Au Village, sans prétention.

Au Village, sans prétention.

 

Une journée d’escroc, chez un acteur, c’est quand il vient sur le plateau pour une apparition muette dans un plan qui se tourne en une heure et repart à l’hôtel ou chez lui. J’avoue que cela m’arrive parfois. Mais là, sur le Village, qui viendra me dire que j’ai chômé ? Le perchman peut-être. Mais juste pour me taquiner.

Et puis, dans l’excès inverse, on pourrait parler de la journée calvaire. Celle où vous intervenez dans une longue séquence, juste pour balancer des informations objectives qui viennent fournir les ressorts à une scène qui va se jouer entre les autres personnages. Ces textes-là, dénués d’enjeux dramatiques personnels, sont les plus difficiles à apprendre. Les mots ne s’appuient pas sur de la psychologie ou des enjeux relationnels. Ils se réfèrent à des faits, énumérant des protagonistes, décrivant des actions qui ont eu lieu et que personne n’a vues. L’acteur devient le messager objectif pour les autres personnages et le spectateur. Hommage à Charles et Luc devenus Fernand et Paul, alias Robin et Antoine. Tu peux passer des heures à arriver en courant pour dire « les Allemands ont capturé Jean-Jacques !» puis disparaître pour laisser la scène se dérouler entre les personnages qui vont être émus par l’information, vont la digérer et prendre les décisions qui en découlent.

Et c’est vrai que sur une ou deux séquences, mon cher Anselme a pu avoir à se contenir à cette fonction. C’est là qu’il faut continuer à faire vivre le personnage, lui trouver les attitudes justes, le nourrir dans le silence, l’écoute. Ça reste du boulot d’acteur. Il est d’autant plus plaisant que tu sais que le réalisateur et les cadreurs viendront capter ici un regard, là une silhouette qui enrichiront le montage.

Mais sur l’ensemble de cette cession (et il y en a d’autres à venir pour moi dans cette saison), je me suis régalé à jouer de très belles scènes d’action dans lesquelles Anselme se révèle meneur d’hommes et d’autres, plus intimistes, où se glissent son humanité et ses failles. Pour un acteur, l’avantage de participer à une série comme celle-là, c’est de voir son personnage se développer dans la durée, évoluer, tout en ayant une part créative dans ce processus. On devinera le plaisir que j’ai eu à être confronté à pas mal de personnages historiques du village dont chacun sait qu’ils sont servis par des acteurs plutôt balaises.

Bref, impossible pendant ces quelques jours de penser à autre chose, complètement emporté, absorbé par cette historique fiction dans laquelle, plus qu’ailleurs peut-être, le sens du collectif transpire à chaque seconde.

Mais je ne terminerai pas cet article sans saluer un personnage clé de cette aventure : Figu, le cuistot de Grignols. Son accent chante la bonne gauche, celle du bon vin et de la bonne bouffe, des tapes dans le dos et de la blague généreuse. Le petit passage à la cantine, Figu aux fourneaux, Martine au service, cœur et ventre joliment nourris, c’est sans doute une des clés de la réussite de cette aventure.

Pour ne pas passer pour un gros fayot, je vais quand même me plaindre un peu. C’est quoi ce bordel de guêtres ?! Ok, c’est joli et ça finit bien le personnage. Je ferme ma gueule. En plus, c’est même pas moi qui les attache…

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7 commentaires pour Au Village, sans prétention.

  1. Samuel Marès dit :

    je me souvient d’un Lartigue qui n’arrivait pas à dire " Y a le feu chez Mespoulède". Après un longue descente au pas de course …

  2. serge barande dit :

    Pour la cantoche, Chabrol le Hibou aurait été très satisfait! Dommage que tu ne donnes pas de recettes… Pour les silences et le jeu d’acteur qu’ils doivent comprendre, aussi. Pour le bordel des guêtres, je suis moins certain. Ça fait plaisir, en tout cas, qu’on te sente t’éclater. Puis t’as beau temps, les nuits sont douces, les meilleures conditions sont là pour la zigouille! Je n’entends plus parler de poules… Certaines "actrices" manquent à la distribution!

  3. BB dit :

    Hé hé hé ! C’est exactement ça…

  4. Bernard Blancan dit :

    Ben, en jeu, la poule, c’est un peu limité…

  5. mano dit :

    on ne dira jamais assez combien la cantine sur un tournage est importante! Et le moment du repas en dit souvent long sur un tournage et sur l’ambiance du film. Petites tablées, grandes tablées, tables réservées ou tous mélangés… Le coeur d’un tournage bat dans les fourneaux de la cantine! Le plus difficile dans ce métier d’acteur, c’est sans doute ce travail que tu décris, être présent dans une scène sans en être le principal protagoniste, ne pas décrocher, continuer à être impliqué dans l’action sans attirer l’attention. Au théâtre c’est encore plus visible, on voit souvent des acteurs "s’éteindre" entre deux répliques, s’ils ne parlent pas, ils ne jouent pas. Peut être qu’il y a deux sortes d’acteurs, ceux qui veulent être vus et ceux qui veulent raconter une histoire et faire partie de l’aventure.

  6. Bernard Blancan dit :

    Tu as raison, les acteurs racontent aussi une histoire, au-delà de celle qui est écrite… 😉

  7. Lydie dit :

    … j’ai mauvaise réputation ! … surtout en n’enfilant pas soi-même les guêtres ! 😉

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