True Détective

True Détective

Contrairement à bon nombre de mes congénères, je ne suis pas série-addict. On me parle souvent de telle ou telle série absolument géniale, à laquelle les copains cinéastes sont accros. Il a fallu que je tourne dans le Village Français pour le regarder. Avant ça, rien. Pas de série.

Lisant ici ou là quelques articles sur True Detective, la dernière série de HBO qui démarre en France sur le câble aujourd’hui-même, j’ai acheté de DVD et commencé à la regarder avant tout le monde, cette fois. Et je n’ai pas été déçu.

Une série policière avec deux anciens flics en interrogatoire (du mauvais côté), des flash-backs, des plans séquences, de la voix-off, une intrigue qui met trois épisodes à se développer quand dans n’importe quelle série Française elle aurait occupé la moitié d’un seul, un dialogue dans lequel par exemple les personnages dissertent pendant 5 minutes sur la religion, il fallait oser. À vrai dire, on ne sait plus très bien si on est au cinéma ou à la télévision.

Pour moi, c’est la gestion du temps qui est remarquables. Ici, on le prend. Pourquoi filmer forcément des acteurs en train de débiter leur texte et couper dès que c’est fait ? C’est un des drames d’une partie de la télé-française, quand le rythme est dicté par l’angoisse que le spectateur s’ennuie et zappe pour une autre chaîne. Ben, dans True Détective, on joue à l’inverse. Et toi, spectateur, t’es hypnotisé, attaché à ton siège.

Mais la très grande réussite de la série repose avant tout sur le jeu des acteurs. Si Woody Harrelson excelle en macho de base, Matthew McConaughey surpasse tout. Un sommet du jeu minimaliste au service d’un personnage complètement déglingué. Une présence obsédante qui vous aspire. Quoi, vous ne connaissez pas Matthieu McConaughey ? C’est l’Oscar du meilleur acteur 2014.

Oui, le jeu d’acteur… Je peux voir n’importe quelle daube. Si les acteurs jouent bien, je reste. Je suis preneur. La vie passe par eux. L’écriture d'un scénario ne touche qu’une partie du cerveau si elle n’est pas magistralement incarnée par des acteurs. La vie qu’elle raconte, qu’elle contient, passe par eux.

McCaunaughey, je ne le connaissais même pas. Vous savez, moi, les Oscars, le cinéma américain, je suis un sacré ringard sur le sujet. Mais on s’en fout qu’il soit connu ou pas. Ce qui compte, c’est qu’il nous scotche, qu’il habite chaque plan.

Messieurs les diffuseurs, distributeurs, patrons des chaînes qui financez le cinéma, un jour peut-être comprendrez-vous que les acteurs ne sont pas des noms de marques de yaourts destinés à faire venir le spectateur mais des mecs qui ont ou pas le talent d’incarner fortement des personnages. Ce jour-là, il y a quelques bankables qui seront à la retraite et le cinéma s’en portera peut-être mieux. Vous ne pensez pas ? (ça c’est le côté Blancan énervé qui se réveille).

Ce que je retiens aussi de True Détective, c’est que la télé est capable de surpasser le cinéma en terme artistique. Les acteurs n’hésitent plus à passer de l’un à l’autre. Et ils ont bien raison.

Pour en revenir à ma pomme, puisqu’après tout on est sur mon blog, je connais ma chance d’être dans Un Village Français où des auteurs écrivent votre personnage en vous connaissant, lui donnent le temps de se développer et la place d’y faire enfin votre métier. En jouant, vous contribuez à l’écriture de la suite.

Pour en finir, True Détective, c’est la preuve qu’on peut déplacer les codes, casser le rythme effréné défini par des professionnel du marketing et redonner un place au travail d’acteur là où il n’était plus qu’un défilé de noms « connus », pauvres pantins, hommes sandwichs.  Vive le cinéma. Vive la télé. Vive les acteurs !

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8 commentaires pour True Détective

  1. hetre dit :

    Et il ne faut pas oublier : "que vivent les intermittents !"

  2. Bernard Blancan dit :

    Bravo !

  3. Samuel Mares dit :

    Sur Sundance channel il y a de bonne séries je trouve. Je pense à Rectify et dernièrement Red road.

  4. Bernard Blancan dit :

    Oui ben, j’ai jamais regardé et je ne tiens pas à toutes me les faire… C’était une expérience.

  5. Andrieu dit :

    Cher Bernard, tu a 100 fois raison. Les très bonnes séries US, il y en a peu. Et a folie des super héros petits ou grands à poussé acteurs et metteurs en scène à aller dans le monde des séries avec des ambitions d’artistes

  6. serge barande dit :

    J’aime bien quelques-unes des séries qui passent, pas trop bouses. L’emmerdement c’est que ça me coince trop, faut être devant quoi parce qu’après jamais je regarde ça sur internet en replay. Ça me coince trop aussi. L’astuce… acheter les DVD. Mais après, t’as 8 heures de série à t’enquiller. Hé bé ça coince aussi! C’est la merde ! Mais bien d’accord que même lorsqu’une bonne grosse daube passe, s’il y a un ou une acteur(trice) qui dégage à fond, ben je me la tape la daube en question. Car je trouve chouette de le-la voir jouer. D’où le fait que les dessins animés et moi….. bof! Je file, Ciao! J’sais plus où ni quand, mais bientôt y a un film avec serge riaboukine et gamblin, je crois…

  7. Bernard Blancan dit :

    Ben voilà !

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