Toril, les acteurs, les yeux de Lindon

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Une première journée prometteuse pour Toril. Belle séquence fils/père. Ce qui me rassure, c’est qu’à chaque film, je ne cède rien de mes ambitions. Ça veut dire que l’envie est intacte et même aiguisée au fil du temps. Cette insatiable soif d’explorer les univers du jeu au service de personnages qui ressemblent à des gens qui existent, dans un monde qui n’est pas celui de la fiction.

Quand on parle technique de jeu avec mon fils apprenti acteur, on dit et cherche les mêmes choses, à des âges différents. Ne rien attendre en retour. Faire son travail le mieux possible, être irréprochable. La reconnaissance des autres, elle vient ou ne vient pas. Peu importe, car ce n’est plus la reconnaissance de soi que l’on cherche. Si elle doit venir, c’est celle de son travail et non pas celle de sa personne.

Cela peut paraître étrange pour un acteur que l’on a tôt fait de suspecter de vouloir juste se mettre en avant. Des égos sur pattes ! Des nombrils ambulants ! Coquilles creuses figées sur leur image ! Certes, il y a toujours un peu de cela, comme en chacun de nous, en chacun de vous. Société qui valorise les égos, les encourage, les met en scène. Y compris les acteurs. Mais ceux d’entre eux, les acteurs, qui confondent la reconnaissance de leur travail avec leur propre reconnaissance, finissent immanquablement par tomber dans la dope, la dépression, le suicide réel ou symbolique, professionnel ou affectif.

Je n’ai pas regardé la cérémonie de remise des prix du festival de Cannes. Mais j’ai adoré les yeux de Vincent Lindon, sur la photo. Il était là sans être là, sur son nuage, ailleurs, très loin, au-delà de lui-même, perdu dans les souvenirs de toutes ces années passées à faire l’acteur, pensant à sa famille, ses amis proches, imaginant leur fierté de le connaître. Mais au-delà de cette satisfaction d’enfant émerveillé par tant de reconnaissance, il a dédié sa palme à tous les miséreux. Geste naïf et démago pour certains. Mais non. Il a juste rappelé que le film dans lequel il a tout donné, raconte la destinée de ceux que rejette la société du commerce et du fric. Son boulot, il servait leur cause, racontait cette injustice. Il a juste eu la délicatesse de ne pas oublier que derrière les paillettes, il y a des histoires qui sont racontées, un regard porté par le cinéma sur les imperfections de notre monde, aux antipodes des flonflons.

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8 commentaires pour Toril, les acteurs, les yeux de Lindon

  1. serge barande dit :

    J’ai croisé un peu l’esprit d’Indigènes dans les dires de Lindon. Ce qu’il portait et défendait au travers de ce film – et que lui-même défend largement au travers de divers engagements, et depuis longtemps.
    Donc ça collait. Et son émotion et sa sincérité étaient très chouettes à vivre.
    Avec aussi quelques petits accents de dérision et d’humour, si utiles pour un peu s’écarter de sa trop grande émotion. Un chouette type, un chouette clown triste.

    Autre pensée, autres images.
    Tu as tourné « Tel Père, telle Fille », une fiction, un court-métrage…
    Ben je vois, selon tes propos, que tu tournes un long-métrage… « Tel Père, tel Fils ». Une réalité cette fois-ci… et un très très long-métrage. Je te souhaite d’utiliser de très très nombreuses bobines (j’suis pas de l’époque Numérix, j’aime la rondeur, le diamètre des grosses bobines et le bruit du vieux projo, puis son odeur aussi quand ça chauffe dans la cabine exiguë).
    Tourne donc. Tournez donc ! Comme les taureaux !
    Je regarderai quand ça passera.

  2. Lydie dit :

    j’aime bien ton texte là, joli…

  3. Pascale dit :

    T’as pas vu la cérémonie…
    mais le discours de Lindon est remarquable d’intelligence !
    Tu le connais ?
    Tu devrais t’entendre avec ce garçon… en colère !

    J’arrive pas à trouver son « discours » en entier mais c’était exceptionnel.
    Ce garçon est bouleversant.
    Mais Emmanuelle Bercot (que j’aime d’amour… sa Tête Haute sera sans doute mon number one 2015 !) ne l’était pas moins.

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