Of men and war. Le film à voir !

Of men and war. Le film à voir !

Of men and war sort au cinéma Le Panthéon ce mercredi. Il s’agit d’un documentaire de Laurent Bécue-Renard qui avait eu les honneurs d’une sélection au dernier festival de Cannes. De quoi s’agit-il ? Du témoignage de soldats Américains en thérapie post guerre. Encore un tract anti-américain ? Désolé, ce n’est pas le sujet. Il ne s’agit pas dans ce film de juger les actes d’un pays mais de s’approcher des hommes qui ont fait la guerre et racontent leur colère du passage du monde des vivants à celui qui génère la mort. Et de leur impossible retour au premier, celui de la vie.

Jamais une fiction sur la guerre n’était parvenue à nous faire accéder aussi justement à cette dimension. On parle du pourquoi la guerre, on la justifie ici, la dénonce là. Les considérations sur le sujet sont toujours collectives, sociétales. La guerre c’est pas bien, si l’on est pacifiste. Les Américains sont des impérialistes, si l’on est politisé. Mais dans ce film, Laurent Bécue-Renard déplace le regard : un état, une nation, une coalition décident d’entrer en guerre pour le bien de la collectivité qu’il représentent. Peu importe la guerre. Peu importe la période dans laquelle elle s’inscrit, peut importe les nations concernées. À partir du moment où la collectivité décide la guerre, des individus de cette société dans laquelle tuer est puni entrent dans une nouvelle norme : il faut tuer, voir mourir ses proches et échapper soi-même à la mort. Voilà la nouvelle norme pour des êtres humains civilisés dont la conscience a été balisée depuis l’enfance par des règles pacifistes et humanistes. C’est la construction psychique de ces hommes qui s’en trouve totalement modifiée. Ils ne sont désormais plus eux-mêmes, mais des machines à tuer, des humains armés, confrontés au sang des leurs et des autres. Une fois la guerre terminée, il n’est plus question pour eux de résoudre le moindre problème à la cartouche. Il faut revenir dans le monde où l’on ne tue pas, où l’on a une famille, où l’on doit éduquer ses propres enfants, celui où la mort est rare, accidentelle ou provoquée par la maladie. Il leur faut alors reconstruire un nouveau soi-même. Renaître. Différent de ceux qu’ils étaient avant de partir faire la guerre.

Et nous qui n’avons pas connu la guerre, nous portons une part de cette horreur. Celle de nos ancêtres qu’on a voués au silence ou aux commémorations à fanfares et drapeaux, devant des monuments aux morts. Celle des justifications des guerres en cours dont les images qui nous parviennent sont déshumanisées, jeuvidéoteasées, avec les gentils et les méchants. On en oublie que ce sont nos semblables qui tuent et baignent dans le sang.

Voilà ce que nous racontent ces jeunes anciens soldats qui tentent de redevenir des hommes. Voilà le regard que nous propose Laurent Bécue-Renard avec ce film essentiel, extrêmement novateur, extrêmement intelligent, extrêmement pudique et sensible, extrêmement respectueux de la parole de ces hommes, de leurs silences et de l’intelligence supposée du spectateur.  Si le sujet est fort, il ne suffirait sans doute pas à faire un film de cinéma sans le talent du réalisateur, la qualité des images, le travail minutieux du son et de la musique, l’intelligence du montage. Bref, Of men and war est un film essentiel. Un film sur la vie, pour la vie, pour celle de nos enfants. Un film qui pense et fait penser. Un film qui vous bouleverse, vous nourrit et vous change.

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8 commentaires pour Of men and war. Le film à voir !

  1. Lydie dit :

    La bande-annonce est magnifique, sobre et forte. Elle est à peine finie que je me dis Il faut que je vois ce documentaire. Mais quand ?

  2. Bernard Blancan dit :

    Pour l’heure, il est à Paris, mais il fera aussi le tour de France. Ville après ville. À guetter, donc !

  3. Lydie dit :

    Yep, je guette alors… un oeil sur The pigeons, un oeil sur The men ! (je laisse The war de côté) 😉

  4. Lydie dit :

    … je précise que je guette les palombes pour leur dire de s’enfuir, hein !!

  5. Bernard Blancan dit :

    Ici, j’ai vu passer des oies, hier.

  6. Lydie dit :

    Si elles allaient vers le nord, c’est bon signe… 😉

  7. Bernard Blancan dit :

    Non, par habitude, elles allaient vers le sud. Mais elles vont vite faire demi-tour.

  8. Lydie dit :

    Les habitudes, les habitudes, ah la la, et la fantaisie ? Les oies n’ont décidément aucun goût pour la fantaisie ! Bon, qu’elle fassent très vite alors, disons juste un petit aller-retour… Parce que j’aime pas la neige sous les roues !

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