À cause de la convention collective ? Témoignage

À cause de la convention collective ? Témoignage

À cause de la convention collective du cinéma, j’ai raté trois tournages cet été. Je pourrais résumer les choses ainsi. Mais ça ne sera pas le cas.

Trois films a petit budget. Dans l’un, j’avais initialement un rôle très secondaire de gendarme. Le budget étant ce qu’il était, il a fallu tailler dans le scénario. Du coup, mon petit personnage secondaire est devenu tertiaire et a été confié à un comédien du cru.

Pour un autre film qui se tournait dans le Sud-Ouest, j’avais un beau personnage, le père d’un des personnages principaux, avec de belles scènes. Même histoire : le financement peine à se mettre en place, les chaînes se dégonflent et, là aussi, le réalisateur doit tailler dans le scénario. Plus de père. Un film qui se retrouve avec un tout petit budget.

Première remarque : Si un film ne peut se tourner tel qu’il avait été imaginé, est-ce la faute de la convention collective ou de la timidité des financeurs ? Je coche la case B.

Deuxième remarque : si un réalisateur consent à faire un film raboté, est-ce que c’est encore un film ? Si le réalisateur consent à faire ce film, c’est que ça reste un film. Sinon, il renoncerait sous peine de perdre son âme. Donc, un film se fait avec la convention collective, avec un recentrage sur les personnages principaux. Je n’ai rien contre. Même si dans les deux cas j’en fais les frais. L’existence d’un film est plus importante à mes yeux que ma petite gueule d’acteur.

Pour le troisième film, c’est pas compliqué. Il n’a pas eu l’avance sur recettes. Il devra repasser à une prochaine session. Ça restera un film à petit budget, mais il faut un minimum tout de même pour faire un film.

La semaine prochaine, en revanche, je vais jouer gratos (en participation) pour un projet très original qui choisit de se faire avec un minimum d’argent. Genre tournage à la GoPro (mini caméra). C’est un copain coproducteur qui me demande si je suis d’accord. Et bien sûr que je suis d’accord. Il y aura un contrat de participation réglo. Comme pour tous les techniciens et tous les acteurs. Chacun s’engage parce qu’il est copain avec tel ou tel, pour le fun, parce que c’est un projet original, qui se tourne avec du matériel technique non conventionnel, que le film n’entre pas dans les cases. Si je m’étais retrouvé avec un film plus classique, finançable, monté par des gens que je ne connais pas, j’aurais refusé. On peut défendre à la fois la convention collective et les projets à l’arrach’ (qui existeront toujours, évidemment).

Le positionnement autour de la convention collective est idéologique. Il ressemble d'ailleurs beaucoup à ces deux années de gouvernement socialiste et au clivage qui en ressort. Pour moi, l'extension était un préalable (même s'il faut sans doute retoucher ce qui a été mis en place). À partir de là, sont mis à jour tous les autres problèmes qui touchent le cinéma, du financement, à la distribution, en passant par les questions artistiques. Le choix des priorités raconte toujours une certaine vision du monde.

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Un commentaire pour À cause de la convention collective ? Témoignage

  1. paris annie dit :

    Savoir à qui on donne…

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