Interné dans le Web

L’année commence avec une résolution : moins d’internet, merde !

Si cette saloperie a été un vrai progrès, il y a un moment où ça devient n’importe quoi. Je sais pas vous, mais moi, je trouve que je passe beaucoup trop de temps relié virtuellement au réseau. En encore, j’utilise peu le téléphone comme lien externe.

Il suffit que j’ai trois trucs important en plan et, je vais me perdre ici ou là, sur des fenêtres improbables, inutiles, chronophages. Il suffit que je me décide enfin à traiter mon retard pour que tombe un mail équivalent à 5 pages manuscrites, un scénar sur Facebook avec douze liens sur le site de la madame, ses films et son CV, puis qu’une personne à qui j’ai déjà répondu m’envoie un second mail, puis un troisième. Comme si ma vie avait un statut particulier sur l’échelle du temps qui me permettait de passer 15 minutes pour Monsieur, 1h30 pour le jeune homme, 20 minutes pour réserver le bidule du 27, etc…

Vous avez le mec qui vous envoie un mail hyper long. Dans sa tête, vous le recevez immédiatement, vous le lisez et vous y répondez. Ça, c’est dans sa tête. Dans la vôtre, c’en est un de plus qu’il va falloir lire et auquel il faudra répondre. Mais vous en avez déjà sept des comme celui-là, plus deux scénarios à lire, plus un texte à apprendre, plus des papiers à faire, un docu à préparer, un machin à écrire, le blog, les courses, l’étagère à réparer, le fils qui aimerait bien causer un peu et ce putain d’agenda que vous aimeriez clarifier juste un peu… Bref, la vie qui ne s’arrête pas à ce putain de mail. Un coup d’œil à droite, et c’est la pile de papiers à classer qui vous saute à la gueule.

En dehors du temps que nous prend la web-bestiole, il y a aussi ce qu’elle glisse dans le crâne des uns et des autres. C’est étonnant comme un système qui brasse des milliards et des milliards d’informations aboutisse à ce qu’un groupe qui partage un centre d’intérêt ait vu les mêmes quelques sites, infos ou vidéos. Comme si un tri s’opérait. Parmi ces milliards d’informations, seule une poignée finit par circuler, nous faisant voir et lire les mêmes choses. Mais c’est pire que la télé. En la regardant, elle, vous subissez un flot d’informations, certes prémâchées, mais dont vous n’avez pas la maîtrise. Et du coup, vous en absorbez certaines que vous n’attendiez pas, qui vous sont imposées. Sur internet, vous pouvez trouver tout ce que vous cherchez. Mais il faut entendre aussi, seulement ce que vous cherchez. En fait d’ouverture, le système devient enfermant. Vous finissez par voir et revoir les mêmes choses, qui vont dans le sens strict de vos préoccupations du moment et rétrécissent toujours davantage votre ouverture au monde. Combien de vidéos et de photos d’animaux occupent les pages de Facebook, comme s’il n’y avait plus que l’affection pour les animaux domestiques qui puisse nous extraire de notre difficulté à vivre ?

De temps à autres, une petite explosion d’actualité vient vous tirer de votre torpeur pour vous émouvoir à pas cher ou vous faire peur.

Cette notion d’œillère satisfaisant les obsessions de chacun a été bien comprise par les recruteurs de combattants « religieux » ou encore pas les complotistes de tous poils, souvent proches des fascistes en tous genres. Le discours est simple : la télé vous trompe. Ici, sur internet, on vous livre la vraie vérité. Et comme internet est devenu pour chacun un prolongement restreint et ciblé de sa propre pensée, la mangeoire de ses pathologies, on aboutit au lavage de cerveau de toute une frange de la population, beaucoup plus vaste qu’on ne l’imagine.

Comme dans le temps que j’aime prendre pour moi, j’adore faire des conneries inutiles, je me suis amusé fabriquer une mini vidéo anti-complotiste à la façon des complotistes.

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4 commentaires pour Interné dans le Web

  1. serge barande dit :

    Excellente vidéo ! A la fin de laquelle le logo non existant – et pour cause – du Ministère de l’Intelligence et du Discernement (le MID) pourrait apparaître !

  2. Hélène dit :

    ces commentaires me parlent pas mal ! Bien résumé, merci…

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