Je pars tourner

Je pars tourner

Tu pars de chez toi avec une heure d’avance par rapport à celle du train. Un sac à dos. Une sacoche pour l'odinateur. Tu prends le 61. Tu as le temps de t’en cramer une avant le départ. Tu fais bien, parce qu’après, c’est parti pour plus de quatre heures. Dans le train, ta place est prise par une femme encombrée de multiples sacs, le téléphone à la main, l’écouteur à l’oreille. Elle va t’emmerder. Alors tu repères une place libre en solo. En solo, c’est mieux. Tu y déménages. Tu apprends ton rôle pour demain. En fait, tu le sais déjà puisque tu n’as que deux phrases. Alors tu en profites pour apprendre tout le texte, celui des prochains jours. Ça sera fait. En train, il faut savoir rentabiliser. Tu as porté un bouquin qu’on t’a prêté. Tu le lis en diagonale. Ce n’est pas un roman. Et puis tu dors. Ça sert à ça le train, aussi. Quand tu as dormi, tu sors ton casque et tu le branches à ton iPhone 6. Ton objectif : désaimer Wich you where here. Ça suffit l’adolescence ! Tu prends un second bouquin. De la philo facile. Tu as entendu Markus Gabriel à la radio et t’as voulu lire. Pourquoi le monde n’existe pas. C’est agréable. C’était donc ça. Tu es philosophe, toi aussi. Tu vas au bar. Tu as oublié de retirer du fric. Tu vas faire une carte. Mais ces cons, ils ont augmenté le montant minimum de paiement par carte. Alors tu prends une merde en plus pour y arriver. Fatalement, le temps finit bien par passer et la gare de Narbonne par arriver. La régie est là. Le stedycamer était dans le même train. Voiture jusqu’à Carcassonne. Tu es monté derrière. Tu reçois un coup de fil. Un des films qui avait été reporté cet été va se faire. Il a eu le CNC. Tu es content. Le stedycamer téléphone. Il parle de parallaxe.  T’y comprends rien de toute façon. Alors tu regardes le paysage, puis le ciel. Il y a de beaux nuages. Tu les photographies. On te dépose à l’hôtel. Tu as connu mieux. Mais bon, t’as un petit rôle. Tu vois que le joli nuage est en train de noircir et de clignoter de tous côtés. Tu dois aller manger vite, sinon tu vas te prendre une saucée en rentrant du restau. Tu poses ton sac à dos et ta sacoche, tu enlèves ton petit pull. Il fait doux, ici. Tu files vers la cité. Elle est toujours belle. À peine franchie la porte, tu dois trouver un restau, vite. Dans une ruelle à ta gauche, les cris d’un groupe de Japonais t’indiquent la bonne direction. Une place. Le Ménestrel ? Le Trouvère ? On s’en fout. Manger avant l’orage. De toute façon, c’est le même prix. Vous parlez français ? Heu, oui. Tu as de la chance. Les restaus à touriste te servent à toute berzingue. Même pas le temps d’en cramer une entre deux plats. Tu ingurgites ton repas honnête et tu cours payer au comptoir. Allez, zou, retour à l’hôtel ! Tu vas croiser une régisseuse qui va te donner ta feuille de service et te proposer de te conduire à la cité pour manger. C’est déjà fait. Tu remontes dans ta chambre. Tu allumes la télé. Tu ne la regardes pas chez toi mais tu crois toujours que tu pourrais avoir la chance de tomber sur une bonne émission ou un beau film. Ça ne sera pas le cas. De toute façon, cette putain de télécommande qui ne fonctionne qu’à 15cm de l’écran, ça te donne pas envie. Tu as juste eu le temps de voir le collègue avec qui tu vas tourner demain dans une bande annonce. Alors tu éteins le téléviseur. Tu regardes la feuille de service. Tu fais ton blog. Il pleut. Ça te rassure. Tu as bien fait de manger tôt. Tu vas lire. Tu vas aimer lire avec ce bruit de pluie et de tonnerre. Demain, on vient te chercher à 07:20.

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16 commentaires pour Je pars tourner

  1. Samuel Mares dit :

    Comme dirait l’autre, celui qui se prend pour un homme de gauche, J’AIME CET ARTICLE…

  2. LN dit :

    Gaffe au tsunami, dans la region, ça le fait depuis quelques jours…( mais surtout à Montpellier) 😦 Dans le Sud, en ce moment, il ne faut pas oublier le parapluie! Joli passage dans le train, pour tromper l’ennui…

  3. LN dit :

    J’oubliais….Jolis nuages aussi !! 😉

  4. Lydie dit :

    Carcassonne ? quelle chance ! une beauté.

  5. Lydie dit :

    Des textes comme ça, c’est vraiment super… on a l’impression d’être une caméra sur ton épaule ! 🙂

  6. Je suis une Go Pro…

  7. marianne dit :

    Wahou! Quelle écriture! Simple et limpide, sans détour, une voix se fait entendre, une plume glisse sous ce jour d’automne, comme ce ciel d’or et d’argent. Sublime!

  8. Anna dit :

    Oui, belle écriture. Un peu comme si on avait transformé le vouvoiement de "la modification" en tutoiement, pour un autre voyage… Et ces nuages! "Eh! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger? – J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages!"

  9. serge barande dit :

    Ici aussi ce matin, y avait de jolis nuages sombres. Lever 8h00. Ai commandé des moules chez le marchand d’huîtres. Arrivé à lui, n’en a pas. Chit ! Course aux moules. Un magasin, puis deux… puis trois… Pour Rien. N’en ont pas, c’est le début des St-Jacques, désolé. Passé par hasard devant le marché de Cadaujac. Du monde. Des étals. Peu ordinaires d’ailleurs pour un dimanche. Une fête turque. Des gamines dansent folklo sous l’œil de la police municipale, entre autres. Du monde, partout. Hommes vêtus d’habits de chasse, en retour de tartarinisme dominical (bredouilles, j’espère !). Là… un poissonnier. A gauche de l’étal… Des moules !!! Pris 2 kg. Rentré chez mes enfants. Couper finement du jambon Serano. Ciseler des échalotes et du persil frais. Faire suer dans trois cuillers à soupes d’huile d’olive. Gros sel, 5 baies, piment doux, piment d’Espelette, vin blanc sec, crème épaisse, 3 feuilles de laurier. Jeter les moules après les avoir bien laver et nettoyer. Touiller, touiller, touiller. C’était bon ! Mais putain pour pouvoir en bouffer, j’ai tourné !

  10. Bernard Blancan dit :

    Merci, Marianne 😉

  11. Bernard Blancan dit :

    Regarder le ciel, ça inspire toujours un peu…

  12. Bernard Blancan dit :

    T’as juste oublié Balou : "je rentre dans la voiture. Une odeur me saute au narines. Putain de Balou. Et oui, il m’a chié un pendule…"

  13. Lydie dit :

    … et vlan, la poésie par-terre ! 😉

  14. Lydie dit :

    … Je parle pour BB qui dit du mal de Balou hein, parce la cuisine est un art poétique. Et j’ajouterai même plus nourrissant que les nuages qui savent amplement rassasier les yeux, l’esprit mais bon, la barbe-à papa, c’est un peu léger ! 😉

  15. Bernard Blancan dit :

    Toi, t’as envie de te faire inviter par Serge…

  16. Lydie dit :

    Ah ben non… y’aurait comme une sorte d’incompatibilité "boissonneuse" ! Tu oublies que si j’en trouvais une dans le Sud Ouest (j’ai cherché, j’ai pas trouvé !!)… je ferais partie d’une ligue anti-alcooliques ! 😉 http://www.ina.fr/video/I05057828

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