Tout va bien !

cabane

Dans un blog, on peut tout déballer si l’on veut, le lourd, l’intime. Mais ce n’est pas une obligation. Ce n’est pas mon choix, en tout cas. Ainsi, s’il peut m’arriver comme à chacun d’entre nous d’être mal dans mes pompes, en petite forme, je ne l’écrirai jamais tel quel dans le blog. Le psychologue peut, au fil des billets postés au jour le jour, deviner ce qu’il en est. Mais jamais je ne le dis. En revanche, parler d’une phase de doute en cours de travail, relater une humeur liée à la fabrication des choses, ça oui, je peux en parler. Je me dois même d’en parler puisqu’il y a là la justification-même du blog : témoigner du fonctionnement de mon métier d’acteur et au-delà, de celui de réalisateur, voire d’auteur quand ça m’arrive. Le billet d’hier est de ceux-là. Si dans mon boulot j’ai le sentiment à un moment donné de faire de la merde, ça fait partie de mon boulot, d’un processus assez classique selon la structure psychologique de celui qui travaille. Mais ces états que je relate sont très éphémères et strictement liés au travail. Je ne dis pas qu’ils ne déteignent pas un temps sur l’humeur générale. C’est comme pour tout travail. Vous avez un souci dans votre boulot et ça résonne dans votre sphère intime. Mais ce n’est pas ce qui fait l’intégralité de votre intimité, heureusement. Un truc chiant au boulot, hop, un ciné, des amis, la vie familiale et les soucis s’estompent et disparaissent. Les vrais soucis, ils ne s’affichent pas dans un blog.

Je me permets d’écrire ceci à cause de l’article d’hier dont certains ont pensé qu’il disait que j’étais au quatrième dessous. Je disais juste que j’avais à cette étape du travail la crainte d’une certaine médiocrité et que j’étais d’une humeur de chien. Humeur de chien, ça veut dire qu’il ne faut pas emmerder la bête. Mais comme quand elle écrit, la bête est seule, aucune crainte d’effets collatéraux.

Et de fait, il s’est trouvé que j’ai vécu une super journée d’écriture, hier. A priori, changer des éléments décisifs dans un écrit existant, ça veut dire revenir sur la masse de travail qui a déjà été faite. Transformer des choses, en ajouter, en supprimer, le tout avec la conscience que l’on va déstabiliser une structure qui avait été difficilement échafaudée, que l’on va intervenir sur ses fondations puis, fatalement sur l’ensemble.

T’es un homme préhistorique et tu as construit une hutte en bois. Une fois finie, tu te rends compte qu’elle est un peu trop petite. Si t’es bourrin, tu y mets le feu et tu vas t’en construire une autre à côté. Mais si tu penses qu’elle te plaisait pour d’autres aspects, tu vas te mettre en chantier pour y rajouter de l’espace. Alors, si j’ouvre ce mur et que je fais un ajout, ça devrait suffire. Oui mais, ça va avoir l’air d’une verrue collée à la hutte. Bon, dans ce cas, je vais rallonger la charpente du côté de l’ajout, histoire de garder un truc cohérent. De l’architecture, quoi.

Mais bon, au bout du compte, les personnages ont amené le film à quelque chose de cohérent et qui tient plutôt bien la route. La fin s’arrête plus tôt qu’avant. Je crois que ça me plait bien. Juste quelques petits rafistolages et trois ajouts ici ou là, mais tout y est. Je partais battu devant la montagne de travail et le travail s’est fait tout seul par l’entremise des personnages. On n’est jamais plus intelligent que quand on arrête de penser et que l’écriture décide seule de son sort. Encore un peu de travail de finitions avant de proposer cette étape à des aides et au processus de production. Viendra ensuite l’écriture du scénario proprement dit et des dialogues. Après, est-ce que ça sera une réussite ou pas, est-ce que ça fera un film, ça ne m’appartient plus.

Pour relativiser, je tiens à préciser qu’il y a des dizaines de scénarios qui s’écrivent chaque jour. L’immense majorité termine sa vie dans des tiroirs ou sur les étagères de bureaux de productions avec l’étiquette « abandonné ». Je n’ai donc pas la prétention de vous dire que ça y est. Ça commencera à y être quand je percevrai une première rémunération pour mon travail. Pour l’heure, c’est juste de la scribouille.

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12 commentaires pour Tout va bien !

  1. Samuel Marès dit :

    en fait l’écriture, c’est du bâtiment !!!!

  2. poulain dit :

    bah,oui! bien sur !
    aujourd’hui grande journée ensoleillée.

  3. hetre dit :

    Je voulais dire : Quand l’écriture va, le bâtiment va.

  4. serge barande dit :

    C’est juste chouette ce que t’écris là.
    Le disant sans le dire, mais tout en le disant.
    L’affirmant et en précisant que, finalement – et quel que soit le talent – rien n’était jamais certain.
    Et que chaque matin que Dieu faisait, nouvelle bataille d’écriture était à mener.
    Et donc, que chaque jour, devenait un challenge nouveau…
    Ne serait-ce donc point là, l’apanage de l’orée créative ?
    ……………… !

    • anita dit :

      ben alors Serge tu t’es mis sur ton 31 ! … tiens, tiens le 12 avril … il fait un peu chauve-souris bouffeuse d’insectes celui-là

    • Blog Blancan dit :

      C’est un peu en pensant à toi que je l’ai fait, ce billet, toi qui t’inquiétais 😉

Les commentaires sont fermés.