Choix…

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Je me bats entre un projet de documentaire sur la politique et un projet de roman. Le dernier, je le sens bien. J’ai la structure, les personnages, le titre, le début, la fin. Je n’ai plu qu’à y aller. Pour le docu, c’est plus compliqué. Il nécessite beaucoup de travail. Et la question est de savoir si j’ai envie de le faire.

Hier, par exemple, j’écoutais une émission sur l’école et le système de notation. Des spécialistes estimaient que les notes étaient discriminatoires, ne servaient qu’à valoriser ceux qui n’en ont pas besoin et à enterrer les plus faibles. C’est une évidence. Le meilleur moyen d’éduquer consiste à accompagner chacun. Mais bon, ce sont des mots qui vont à l’encontre de la pensée dominante : il faut des repères, des échelles de valeur, situer et se situer par rapport aux autres. Quand on étudie la question, les réponses vont toujours à l’encontre de ce que pensent les gens. Pour la plupart, rien ne vaut les bonnes vieilles méthodes avec le maître sévère, l’ordre et la discipline. On sait pourtant que ça fabrique une classe dominante et une classe soumise. Mais dans l’ordre. La pensée humaniste, égalitaire n’est plus en vogue du tout.

Alors, si je fais un docu sur la politique, tel que je l’imagine, ce qu’il en ressortirait vraisemblablement, c’est que notre système politique est moribond, peu démocratique, asservi au dictat d’une économie qui n’est en fait que l’application chiffrée d’une idéologie, elle-même dissimilée sous un masque de fatalité comptable. S’ajoute à cela la vison à court-terme imposée par le filtre médiatique, lui-même fonctionnant sur un schéma mercantile (audimat et de parts de marché). La pensée est noyée dans l’émotionnel. La question n’est pas d’informer, mais de vendre des émotions : peurs ou illusions. Quand tu dis ça, tu passes pour un dépressif.

Même si, pour certains d’entre nous, ces données sont une évidence, les réponses du plus grand nombre nous font avancer vers un système politique encore plus étriqué, injuste, autoritaire, excluant ce qui pose problème plutôt que d’œuvrer pour le vivre ensemble. Bref, les pistes concrètes pour 2017, c’est l’UMP ou le FN.

Forcément, je me pose la question du pourquoi faire un documentaire à contre courant, qui peinera à trouver du financement, demandera une énergie folle et dont je sais à l’avance qu’il ne changera rien. Tout juste conforterait-il ceux qui pensent comme moi et me positionnerait-il comme trublion rêveur aux yeux des autres.

Au moins, dans le roman, ma vision passera-t-elle l’air de rien, au gré de tel paragraphe, dans les mots de tel personnage. Le tout s’inscrivant dans le champ de la distraction, du plaisir et du jeu, du potentiellement vendable.

Telles sont les pauvres considérations qui m’habitent aujourd’hui. Et en ayant écrit cet article, il semble couler de source que, pour m’exprimer, je dois passer par des choses moins sérieuses qu’un docu militant.

D’ailleurs, quand je fais des articles « sérieux », ils sont moins likés… 😉

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19 commentaires pour Choix…

  1. claude dit :

    C’est simple, le choix : ou tu fais de la politique et tu te présentes aux prochaines législatives, voire à la présidentielle ; ou tu ponds du roman. Mais les deux, ça ne marche pas. Giscard a essayé (le roman) !… Mais surtout, surtout, tu ne donnes pas de réponses (dans le roman). Tu laisses flotter languissamment les questions sur fond de constat. Comme en politique, quoi. En fait, roman et politique, c’est la même chose (c’est pourquoi le choix te paraît difficile). Sauf que dans le roman, la langue de bois est interdite, et qu’en politique, c’est l’imagination qui l’est.

    • Blog Blancan dit :

      Bon… éh bé, on va pondre, alors… 😉

    • Iris dit :

      ah ben, j’ai tout faux alors :/ … je suggérais à Bernard de concilier les deux si, toutefois, le roman s’y prêtait, mais vu sous cet angle … Vaut-il mieux, donc, laisser flotter les questions ou faire semblant d’y répondre ? Mais si dans le roman, la langue de bois et interdite et l’imagination essentielle, pourquoi laisser flotter languissamment ?

      • Blog Blancan dit :

        C’est vrai que dans le roman, on peut, l’air de rien, dire sans asséner. C’est le lecteur qui taille sa route et prend ce qu’il veut. Mais je n’ai pas encore tout à fait renoncé au docu. Si j’arrive à lui trouver une forme qui m’amuse 😉

  2. LN dit :

    Paroles, paroles……comme chantait je ne sais plus qui….
    Bon, au moins, je suis rassurée , tes yeux ont repris le chemin de l’écran, c’est que tout va bien…
    😉

  3. Sarro Philippe dit :

    T’as qu’a faire du Balzac.

  4. serge barande dit :

    Écrit plutôt un roman, tu y prendras tout autant de plaisir, avec la complexité et les emmerdements du docu en moins.
    Puis le roman, une fois lu, on pourra au moins faire des notes de lecture, non discriminatoires celles-ci !

  5. claude dit :

    Pour Iris : Parce que la langueur est un art.

  6. hetre dit :

    Evidemment j’opte moi aussi pour le roman parce que le couplet sur l’école, Zemour l’a déjà fait dans le style que tu proposes et je n’ai pas aimé du tout.

  7. Iris dit :

    A Claude et Bernard : Bernard, ‘te reste plus qu’à nous faire flotter et rire 😉 … maintenant, si tu nous fais rire en politique, alors là, chapeau bas ! Bonne journée messieurs 🙂

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