Vu la Chambre Bleue

Vu la Chambre Bleue

Il ne faut pas aller chercher du grand discours dans la Chambre Bleue de Mathieu Amalric. Juste du cinéma se fabriquant sur un polar un brin désuet de Simenon. Amalric choisit ici de s’amuser à faire du cinéma. Et il est doué. Il joue. Il excelle des deux côtés de la caméra et il nous sert, avec une intelligence et une justesse rares, toute une série de petits personnages.

Mise en scène magistrale. Les flash-backs liés aux souvenirs passés à la moulinette de la déposition policière sont traités avec une stylisation qui crée une étrangeté où le réel est déformé par le discours. À contrario, le présent est traité en flirtant avec un hyper-naturaliste qui témoigne du sens aigu de l’observation du réalisateur.

Je ne révèlerai rien de la fin, évidemment, mais dans ce dénouement psychologique un peu daté (Simenon), Amalric ne prend pas le spectateur pour un imbécile à qui il faudrait tout expliquer mais livre les clés à un ami complice. Du beau travail ! Et un immense plaisir partagé.

Mention spéciale à Laurent Poitrenaux qui endosse avec finesse et justesse les habits du juge d’instruction. Dès qu’on me montre des acteurs qui jouent, je perds en objectivité.

La French aux States…

La French aux States...

Des nouvelles de la French dans Le Film Français. La sortie du film de Cédric Jimenez aux USA en janvier. J’ai hâte de voir une projection. La sortie France, à vu de nez, c’est plutôt pour la fin de l’année.

Pour ce qui est du Village, tout s’est bien terminé pour ma pomme. J’ai quitté mon Anselme un peu énervé contre les milices de Pétain. Je n’ai pas eu à puiser très profond pour trouver un peu de justesse.

L’actualité politique récente ne m’aide pas trop à sortir du personnage. Je vais donc faire peut-être un stage de golf pour me détendre, prendre ma carte au Modem ou m’occuper de récolter une cagnotte pour l’UMP.

Non parce que, pour jouer, t’es obligé de t’immerger dans l’histoire dans laquelle évolue ton personnage. Une histoire historique pas très ancienne. Et je dois dire qu’entre les nazis, la milice et la police Françaises, en sortant du tournage, j’ai du mal à comprendre que le Front National devienne aujourd’hui le premier parti de France et que tant de gens mettent tous leurs espoirs dans cette idéologie. Pour le petit humain que je suis, on a beau faire semblant, on vit dans notre corps, avec nos sens, ce que furent les horreurs de ce temps. Le trait d’union temporel est, je dois dire, très éprouvant.

On sait bien aujourd’hui qui étaient les méchants et qui étaient les gentils. L’historien a passé le stabilo. Mais au moment où l’histoire se vivait, les résistants étaient des terroristes, les juifs des gens nuisibles, comme les roms, les communistes… vous voyez, ce genre de pensée qui colle des étiquettes « nuisibles », « à neutraliser », « à expulser » puis « à éliminer », sur des groupes d’humains, au nom de la protection des Français de souche. Ça vous rappelle rien ? Oui ben moi, si et ça me déprime un peu.

Un Village, saison VI, épisode 1

Thierry Godard, Martin Loizillon, Robin Renucci

Thierry Godard, Martin Loizillon, Robin Renucci

Ce n’est qu’un bout-à-bout de ce premier épisode que nous avons projeté hier. Pour un travail inachevé, je peux déjà vous dire que c’est un grand Village que vous allez voir encore. Quand une série démarre une nouvelle saison, le premier épisode est souvent nécessairement un peu lent. On y expose et installe  les situations, comme on chauffe un moteur. Cette année, les pneus vont crisser au démarrage. Les situations s’enchainent avec une force incroyable. Collé au siège, le spectateur ! Une trame narrative forte, de la vraie mise en scène, de beaux personnages complexes, une direction d’acteur incroyable.

Hier aussi, nous tournions deux séquences du sixième épisode. J’ai ramé comme un débutant, accrochant les mots. Heureusement que l’équipe est on ne peut plus bienveillante, sinon j’aurais inscrit cette page dans ce que j’appelle dans ce blog « les grands moments de solitude ». Quand ça accroche, mon esprit analytique qui décortique explique sans tactique les raisons de ces plantades. Par exemple, ici, dans une situation où, les armes à la main on va aller se frotter à ces enfoirés de miliciens de merde, je comprends mal que mon personnage puisse dire « il faut que j’appelle le délégué militaire régional pour qu’il nous envoie un préfet suppléant ». Dans cette situation, je dirais le délégué militaire, ou le DMR, ou le délégué régional. Sans compter que dans ma petite tête à béret, le délégué militaire régional, je vois même pas la tête qu’il a.

Lors du déjeuner, j’ai compris que, pour mon amie la script, en disant cela, je ne fais que rejeter sur l’extérieur la responsabilité de mes limites. J’ai médité.

Comme dirait Michel, le perchman, chacun porte sa part d’ombre. Sa part d’ombre. L’ombre de la perche. Putain, vous n’êtes pas vifs, ce matin !

Pour continuer avec mon esprit analytique, pour ma part, faire l’acteur, c’est comme faire le sourcier : se connecter au fil de l’intuition. Dès que le mental prend le dessus, c’est mort.

Bon, aujourd’hui, c’est le dernier jour d’Anselme pour le tournage de la première moitié de la saison. Vivement la reprise !

Je ne peux m’empêcher de me réjouir au passage de la disparition politique de Copé. Sur Facebook, il y a peu encore, je demandais si quelqu’un savait comment le faire taire. Ben, c’est fait !

Il n’est pas trop tard

Il n'est pas trop tard

Ben voilà. Ça y est. Ça commence enfin à parler un peu politique, sur Facebook. Il fallait le choc des photos, la gueule noire de la France par rapport à l’ensemble des pays européens. Hein ? Quoi ? Le FN ? Eh bé oui, la pensée xénophobe, homophobe, étriquée sur l’image du petit Français bien blanc, avec son béret, son papa qui travaille et sa maman qui fait le ménage (parce que, pour ces gens-là, la famille, c’est juste un havre de paix ou tout le monde obéit à l’autorité de papa), celle de Pétain, qu’on a déjà oubliée et, vous allez voir, qu’on va finir très vite par réhabiliter : il a pas fait que du mauvais… La pensée de la peur des autres, de la vie, de ce qui bouge et ne pense pas pareil.

Comment on en est arrivé là ? Ben en mettant Chirac, puis Sarko, puis Hollande (demain, ça sera "Marine"). Chirac qui a signé le traité européen alors qu’on avait voté non. Sarko qui a chaque phrase montait les uns contre les autres tout en vidant joyeusement les caisses avec une belle vulgarité. Hollande qui l’avoue lui-même a été élu par défaut et dont la seule vision politique myope s’arrête aux courbes du chômage et à celle de la croissance. Pauvre petit comptable du libéralisme mondial. Bon, il n’est pas aidé par une opposition qui dès la première minute de son élection a systématiquement balancé des « amateur », « incompétent » et tout un vocabulaire destiné à systématiquement décrédibiliser le pouvoir. Ben, ils y sont arrivés. Et comme ce sont des pourris, que chaque jour dévoile que ce sont des escrocs qui s’en sont mis plein les fouilles, des tricheurs et des menteurs, le petit électeur émotionnel (puisque qu’on attise la partie émotionnelle de son cerveau imbibé de téléréalité, de football et de publicité), il se dit qu’il n’y a plus que le FN. Parce qu’il a pas bien compris ce que c’est, le FN. Il a la mémoire bouffée, les neurones dans le portable.

Petits socialistes opportunistes qui espérez pour 2017 un scénario à la 2002, façon Jospin, mais avec un face à face Hollande/Lepen, petits stratèges à la noix, j’espère juste que vous avez au moins compris que c’est mort, votre histoire. Si vous continuez comme vous faites, vous ouvrez les portes de l’Élysée à la pensée la plus bête. Et après ça, ce sera la guerre civile. Parce qu’ils vont finir par comprendre ce que c’est le FN, les Français, quand ils les auront mis au pouvoir. Création de beaucoup d’emplois de policiers, créations de milices pour les loisirs, fin du cinéma, de la culture, de l’art, harcèlement et violences sur tous ceux qui sont différents ou qui s’opposent. C’est ça, le FN. Et tous les connards qui auront voté pour eux, les autres connards qui ne seront pas allés voter, un jour, ils verront que ce qui est arrivé au cousin, au frère, au voisin, c’est pas très bien. Et ils s’énerveront encore. Parce que oui, le Français, il ne pense pas à plus d’un jour. Il ne sait pas analyser, extrapoler, envisager. Tous pourris ? Vlan, je vote FN ! Gnééééé. Et quand le FN fera sa grosse merde au pouvoir il dira gnéééé, c’est pas bien ! Et il prendra le fusil comme on va à la chasse.

 

De l’espoir !

De l'espoir !

Ça y est ! Voté.

Pas facile de glisser un bulletin dans l’enveloppe. Ça accroche sur les bords. Ça n’a pas envie d’entrer.

Au XIXème siècle, ils avaient la chance de pouvoir s’interroger encore sur un modèle économique et social. Capitalisme ? Socialisme ? Aujourd’hui, la politique n’a plus que son impuissance à montrer. Le monde est géré par le commerce et la finance, administré par des technocrates, nos élus sont des professionnels, petits comptables sociaux du système qui vont mettre un peu plus de rose ici, du vert là, du bleu partout. Les seuls partis qui s’en sortent sont ceux qui s’affichent comme les gestionnaires assumés de la grosse machine à pognon et ceux qui font croire en une révolution nationaliste qui va couper le pays de l’emprise de l’extérieur.

C’est trop tard, les gars ! Maintenant, ce sont bien les marchands qui nous gouvernent. Nous ne sommes plus des électeurs mais des consommateurs. Nos démocraties ont été confisquées par les extracteurs de gaz et de pétrole et les fabricants de bouffe, les vendeurs d’eau, les pros du marketing, les marques, les armes…

Sans doute vous semblé-je un brin maussade. Non, non, je garde espoir. L’espoir il est sans doute dans la multiplication des microformes alternatives qui voient le jour un peu partout. Ces expériences solidaires qui inventent d’autres modes d’échange. Ceux qui s’engagent dans ces voies ont souvent les allures de babas cools néo ruraux, de marginaux qui devraient changer de coiffeur et prendre des pantalons à leur taille. Peu importe. Sans doute est-ce sur ce sentier qu’un monde nouveau est en train de s’inventer, où le collectif reprend du sens, où l’individu a sa place, où l’on préfère les courbes des filles à celle du chômage, où l’Homme retrouve sa place d’Homme.

Quand la machine à fric a étendu partout ses tentacules, se glissant par tous les interstices de l’État et donc dans l’organisation de la collectivité, dans les yeux, les oreilles et la tête des gens, c’est à l’échelle de l’individu et de son entourage proche que les possibles sont en train de germer. Et j’adore voir pousser les graines. La force de vie est impressionnante quand on se donne la peine de l’observer.

Vieille donne

Vieille donne

Dimanche, je vais voter pour les européennes. Un petit sondage BB voit apparaître l’influence d’un nouveau parti de gauche : Nouvelle Donne. Dans le milieu du cinoche, on entend souvent, ces derniers temps Tu vas voter pour qui aux européennes, toi ? Heu… t’as entendu parler de Nouvelle Donne ? Forcément, avec Hollande comme président, comment se dire socialiste. Mélenchon au Front de Gauche…

Je suis allé voir sur leur site. Celui de Nouvelle Donne. D’abord atterré par la nullité de leurs clips de campagne numérique, je n’ai fait que lire des trucs vaguement réformistes, ultra-timides, socio-démocrates, d’une gauche bien pensante qui ne fait pas de vagues. Une gauche très révélatrice de l’évolution de nos mentalités mondialisées, plus anti-communistes qu’anticapitalistes, prônant juste un rafistolage plus juste du modèle actuel. On se réfère au Danemark.

Les visions révolutionnaires ont presque totalement disparu de l’échiquier politique. Parce qu’aujourd’hui, penser révolution, pour le Français bien pensant, ça signifie penser dictature, privation de libertés, autorité.

Reviendra-t-il un jour où, libérés de la pensée Google, affranchis de la désinformation, nous serons capables d’engendrer des idées nouvelles, d’imaginer un autre type d’économie, de société, plus centré sur l’aliénation à la consommation ? Le marxisme avait en son temps rempli cette fonction. Aujourd’hui, c’est un gros mot.

Je fais partie de ces dinosaures qui pensent qu’on a tort de jeter le bébé (les idées) avec l’eau du bain (les goulags de l’URSS).

Voix-off

Voix-off

Cet après-midi, je faisais dans la voix-off de documentaire. C’était pour un film de Philippe Laïk pour qui j’avais tourné dans Le voyage de la veuve. Cette fois-ci, il s’agissait de conter l’histoire de footballeurs internationaux qui avaient quitté la France pour monter une équipe FLN pendant la guerre d’Algérie. C’est le côté Martinez de la force qui se réveillait.

A propos de Martinez, c’est le festival de Cannes, tiens.

La dernière fois que j’ai monté  les marches, c’était pour Hors la loi, en 2010.

 

Voix-off

Ne me cherchez pas sur la photo. Mec-off.

J’aurais pu y retourner, hier, pour voir le film du copain Laurent-Bécue-Renard, Off men and war, en sélection officielle. Mais le hasard a voulu que ce jour-là, je fasse plutôt l’acteur au travail. Son direct.

C’était sans doute davantage ma place.

Heureux villageois

Heureux villageois

Au Village Français, je profite des décors pour réviser les chansons du temps des fachos. Ça pourrait resservir. Maréchal, nous voilà…

Aujourd’hui, nous avons tourné une scène majeure de la saison. C’était pour moi une séquences des plus difficiles et des plus réjouissantes que j’ai eue à jouer (merci Fred !). Pas que dans le Village. Il ne s’agissait pas de se planter, de se vautrer. Et c’est là que tu vois quand t’as un réalisateur en face. En une phrase, il m’a mis sur les rails. Car oui, on a beau avoir beaucoup tourné, atteindre un âge respectable, on n’en est pas moins prompt à s’égarer, à ne pas trouver la bonne voie. Merci Jean-Philippe Amar !

L’ensemble ne s’est pas fait en une prise. Il a fallu y retourner encore et encore pour avoir le tout. Heureusement que ce n’est pas un boulot facile, sinon on s’ennuierait tous. Au final, si cette séquence ne vous fait pas pleurer (pas du seul fait d’Anselme, évidemment), je me remets au macramé. Mais une chose m’a rassuré définitivement : le perchman m’a dit « j’aime beaucoup ce que vous faites ».

La semaine prochaine, ce sont les deux derniers jours pour moi dans cette demi-saison. On y retourne en septembre pour la seconde moitié.

J’ai sans doute l’air de fayoter quand j’écris sur le Village. C’est juste que je suis heureux sur ce tournage, dans ce rôle, avec cette équipe. Quand je le suis moins, ce n’est pas écrit dans le blog. Pas question de faire croire, pas plus que de cracher dans la soupe. Plutôt se taire. C’est le parti que j’ai pris depuis longtemps. Bon, ok, de toute façon j’aime trop mon boulot pour ne pas y prendre du plaisir.