Là, je m’écrase…

Là, je m'écrase...

La salle était pleine. Un film Turc de 3 heures 18. Bon, palme d’or, quand même, le film. Je parle de Winter Sleep, vous l’aviez compris. Tous ceux qui m’en ont parlé évoquaient un chef-d’œuvre, un film magnifique, remarquablement dialogué. Vous me connaissez un peu. Devant tant d’enthousiasme partagé, j’y suis allé avec la plus grande méfiance. D’autant que je n’avais pas vraiment aimé son film précédent, Il était une fois en Anatolie. Je me méfiais de ce Nuri Bilge Ceylan que je prenais un peu pour un faiseur possiblement prétentieux et complaisant (c’est celui qui le dit qui l’est…).

Si je n’ai pas été bouleversé comme je peux l’être avec des films qui m’ont davantage surpris, plus vifs, plus jubilatoires, plus radicaux, je dois admettre que c’est une réussite parfaite. Très belle image, en effet. Excellente mise-en-scène. Dialogues remarquables (merci Tchekhov, puisqu’il s’agit de l’adaptation de plusieurs nouvelles). Et en effet, le film est d’une noirceur incroyable, de celle, lucide et désespérée qui ne renonce pas à l’humour et à la distance. Le film prend le temps de cette littérature du XIXème qui prend plaisir à décortiquer l’âme humaine, en mettre à jour tous ses travers, toutes ses lâchetés et ses compromissions. On vous étale l’envers du décor hypocrite et narcissique, noyé d’une profonde solitude des jeux sociaux, des relations humaines, au sein de la petite bourgeoisie intellectuelle et artistique. Un vrai miroir à bobos ! Ça fait un bien fou d’entendre et de voir dénoncés nos travers. Et si tout le monde aime, si Cannes l’a primé, ça me rassure sur notre collectivité. Au moins, personne n’est dupe de notre condition et de la médiocrité dans laquelle elle baigne.

Si le réalisateur explore cette lucidité cynique et désespérée qui fait les misanthropes, on sent bien qu’il ne s’en exclut pas. Il en délivre un message simple à destination de ceux qui portent ce regard sur l’autre : Voyez votre propre médiocrité, ne vous focalisez pas sur celle des autres. Ne luttez pas contre l’aveuglement. Il protège. Bon, j’extrapole un peu, là. En tout cas, ce film est un régal intellectuel avec quelques scènes époustouflantes. Je vous raconte pas celle du cheval.

Le personnage central est un acteur raté, 55 ans, qui passe beaucoup de temps sur son ordinateur à écrire sa vision sociale du monde qui l’entoure, pour un petit journal. Petit exercice narcissique qui lui vaut l’admiration de quelques-uns. Ça m’a rappelé, comment il s’appelle, déjà, cet acteur qui tient un blog, là…

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Un commentaire pour Là, je m’écrase…

  1. Lydie dit :

    Attends oui… son nom va me revenir… Alors, d’abord, c’est sûr, c’est pas toi, parce que tu approches plutôt des 56 ans ! Et puis parce que tu n’es pas un acteur raté mais un pluriel, un polyvalent de la vie. Ah j’oubliais, "narcissique", oui, bon, je te l’accorde mais "l’admiration" eh oh faut pas exagérer ! 😉

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