J’y vais, ou j’y vais pas ?

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Maintenant que c’est fait, la question c’est de me décider à y aller ou pas. La première fois tu ne te poses même pas la question. Tu y vas. Quand t’es sur Indigènes, fatalement, tu y vas et tu ne regrettes pas d’y être allé. Quand t’es sur Hors la Loi, tu te demandes si tu as bien fait de venir. Non parce que Cannes, c’est super qu’un film dans lequel tu as tourné y soit, mais y être physiquement, c’est toujours d’une grande violence. Cannes n’est jamais à la hauteur (ou une fois, exceptionnellement) des attentes qu’on t’a mises (ou que tu t’es mises) sur les épaules.

Quand t’es acteur, il faut l’avouer, t’as toujours cette part de schizophrénie : le mec qui est content d’être avec son équipe et la face B, le requin solitaire qui attend d’être remarqué. Cette fameuse soif insatiable de reconnaissance qui sommeille en chacun et qui te bouffe. À Cannes, justement, tout est fait pour te faire croire que tu peux être remarqué. Il y a des journalistes à chaque coin de comptoir. Des réalisateurs en veux-tu-en-voilà, des spectateurs qui risquent te reconnaître, prêts à tous les selfies. Tu baignes dans la meute des requins affamés, appâtés de tous côtés. Il est parfois des errances pitoyables. Au bout du compte, tout ce que ça te rappelle, c’est ta vraie place. Elle se résume grosso modo à celle-ci : si tu es un acteur et que tu n’es pas un minimum bancable, à moins d’être masochiste ou inconscient, tu n’as objectivement rien à faire à Cannes.

Prenons Cosmodrama, par exemple. Déjà, dans les deux ou trois papiers qui circulent, on peut lire « Cosmodrama avec Jackie Berroyer ». Tu as beau savoir que c’est parce que c’est le fameux nom qui va identifier immédiatement le film et donner envie d’aller le voir, que c’est « normal », tu ne peux t’empêcher d’avoir la fameuse part requin qui te susurre « et moi, j’ai fait de la figu, ou bien ? C’est mon premier film ?»

J’aimerais avoir atteint le niveau de sagesse qui me permettrait de me foutre de tout ça, de profiter de la fête le plus anonymement possible. La meilleure façon de ne pas être sujet à ces affres, c’est de faire preuve d’humilité pensez-vous. À juste titre, sans doute. Mais à Cannes, ce n’est plus de l’humilité qu’on te demande. C’est de t’effacer totalement. De nier la part réelle de ton travail. Et ça, je ne suis pas certain de savoir faire.

Bref, comme dirait l’autre. On verra bien. Il me reste toujours un entre-deux un peu lâche : j’ai mon premier jour de tournage de Toril pendant le festival. Si ça tombe le même jour, le hasard aura résolu mon dilemme. Si c’est un autre jour, je viens le jour-même, me déplace exclusivement en troupeau avec l’équipe et je repars le lendemain matin, incognito. Basta. On fait comme ça ?

La réponse n’a pas tardé : Projections les 13 et 22 mai. Je vais donc y aller ! Et gérer tout ce qui précède au mieux…

 

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10 commentaires pour J’y vais, ou j’y vais pas ?

  1. Christine dit :

    Cannes…cela devrait être des films …des acteurs, des actrices…l’équipe qui porte une œuvre sans se donner en spectacle..le rêve c’est quoi…un acteur qui joue. Pas la montée des marches d’une armée de femmes sans visage pour …une marque de cosmétique…si vous pouvez y aller allez y..quand l’artiste efface les artifices pour laisser place aux émotions.au plaisir .et trouver le chemin du cœur des gens , faire briller les yeux des filles ..et des garçons..c’est ca un peu le cinéma..non ,,??

  2. serge barande dit :

    Ou alors t’y vas,… Et si par bonheur t’as la parole (en off, je ne sais où…? Du coup, aussi honnête que toi avec ma ponctuation à propos), tu peux, par excès, retenter les paroles de Pialat en 87…
    Mais bon……….

    Perso, lundi soir dernier, je ne me suis pas trompé, j’ai re-regardé « le Temps de la Désobéissance »…
    Alors après ça, le reste… en somme… n’est que piètre futilité… !

  3. hetre dit :

    Pourquoi te poser tant de questions alors qu’il n’y en a pas ?
    Pour assurer sa survie un salarié est amené à défendre son outil de travail et à défendre la marque qui le fait vivre ou survivre.
    Toi tu as choisi d’être acteur et ta marque c’est Bernard Blancan. Alors il faut assumer, de façon complète et absolue, tout le film avec le réalisateur le producteur et toute l’équipe.
    Qu’il soit bon ou mauvais, il faut défendre jusqu’au bout le boulot qui a été fait.

    • Blog Blancan dit :

      Bien sûr que ça fait partie du boulot et même des moments agréables de celui-ci. Mais tu me connais, je ne peux m’empêcher de me prendre la tête à un moment ou à un autre. Et c’est aussi vrai que, pour des gens de mon espèce, Cannes, c’est souvent prise de tête, tout simplement.

  4. Lydie dit :

    Ben t’y vas ! Parce que tu as envie d’y aller au fond.
    Ne serait-ce que pour nous régaler d’un petit topo journalistique à ta sauce !
    Et puis, le monde de l’art n’étant absolument pas objectif, pourquoi craindre des échelles de valeur ?
    Implacable et impalpable est l’art, et les gens qui font et défont les piédestals s’amuseront toujours…
    Tu as de la chance de gagner ta vie avec un travail-passion ; c’est beau ; c’est l’idéal.

    Mais… rends-toi compte que si tu étais hyper connu : tu devrais porter des lunettes de soleil même quand il pleut !! C’est pas ridicule ça ? (Et se cacher alors qu’on a voulu la célébrité !)

    Bon, t’y vas et tu nous rend ta copie au retour hein ?

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