À lire !

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Je viens de lire un livre formidable. Le dernier salaire de Margaux Delcourt. Il s’agit des chroniques d’une quinqa en fin de droits. Vous allez penser, aïe aïe aïe, bonjour tristesse, une nana qui pleurniche la misère du chômage, qui dénonce les vilains patrons. Tout faux. Margaux, c’est un combat qu’elle raconte. Et donc, ça se lit comme un livre de guerre, comme un polar. Peu de larmes, mais une détermination sans limite qui tient de l’obsession, qui frise la folie parfois, qui ne triche jamais, ne fait pas semblant, refuse toujours l’inéluctable, croit encore, revendique, invente, se fait stratège. Ce n’est pas parce qu’on est au chômage qu’on est prêt à devenir esclave, à accepter n’importe quoi.

Ce que Margaux veut, ce n’est pas la lune. C’est juste sa liberté. Et la liberté pour Margaux, c’est métro-boulot-dodo. C’est avoir une place dans le monde. Et sa place, c’est faire le boulot qu’elle adore, secrétaire de direction, assistante, se fendre la gueule avec les copines à la cantine, faire les boutiques pour s’acheter des fringues, partir en vacances, faire des cadeaux à Noël. Elle décide que cette apparente banalité, possiblement moquée par les donneurs de leçon, les philosophes des grandes libertés, peut être aussi un choix, un choix assumé, revendiqué, louable. Travailler, c’est sa place, son droit, sa liberté, l’endroit où elle existe. Et par ce choix, elle nous interpelle dans nos fantasmes bien-pensants. Pour exister, il faudrait être artiste ? médecin du monde ? journaliste ? Pas obligé. On peut faire le choix de vies plus « communes », en se foutant des images d’Epinal et des préjugés. Ces vies-là n’ont pas moins de valeur. Au contraire.

Et tout son combat pour retrouver du travail à un âge où l’on sait que c’est compliqué, il passe par cette case : retrouver une existence, son existence légitime. Et de fait, à chaque fois qu’elle a une mission, elle en repart avec des cadeaux, des remerciements, des embrassades, les lettres de recommandation. Et puis le vide.

À travers ce témoignage qui sait prendre la distance, qui ne craint pas l’humour et l’autodérision, c’est aussi la violence de la crise économique de 2008 qui s’incarne. Le travail devient quasiment impossible à trouver, les conditions d’embauches deviennent de plus en plus délirantes, les recruteurs deviennent des monstres de pouvoir, les employés de Pôle Emploi, des gens qui font ce qu’ils peuvent, n’ayant que des stages et ateliers à proposer. Mais au moins eux, ils ont un boulot qu’ils aiment peut-être.

L’écriture tient mieux que la route. Le bouquin est né en dix jours, comme un long cri libérateur. Il est intelligemment construit. À chaque fois que le lecteur se met à penser, « tiens, elle aurait pu faire ceci ou cela », Margaux surgit aussitôt pour dire « tu penses que j’aurais pu faire ceci ou cela ? ».

Bref, je pourrais en faire des pages. Ce bouquin tire sa puissance de sa simplicité et de sa sincérité. Je l’ai lu d’une traite et le recommande vi-ve-ment !

Ne cherchez pas sur Amazon ou la FNAC. Ce livre urgent et touchant se commande directement à margaux_delcourt@yahoo.fr

https://www.facebook.com/lederniersalaire/timeline?pnref=story

Bon, après ce livre, on sent la reconversion possible de Margaux Delcourt… Dépêchez-vous, le premier tirage de 300 exemplaires est en train de fondre à toute vitesse.

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