Docu-menteur

ane

Ça y est. Terminé le petit montage de Bazas. Diou biban. Ce qu’il y a de sûr, c’est que je vois bien l’ampleur de la tâche si je veux faire un documentaire. Je veux dire, un vrai. En même temps que je vois bien ce que veut dire « un vrai ».

Un vrai, c’est encore plus faux qu’un assemblage de plans. C’est une prise de pouvoir sur le spectateur d’un réalisateur qui va créer un positionnement, une pensée et une profondeur imaginaires, de toutes pièces. De l’artifice. De l’esbroufe. Filmer le réel serait pour moi en accepter la médiocrité, la vacuité, le jeu des apparences. C’est moins flatteur, mais il me semble que c’est dans cet espace que se situe la vie dans sa complexité, dans ses paradoxes. Aujourd’hui, pour financer un documentaire, on vous demande de l’avoir écrit avant. Et de fait, si vous l’avez écrit avant, le film sera construit, élaboré, sous contrôle. Il sera beau et intéressant. Qui me soutiendra qu’il n’y a rien d’artificiel dans cette façon de concevoir la chose ? Quelle différence avec la fiction ? C’est qu’il y a des vrais gens ? Vous voulez dire que c’est de la télé-réalité ? Un film de Pialat ?

Dans mon esprit, pour choper le réel, il faudrait choisir un terrain, sans a priori, sans savoir ce que l’on va glaner. Juste regarder, filmer. Et, comme dans une expérience de vie, l’analyse, l’enseignement, la compréhension viennent en cours de route et après accumulation d’informations. Le regard, d’abord vague, ouvert, flou, s’aiguise peu à peu et finit par prendre parti. Mais pas à l’avance. Le dossier, ça serait : « Bonjour, je m’appelle bidule, j’ai fait ça et ça et là, je veux aller filmer tel truc pour voir comment ça marche ». Et le financeur, il dirait juste : « ok, voici un chèque. Bonne chance ! »

Parfois les vrais gens ne sont pas beaux, ne sont pas touchants, s’expriment mal, sont chiants. Ceux-là, vous ne les voyez pas dans les documentaires. Pas le droit de les montrer au public. Il faut le conforter dans l’illusion d’un monde de fiction, avec casting. Les « vrais gens » doivent être singuliers, aimables ou pardonnables. Seulement moi, par exemple, j’ai bien conscience d’être un brin ringard, avec mes bouquins à la noix. Et ça ne me gêne aucunement que j’apparaisse ainsi aux yeux de certains, puisque c’est une part de la réalité. Ringards pour les uns, formidable pour d’autres. On en connaît plein des ringards formidables ou de formidables ringards. Pourquoi se déguiser en l’un et cacher l’autre ?

Je me suis permis de m’épancher un peu, car j’ai bien conscience que je vais devoir me remettre un de ces quatre à réécrire mon projet de documentaire. Et, tel un âne, je renâcle devant la tâche. Mais j’en pense pas moins…

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16 commentaires pour Docu-menteur

  1. Lydie dit :

    Ouhlala, quel boulot en perspective !

    Seras-tu un rapporteur de paroles non retaillées, non ciselées, dites par des gens non retaillés non ciselés, tout cela laissé plus ou moins « brut », ou dirigeras-tu ton documentaire pour que le spectateur se rallie à ton opinion ? Voyons voyons, étudions ça… 😀

    Hem… tu as fait des livres ; alors, certes c’est toi qui filmes mais tu as envie de donner ton opinion ! (Inclure dans le docu ta propre expérience pourrait être franc, honnête… voire original ! Tiens, t’aurais pu demander à Mélodie de te questionner 😉 )
    Un docu totalement impartial sur ce sujet, j’y crois pas trop de ta part. Il manquerait quelque chose…

  2. Lydie dit :

    Ce serait un documentaire sur la plongée sous-marine, là, tu ferais p’têtre quelque chose de moins « engagé »…
    Quoique… tu serais capable de l’expérimenter avant !!
    😀

  3. Lydie dit :

    J’imagine… (j’suis visionnaire, tu savais pas ?) l’image très travaillée, le son aussi, les enchaînements…(tout ceci beau comme dans Ogres 😉 ), et puis le contenu du docu plutôt inattendu, crissant, touchant, amusant, mordant, pas très académique (non non faut pas, m’sieur l’ex-enseignant !)… mais au final chaleureux presque trop court !

    V’là, j’ai passé commande… C’est faisable ??
    😀

    Épui, si je t’embête, t’as qu’à faire un beau documentaire bien dans les normes, ça s’ra plus simple, tiens !

  4. Pascale dit :

    Salut bidule, alors on proscrastine ???

  5. Lydie dit :

    En fait, là, tu dois être « over-sur-booké » 😉

  6. Lydie dit :

    Tourner, tourner… à gauche ? à droite ? T’es une vraie girouette ! 😀 Alors… bon vent !!

    … euh tu tournes quoi au fait ?

  7. Lydie dit :

    Non… mais… c’est que j’ai d’autres priorités pour les infos !!
    Par exemple, QUI a gagné le dernier match de foot, hein ?? Ça, c’est très important ! Ça peut se placer dans une conversation sans problème, ça fait celle qui se tient au courant de l’actualité !!
    Connaître les scores de rugby, aussi, éventuellement…

    Oh, faut quand même que je te dise : je vais bientôt regarder Indigènes 😀

  8. Lydie dit :

    Aaah… Quelqu’un qui ne s’inquiète pas du foot… Joie, joie !!

    Ceci dit, faut quand même pas te croire original hein, t’es pas le seul à préférer le vélo ! 😀

    Indigènes, j’avais loupé la sortie…

  9. serge barande dit :

    Pas simple tout ça…
    Et la sculpture ? T’as essayé la sculpture ? Avé de la bonne glaise du bazadais, tu fais un beau bœuf gras pour célébrer la fête !
    Besoin de peu de financeurs, pas de dialogues, pas de commentaires, chacun apprécie l’art comme il le sent… mais faut avoir le bon coup de patte.

    • Blog Blancan dit :

      Je vais sculpter un boeuf gras, tè !

      • Lydie dit :

        La sculpture, c’est risqué, imagine… Bernard glisse sur un morceau de glaise mouillé (détail important !), il essaie de se rattraper… à quoi ? au boeuf tout beau tout gras, té ! qu’il vient de sculpter avec dévotion, plaf, tout tombe, Bernard, le boeuf, aïe, ça fait mal un boeuf ! Tout se casse, Bernard (l’auriculaire on va dire, pour pas faire dans le dramatique), et… sa belle statue de boeuf !! En trois mille morceaux (on est Marseillais ou pas ?). Et là c’est le drame. Parce que je suis sûre que Bernard, il aurait déjà commencé à s’y attacher, à sa sculpture…
        Trop risqué, j’te dis…

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