Bilan Cannes

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Cannes 2015, mission accomplie. Une centaine de personnes n’ont pas pu rentrer à la projection du soir de Cosmodrama. Pas besoin de smoking pour une séance de l’ACID. Pour du cinéma indépendant, ça serait même de mauvais goût. Retrouvailles avec de vieilles connaissances puis direction restau. Message d’un collègue sourcier qui est de permanence Croix Rouge pour la fête du Petit Prince. Pas de souci. Je commande ma salade et je passe te voir ! Le seul truc que j’avais pas pigé, c’est que la fête en question était à l’opposé du restau. Deux bons kilomètres de marche rapide pour dix minutes d’échange sympa autour de questions peu cinématographiques. De retour au restau, la salade a refroidi. À moins qu’elle se soit réchauffée, en fait.

La fine équipe se dirige ensuite vers La Fête de la Quinzaine. Évidemment, il n’y a pas de cartons pour tout le monde. Le troupeau piétine. Même si certains passent sans carton avec l’aimable complaisance des vigiles, pour nous c’est plus compliqué. Finalement, une partie descend. J’en fais partie. Immersion dans la marée de 2000 personnes qui gesticulent, agglutinées, irradiées de musique techno, balayées de faisceaux de lumière blanche. L’accès aux bars implique dix bonnes minutes de jeu de coudes. Inutile espérer profiter de cette parenthèse pour ébaucher la moindre conversation avec son voisin. Trop de décibels. Un truc comme ça, c’est fait pour boire et danser. Et comme je n’avais pas vraiment besoin de boire et danser, j’ai quitté la fête au bout de deux minutes 17. Direction le Petit Majestic avec le producteur et sa compagne. J’y croise un collègue comédien qui me dit « putain, mais pourquoi on te voit pas davantage ? T’es un putain de comédien et t’as une palme, bordel ». On va se facebooker un de ces quatre. Une petite demi-heure après, retour à l’hôtel.

Ce matin, j’errais un bon moment sur le parvis de la gare lorsque la silhouette de Momo traverse mon champ de vision. Il n’a pas changé. Qu’est-ce que je fais ? Je vais lui péter la bise ? Lui péter la gueule ? Non. L’air d’avoir soif, je dévisse le bouchon de mon faux jus de pomme Pampryl et, au sommet de mon art, feint de ne l’avoir pas vu. Du vrai travail d’artiste : regard de vache sur le bouchon qui tourne, accentuation légère du mouvement de tête pour la première gorgée, l’œil qui traine sur un bus qui passe, une mimique légère qui exprime à la fois le plaisir de se désaltérer et la déception des saveurs artificielles. C’est là que j’ai commis une faute digne d’un amateur et qui m’aurait valu un carton jaune en match d’impro : j’ai regardé ma montre. On ne regarde jamais sa montre pour signifier qu’on attend ! Je suis sûr qu’il a lui aussi travaillé son « absence au monde ». Mais le problème dans ce type de jeu, c’est que tu n’as pas le droit de regarder ton partenaire. Je ne saurai donc porter un jugement sur la qualité de sa prestation.

Je n’ai jamais eu le courage de lui notifier, ne serait-ce que par écrit, que je voulais mettre fin à ses services. Voilà une bonne année que n’ai fait annuler le virement automatique. Il quitte la gare, traverse la rue en travaux et se retourne une dernière fois vers le parvis, afin d’avoir confirmation que je le regarde s’éloigner et par là-même, que je l’ai bien snobé volontairement. Je me demande juste si ça l’a énervé ou attristé. Mais une chose est sûre : Momo dans les parages, il n’y aura pas de papier dans la presse pour Cosmodrama.

Signe objectif de mon Cannes pépère : j’ai moins fumé que d’habitude.

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12 commentaires pour Bilan Cannes

  1. poulain dit :

    je te suis, dans ce méandre qu’est la vie…………..ha oui, Bise.

  2. Iris Lagrange dit :

    Les adieux à Momo sur un quai de gare … si je te dis que j’ai (presque) pleuré, tu me crois ? Bon, j’ai surtout ri 🙂 … le regard bovin sur le bouchon qui tourne, mais quel bonheur ! Un putain de comédien doublé d’un putain d’écrivain, affublé d’une putain de générosité, ben ça fait un putain de bonhomme ! Pis Momo et toi, c’est une longue histoire. Sûr qu’au delà de deux nuits 17 à la ‘Quinzaine’, sans carton et balayé jusqu’à l’amblyopie, de faisceaux de lumière blanche, il te rattrape vite fait par le col du costard trois pièces 😉

  3. Claude dit :

    C’est vrai qu’elle est extra, ta petite chronique du jour.
    Juste un regret : tu n’as pas compris Momo, sa gêne, ses remords, et aussi, il faut bien le dire, sa timidité : il voulait juste te demander si tu accepterais un article dans « La Sambre ».
    Quoi, la Sambre ? Tu connais pas ???
    Le journal de Maubeuge, voyons !

    • Blog Blancan dit :

      Oui, ben, si tu le croises à ton tour, dans un chapitre de roman ou sur le quai d’une gare, dis-lui que c’est OK pour la Sambre.

  4. serge barande dit :

    A part la présence (furtive) de Momo, l’empêcheur d’écrire dans la presse, et un mauvais Pampryl à la pomme (de synthèse), as-tu eu (ou l’équipe) des retours sur la projo de Cosmodrama ???

    • Blog Blancan dit :

      On se fait difficilement une idée. C’est un film beau, mais pas un film facile car il joue sur d’autres codes que ceux que l’on a l’habitude de voir. Ça n’a pas été l’hystérie collective. Et ceux qui viennent te parler, c’est toujours ceux qui ont adoré. Donc, laissons écrire la presse le moment venu et les spectateurs se faire leur propre idée.

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