute sa place au spectateur. Je prédis, tant au film qu’à la réalisatrice, un bel avenir.

Des courts, moyens, longs, j’en vois. Dans les festivals, combien de fois je m’ennuie profondément, faisant tous les efforts pour extraire les choses positives de ce que j’ai vu. Soit les films sont de bonne facture mais ne racontent rien, soit ils pourraient raconter quelque-chose mais sont filmés avec les pieds ou, à l’inverse, avec une posture tellement hautaine qu’elle provoque une inévitable réaction de rejet. Le grand défaut de 90% des courts-métrages, c’est que le réalisateur fait un film comme il ferait une tête de Mickey avec de la mie de pain. Le « jeune » réalisateur joue souvent à faire un film, en copiant sur ses voisins, sans autre nécessité que de pouvoir dire après : je suis réalisateur.

Je me suis inquiété de la tournure que prenait la nouvelle nouvelle nouvelle vague du jeune cinéma français. Une tentative d’exporter du bobo à la campagne, quelques non-acteurs en roue-libre et improvisations, des vrais gens avec des vraies queules (part « documentaire » sensée donner de la « vérité »), Vincent Macaigne ou quelque Belge pour la part de « décalage poétique », le beauf de service estampillé 70’s – 80’s, comme Ménez, Christophe, Bernard Hinault…, une histoire d’amour si possible miteuse, histoire de raconter que c’est pas facile d’aimer, une structure narrative limitée à des bouts de ficelle à rôti rafistolés. Du naturalisme comme s’il en pleuvait. Je pourrais faire une liste des films de ces deux ou trois dernières années qui répondent à ces critères. De quoi déprimer tant tout cela répond à un air du temps pauvre et superficiel, dépourvu de pensée, d’audace, de regard, de singularité. Il s’agit pourtant d’un vrai courant dominant qui devient l’étalon du bon goût dans les commissions et autres comités de sélection. De quoi dissuader quiconque de faire un vrai film, avec une vraie histoire.

Eh bien, c’est pourtant ce qu’a fait Béryl : oser un film. Elle a été suivie par Chaz Prod, Arte, le CNC et une région. Comme quoi rien n’est désespéré, rien n’est figé. Et on le sait, les grands films, ceux dont la force restera intacte, traversera le temps, dans une année, il y en a toujours très peu. Animal Sérénade est de ceux-là. Il vous faudra juste attendre pour le voir. Il vient à peine de naître.

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3 commentaires pour Du grand cinéma !

  1. serge barande dit :

    Si c’est l’affiche, je la trouve somptueuse. Mer calme, ciel clair (ça change…) et une fille qui semble rêver. Ça donne envie de s’assoir au même endroit, au calme. Quant au titre… Si en plus, la bande son nous ramène Lou Reed, je vote pour une large distribution « à la campagne ». Mais ça risque d’être dur, les moyens métrages n’inondent pas les salles, à part quelques-unes, de plus en plus rares. Je croise mes orteils.

  2. Bernard Blancan dit :

    Tu pourras le voir sur Arte !

  3. serge barande dit :

    En voilà une nouvelle qu’elle est bonne!!! Et l’affiche était prémonitoire, car ici, cet après-midi, c’est grand calme et grand soleil!

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