Pas la bourrache mais l’ancolie

Pas la bourrache mais l'ancolie

Changement de décor. J’ai quitté le Limousin pour le Pays Basque, du côté de Mauléon. Je vais laisser Anselme au vestiaire pour faire naître Lucien, l’aubergiste. Mes personnages s’appellent souvent Lucien, tiens. Dans La French, par exemple. Quoi ? La French, c’est quand ? Patience ! Je vais faire une post-synchro le 12. Ça veut dire que c’est pas terminé.

La route Limoges-Mauléon de nuit, sous la pluie, ça n’a pas été de tout repos. Surtout avec un code qui a pété. Heureusement, en province, tu paies la lampe, ils te la changent gratos alors qu’il n’y a rien de plus compliqué avec les bagnoles même pas modernes.

Bonne nouvelle cannoise pour un bon copain, Laurent Bécue Renard qui voit son documentaire Of men and War en sélection officielle. Dommage que ce soit en séance spéciale et pas en compète. Mais c'est le gage d'un film fort et hors des clous. Félicitations !

Pas assez strict pour la scripte

Pas assez strict pour la scripte

Deux séquences au Village Français ce matin. De ces petites séquences comme on les aime, avec du jeu l’air de rien. Le perchman s’est comporté à peu près correctement, aujourd’hui. J’ai donné du boulot aux scriptes afin qu’elles trompent leur ennui, avec un mot oublié ici ou transformé là. Mais bon, comme je connais les bidouilles du montage, je sais qu’on pourra changer un « on y va » par un « en avant » très facilement. Promis, demain, je reste dans les clous ! Cet aprem, je dois à la fois bosser mes textes de demain et ceux du court-métrage d’après-demain.

Un peu regardé l’actualité quand même, histoire de sortir de la fiction. J’ai vu qu’on avait cannonisé deux flics du quai des Orfèvres et que Hollande avait tiré sur Valls qui avait 300 kilos dans le coffre. Un truc du genre, quoi. Merde, voilà la scripte !

Mare à thon

Mare à thon

Je vais me payer le luxe d’une semaine très voyageuse et chargée. Départ demain pour Limoges pour Le Village Français. Mardi soir, dès que j’ai fini de tourner, je prends la voiture pour les Pyrénées. Direction Mauléon et le tournage du Maillot Jaune, le court-métrage de Jacques Jousseaume. Retour à Paris dans le weekend.

Campagne en Village…

Campagne en Village...

Tournage au Village. Séquence « facile ». Une ferme. Un collabo caché. Pas trouvé. Comme à chaque fois qu’on tourne dans ces campagnes limousines, la question qui revient le plus souvent sur le plateau consiste à se demander s’il faut quitter Paris pour vivre à la campagne. Retrouver la terre ne laisse jamais indifférent le parigot.

Pour avoir vécu dans les campagnes profondes du Sud-Ouest, je sais aussi qu’on s’y emmerde un brin, quand même. Enfin, je sais plus trop. Peut-être pas davantage qu’à Paris. Le seul truc qui fait peur en province, c’est le syndrome Ville Morte à partir de 19 heures 55 tous les jours, le dimanche après-midi et le lundi. Forcément, dans une capitale, quel que soit le jour où l’heure, ça bouge.

Paradoxalement, le besoin de voir du monde autour de soi côtoie celui d’une forme d’anonymat. Quand tu sors dans ton village, les trois pelés que tu croises, tu les connais. Et c’est pas toujours agréable de croiser ce con de bidule à chaque fois que tu mets le nez dehors.

Bref, la question vivre à la ville ou vivre à la campagne n’avance jamais beaucoup. On a beau changer les piles, on finit toujours dans la même impasse normande : un appart à Paris et une maison à la campagne. Pourquoi pas une île en Grèce, tant qu’on y est !

Le soir nous fit quitter ces considérations bourgeoises pour d’autres, plus célestes. Un auteur pour ses personnages est une sorte de Dieu. Il fait naître l’un, mourir celui-là, tisse les destins, s’amuse. Hier soir, nous avions donc le pot de Dieu et de ses Saints : Saint-Estèphe, Saint-Julien et Saint-Joseph. À l’Angélus, la messe était dite. Soirée Villageosie…

Dommages collatéraux

Dommages collatéraux

On apprend des tas de choses à ses enfants de façon explicite. On conseille, on aiguille. Et puis, de façon implicite, nos actes, ce que nous vivons, sont autant d’éléments qui les aident à se forger un point de vue. Un complément éducatif involontaire, en quelque sorte.

Mon fils le plus jeune suit un cours de théâtre. Étrange, comme choix. Voici deux semaines, le directeur de casting Français le plus célèbre est venu assister aux auditions du cours. Comme ce dernier était invité à l’émission Vivement dimanche qui sera diffusée dimanche, cette fois, il a convié tous les élèves du cours à venir grossir les rangs des spectateurs. Mon fils y est donc allé. C’était hier. Et comme dans l’actualité cinématographique il est question de Cannes, en cours d’émission, ont été montrés des extraits des grands moments du festival.

Bien sûr, il a été question de 2006 et du prix d’interprétation que nous avons reçu avec Jamel, Roschdy Zem, Sami Bouajila et Samy Naceri. Vous imaginez la fierté de mon fiston en me voyant à l’image. Manque de pot, comme d’habitude, sur le plateau, ils n’ont nommé que mes camarades de jeu. Ils n’ont oublié qu’un nom : le mien et, par voie de conséquence, celui de mon fils.

Une règle un peu débile peut-être oblige toute communication relative à un prix d’interprétation collectif à citer tous les noms. Ainsi, dans la presse, dès qu’on mentionne ce fameux prix, tous les noms des acteurs doivent figurer. Ce qui me vaut de voir mon nom apparaître ici ou là, dès que cet événement est évoqué. Moi-même, quand j’écris publiquement sur le sujet, je donne la liste.

Si j’étais un gros con, je prendrais un avocat et… Mais quelle image donnerais-je à ce fils qui a déjà un nom pas tout neuf dans le métier. Un nom qui existe de façon floue.

Blancan… Blancan… vous êtes le fils de… Bernard Campan ?

Expériences fictionnelles

Expériences fictionnelles

Trois scènes dont deux à jouer pour le casting et une dans laquelle le personnage se fait tuer. Le rôle : un ancien flic qui a pété un câble et enlève des enfants. Le contexte : une série policière pour TF1. J’ai dit non. Je ne comprends même pas qu’on me propose un truc pareil aujourd’hui. Même si j’étais sans un rond, je refuserais. Parfois, il me vient des envies de violence.

À vélo, hier, je suis allé déposer mon manuscrit de roman dans quatre maisons d’édition parisiennes. Une vraie expérience documentaire. D’abord, à titre personnel, aller porter une grosse enveloppe contenant un machin qu’on a écrit avec ses petites mains constitue en soi un événement important dans une vie. On va livrer un peu de soi. Et ce peu de soi va être jugé apte ou non à être exposé au grand nombre. Ce n’est pas si banal.

En terme documentaire, c’est l’occasion unique de s’offrir une visite guidée des lieux correspondant aux jaquettes des livres que l’on aime.

Le premier éditeur chez qui je me suis pointé avec mon enveloppe était dans un fond de cour bobo du côté de Bastille. On ne prend plus de manuscrit ! La maison est en difficulté, semble-t-il.

Le second est aussi en fond de cour, mais dans le VIème. Sobre, bon goût, austère mais pas trop. Du sérieux sans chichi. Du riche qui se la raconte pas. Je peux déposer mon scénario ? Heu, pardon, mon manuscrit…

Le troisième, on aurait envie d’y venir au mois d’octobre, y tomber dessus avec les feuilles mortes sous une pluie fine et entrer s’y réchauffer à la lumière jaune de lampes de cuivre.

Le quatrième a été conçu par un architecte ayant choisi de s’inspirer du château de Kafka. Porte minuscule, escalier sombre, raide, tortueux et exigu accédant à deux portes ouvertes, l’une sur un bureau bordélique éclairé au néon, l’autre sur un couloir obscur encombré d’une photocopieuse et de mille choses non identifiables au premier regard.

Allez, remettons le porte-plume dans la trousse ! Je pars tout à l’heure pour aller tourner dans le Village Français.

Ondes particulières

Ondes particulières

La première fois que j’ai donné un spectacle écrit et joué par moi seul, c’était à Villandraut. Dans un autre millénaire. L’heure qui avait précédé le spectacle avait été le pire des cauchemars. C’est pas possible d’écrire une telle merde. Les pauvres spectateurs qui vont payer pour voir ça…

J’imagine qu’il y a des artistes plus sûrs d’eux, ne doutant pas, qui, dans la même circonstance doivent se dire : « ils vont voir ce qu’ils vont voir ! ». Ben non, je ne joue pas dans cette catégorie.

Me voilà dans la phase 2 du roman. Je l’envoie aujourd’hui aux éditeurs. J’ai pas hésité, j’ai fait parmi les plus gros, ceux dont j’ai lu les auteurs. La première liste était assez longue. Mais quand il s’agit de joindre une lettre de présentation qui argumente aussi le choix de l’éditeur, il faut se pencher sur la ligne éditoriale. Pour certains, ça a été facile. Juste en regardant les titres et le nom des auteurs, tu vois si c’est un éditeur qui se la pète, un qui ne pense qu’à gagner du fric. La liste se raccourcit toute seule. Pour certains, tu cherches la ligne. Comme tu ne la trouves pas, tu envoies. Tu as aussi l’éditeur mythique dont tu as plein de bouquins. Tu ne crois pas une seconde que le tien aura sa place, mais tu l’envoies quand même, histoire de ne pas avoir de remords.

Pendant deux mois, mon manuscrit est dans l’état superposé du photon dans l’expérience des fentes de Young, en physique quantique. À la fois onde et particule. Ce n’est que quand il sera observé qu’il deviendra onde ou particule. Un roman édité ou une grosse bouse dans une corbeille à papier.

C’est grave ?

C'est grave ?

Un excès de sensibilité m’interdit l’accès à certains chefs-d’œuvre. Je ne sais pas s’il s’agit à proprement parler de sensibilité. Ce sont typiquement certaines situations qui me sont insupportables et me font quitter immédiatement le film. On peut bien me dire que « Au hasard Balthazar » de Bresson ou « Éléphant-man » de Lynch sont des monuments du cinéma, c’est plus fort que moi, je ne peux pas les regarder en entier. Le veilleur de nuit sadique qui maltraite Merry, je peux pas voir. Le voyou qui maltraite l’âne de Bresson, je peux pas non plus. Immédiatement, je m’identifie au monstre ou à l’âne. La cruauté des humains qui ont une emprise immorale sur des faibles, j’ai eu beau lire des contes dans mon enfance, la raison n’est jamais venue à bout de la terreur que je pouvais éprouver face à ces comportements. Ma seule issue : la fuite. Dès que je sens une ombre de maltraitance dans la réalisation (suivez mon regard) ou même la complaisance à mettre en scène le sadisme à l’encontre des innocents, y compris à des fins de dénonciation, je zappe.

C’est con, non ?

Science fiction

Science fiction

Terminé, le roman, cette fois. Plusieurs lecteurs restent muets, par manque de temps ou par dépit. Je termine donc en simple aveugle. Mais ça me va bien. Ma productrice qui l’a lu y voit davantage un film. Ce qui, on le devinera, me va très bien. Car oui, je veux faire du livre un film. Mis à part que si le livre existe d’abord, s’il est édité, ce sera déjà la matérialisation d’une idée, d’une histoire. C’est plus rapide et plus efficace. Moins frustrant que les 3 ans qui séparent un projet de film de sa très hypothétique réalisation.

Avant de me lancer dans ce long-métrage, elle m’encourage à faire d’abord un autre court de fiction qui s’appuierait sur des éléments du long. Là non plus, je n’ai rien à redire. Il me faudra juste faire quelques kilomètres de marche pour qu’émerge la bonne idée. Je suis comme les philosophes antiques. Je pense en marchant.

J’ai jeté un coup d’œil rapide sur l’actualité. J’y ai vu que les Français approuvaient le plan d’austérité de Valls. On nous apprend aussi l’existence d’une exo planète semblable à la notre. Enfin un peu d’espoir pour les générations futures. Quand on en aura terminé de bousiller la planète, ce qu’il restera d’humanité pourra toujours aller faire joujou ailleurs.

Tiens, une idée de bouquin : 2128. Le dernier vaisseau terrien se pose sur Kepler. Les premiers colons ont déjà asservi une espèce humanoïde indigène très gentille. Dans la première colonie, on a déjà déforesté, bâti, extrait les ressources, éliminé toute race animale qui aurait pu former une menace prédatrice pour l’homme, mis des barbelés, des murs en attendant de préparer les futures extensions territoriales. Peu à peu, le paradis trouvé se moule au mauvais goût des humains. S’y glisse la peur et la soif de conquête, étrangères à cette planète pourtant rebaptisée Paradis.

Pendant ce temps, sur terre, quelques Oubliés tentent de reconstruire une société utopiste sur les décombres de la terre. Ils devront se confronter aux Kayra, ceux à qui on a refusé le billet pour Paradis. Oubliés et Kayra parviendront-ils à inventer ensemble un nouveau modèle ? Il semble que oui. Jusqu’à ce que ceux de Kepler décident de revenir exterminer le reste des terriens, de peur qu’ils viennent un jour polluer Paradis de leur idéologie égalitariste. La bataille sera longue. Et j’avoue que, sans l’intervention de dernière minute des Célestes, patrouille intergalactique pacificatrice, les terriens n’auraient pas fait long feu face à l’armada de Paradis.

Paradisiens combattants, Oubliés et Kayra désormais unis dans une énergie d’Amour et de partage vont partir à l’assaut de Paradis. Leur mission : prendre le pouvoir sans arme. Libérer la population robotisée en instillant de la pensée et des mots. Éh béééé…

Ça, c’est pas du petit roman. On est dans la saga à plusieurs tomes.