C’est vous qui voyez…

Extrait du projet de Jean-Charles Fitoussi, "Un Kamikaze"

Cet article (assez nombriliste) est sans doute trop long (encore !) et d’un intérêt limité.

Je savais bien que c’était risqué de tenir un blog. Au début, il y a 11 ans, ça allait. Les blogs n’existaient même pas. Mais depuis, ils ont fleuri partout et Facebook s’est développé et généralisé. Désormais, j’ai parmi mes amis FB, des acteurs, des réalisateurs, des techniciens, des producteurs, des spectateurs… Si l’objectif de départ était de témoigner de la réalité du métier de comédien, avec les hauts, les bas, surtout les bas, parfois les hauts, l’arrivée des réseaux sociaux a changé considérablement la donne. En 2004, je pouvais commencer mon blog en racontant comment je me mettais au footing pour perdre du poids. C’était une problématique d’acteur. Ayant grossi après avoir arrêté de fumer, je me retrouvais avec un visage plus rond, plus doux, plus ordinaire alors que ma petite carrière m’avait vu démarrer avec un visage émacié, torturé. Comme, le plus souvent, le cinéma demande aux acteurs de ressembler physiquement aux personnages qu’ils ont incarnés précédemment, ils n’ont d’autre choix que de figer leur image. Il y a quelques mois je regardais une émission de Patrick Sébastien dans laquelle il y avait une kyrielle d’acteurs, chanteurs qui avaient connu leur époque de gloire dans les années 80-2000. On aurait dit que c’était un rassemblement organisé par des coiffeurs spécialisés en teintures. Mais je m’égare.

Avec Facebook (dont je me sers pour diffuser mon blog), peu à peu, s’est glissée la nécessité du « positif » et/ou du « polémique ». Je n’ai jamais autant de likes que quand je m’expose dans une activité publique (avant-première, festival, salon du livre, remise de prix, tournage avec des stars) ou quand je descends un truc récompensé (ce qui m’arrive rarement). Bref, désormais, si je montre que je n’ai rien à dire, rien à raconter, je fais inévitablement un flop. Alors je meuble un peu en faisant un article politique à contre-courant, en dénonçant ce qui m’ulcère dans la marche du monde. Mais on est loin du journal d’un comédien. Je vois bien que je me suis laissé enfermer dans le dictat de la communication sociale de la toile. J’y perds indéniablement une part de sincérité. Je m’y crée une obligation de produire de l’écrit à tout prix.

La communication via les réseaux sociaux a, j’en suis persuadé, une incidence. En mai-juin, par exemple, je tournais sur Toril (un super film que vous découvrirez l’an prochain). Juste avant, il y avait la sortie de La French, Cannes pour Cosmodrama. À travers mes articles, je véhiculais l’image d’un acteur heureux de faire son métier, en plein exercice de sa profession. Réussite. Cette image, elle se répandait, l’air de rien, dans les esprits. Et forcément, elle avait une incidence sur la suite. Tiens, lui, il existe, il tourne beaucoup, il est sympa. En revanche, avec cet amplificateur qu’est Facebook, si je raconte que je tourne pas, que je ne suis pas en train d’écrire un truc génial, que je me fais chier, que je suis humilié par un connard qui m’a viré de son projet sans me prévenir, aussi fort que quand je brille sous le feu des projecteurs, je deviens un has been, un aigri, un amer, un de ces mecs qu’on a juste envie de fuir et qu’il disparaisse rapidement de notre vue. Évidemment, la réalité n’est ni dans la success-story, ni dans la chronique d’un pauv’ gars.

J’avais créé ce blog pour écrire le présent de mon activité, pour éviter que l’on me regarde comme un SDF parce qu’on ne me voyait pas à a télé ou au cinéma alors que je travaillais sur un super film, ni comme une stars de magazine parce qu’on venait de me voir à la télé alors que, dans les faits, je traversais une période de galère. Et désormais, avec les changements de donne, c’est le présent qui occupe trop de place. Du moins, le présent un peu truqué de Facebook qui impose d’être un tantinet extraordinaire. Image déformée du réel.

Le vrai présent, pour en venir au fait, est assez banal, pas vraiment folichon, pas mal éborgné par les 5 projets de septembre qui sont tombés à l’eau, mais pas désespéré de part les perspectives. Mi-septembre, on se réunit avec l’équipe du Village pour connaître les contours de la saison 7 (la seconde moitié de la saison 6 devrait être bientôt diffusée), le 26, projection de Cosmodrama à Paris. Je ne pourrais être présent car je serai en train de signer Catapulte à Bordeaux au salon Polar en Cabanes. Bref, la machine à likes devrait encore fonctionner pour un bout de temps.

Aurai-je le courage de tirer les conséquences de ce que je viens de dire ? Me connaissant un peu, je n’en suis pas certain.

L’image est extraite du projet de Jean-Charles Fitoussi, Un Kamikaze.

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25 commentaires pour C’est vous qui voyez…

  1. Sarro Philippe dit :

    C’est vous qui voyez …

    Tiens ça me rappelle quelque chose:
    Matmut Atlantique c’est le nom du nouveau stade des Girondins avec 2 nouvelles recrues pour Bordeaux
    http://images.sudouest.fr/images/2015/09/03/les-nouvelles-recrues-de-girondins_3145800_800x400.jpg?v=1

  2. Sarro Philippe dit :

    Avec ce que tu as écrit, il y en a qui ont eu des problèmes …

  3. Lulu dit :

    En attendant, on te voit ce soir sur la chaine câblée dans  » LANDES »….

  4. serge barande dit :

    Raccrochage de wagons…

    Tout d’abord, vis-à-vis de ce post.
    Je ne suis pas sur face de bouse. Ce qui m’épargne. Choix perso de ringarditude forcenée et volontaire.
    Mais je pense qu’au-delà de tes intentions-intuitions initiales d’écrire et tenir ce blog, il est très logique qu’il y ait du « colatéral », toujours d’ailleurs en cohérence avec qui tu es. Et je pense que cette sincérité, même si parfois elle peut te porter quelque peu tort, reste en tes avantages. Tu es linéaire et constant en tes coups de gueules, normalement ulcéré par des faits qui révoltent la plupart d’entre nous.
    Je n’y vois ni mal ni aspect inquiétant quant au fond de tes témoignages et de nos partages à tous, dialoguistes régularisants (blogueurs-blagueurs).
    Te casse donc pas la nénette!

    Ci-après, je te rattrape le temps qui passe, j’espère que ça te fera marrer, ou pas. C’est toi qui voit. En attendant, je rentre de Basquitude le cœur plein d’aventures d’oiseaux et d’humains, mes Torils à Moi… Adichats !

    C’est là :

    Je remonte le temps, Bernard… celui de ton mois d’août.

    Ben merde ! Solveig partie… Y a de quoi rugir grave ! Et l’autre nouvelle est bien moche aussi. Même les cloportes ont une autre élégance dans leur démarche !

    Mais tu as rangé ton bureau… C’est sage ça. Ça recadre l’esprit et engage de bons futurs. D’ici que t’es un bouquin en route ou un docu filmeux qui te traînent dans la cervelle, toi… Ou même filmer un livre en train de s’écrire, comme par magie… en 24 images seconde, comme au bon vieux temps cartoonesque. Mmmmm… je me méfie de toi, Luron !

    Puis tu files au cinoche voir le Gadebois, le poil bien gélé, la veste à peu près, retrouver une famille disparate où frangins et frangines pro d’un jour, croient que t’en es et qu’ils en sont parce qu’ils en ont été, tout comme toi. Tournage d’un jour, script d’une nuit, perchman d’avant… C’est loin Cache-Cache… Mais quelque unes et quelques-uns, autour d’un bon verre de vin, s’emploient finalement à redresser le gouvernail dans le bon sens.

    Et tu nous fais une otite musicale, en plein mois d’août, à cause que les autres y font que ce qui veulent pour leur musique de film. Y a rien de plus beau qu’un grand rif des Clash sur la vue d’un grand fleuve lent, ça fait danser les truites. J’aime bien opposer lenteur et fureur. Comme deux opposées, elles finissent toujours par s’acoquiner (sauf quand le cadreur et le preneur de son se foutent sur la gueule).

    Je remonte le temps, je te dis… celui de ton mois d’août…

    Et tu as pris le temps de lire Margaux, et visiblement ça pulse un max, comme un grand rif des Clash ! Écrit en dix jours, tiré à 300… Suis sûrement niqué vu la date… Re-ronéotype d’urgence Margaux !!! (if you want, il me reste encore un peu d’encre violette qui pue, au ponton).

    L’aveu du 18 août : T’es con ! Aveu de merde, oui !!! T’as, toi aussi, le droit d’être un parvenu bien inscrit et déclaré, et même si tes droits ne parviennent pas très bien à t’inscrire fiscalement, t’en as rien à siret. Gueule donc un peu contre nos gouvernants ! T’as les droits !!!

    Le 19, un sacré putain de gros cèpe ! Aaaah là, tu me fais plaisir Lapin ! Ne va pas te blesser surtout, la montagne est pentue, et dans les deux sens ! J’en ai l’eau à la bouche tè !!!

    Bon… après t’es pas très bon dans le ramassage des bérets forestiers… T’avais pas les baguettes à cèpes, ou quoi ? C’est ça ???… Et tu rentres bredouille, booouuuhhh… (« Liliane, fais tes valises, on rentre à Paris ! » Citation de Georges M. Poète communiste du XXe siècle).
    On s’en fout, t’en as bouffé et en plus y a du taf qui se dessine. Faut pas mollir! Zou Gallinette!!!

    Mouais… de ne pas avoir trouvé de « bérets » t’a quand même mécaniquement asséché. Aridité de circonstance. Un coup à se redresser pour repeindre tous les chambranles de ta bicoque en rouge vif… Blood on the tracks, comme dirait le Bob Dylan !

    Feignasse ? Bof… Grosse ? Ben non ! La dernière fois que je t’ai vu, t’avais pas pris un gramme. Ou alors sous la plante des pieds… Mais comme t’avais des godasses, j’ai rien vu dis donc. Embrasse Alexandre Garlo de ma part. J’espère qu’il n’a pas regrossi car la dernière fois que je l’ai vu, il était pieds nus et ça se voyait. Il avait la culotte de cheval rendue au niveau des talons d’Achille. Ça m’a fait flipper, d’ailleurs.

    Eh… Trois semaines en altitude, très déconnecté du troupeau de nases à roulettes, m’ont fait un grand bien.
    Je sais quand même que le Copé il est rentré, que le Balkany y lustre ses casseroles au miror et que Talonnettes il essaie d’éructer savamment. Quant au Guéant il voit qu’il est gardé, et la famille qui peine, peine vraiment.
    Après, je m’inquiète un peu (couac !) pour l’atterrissage Placé… J’suis même un peu vert.
    Mais je ne prends pas le train, Dieu m’Anglade. Et Pierre Mondy est parti avec la Septième Compagnie, au Clair de Lune.
    Ma bagnole, toutes vitres ouvertes, fonçant le long de la Nive. Point barre.

    Sans voir ton post du 30/08 (je remonte ton mois d’août…), je savais bien qu’il éructait tre-l’au… De là à vomir, c’est tout comme ! Propos indignes. Pouah ! Et il fut président (petit « p » exprès).

    Ouaip ! A la tienne !!! Mais si j’étais Martien débarquant, et qu’aucun petit con de ma sorte ne m’offre un ponton de plénitude, je ne poserais pas mes valises sans regarder quel PIB serait sous elles. Ou alors, par la suite, je me devrais de migrer… Angela, François… votre riad est dispo ou faut que j’appelle le 115 ? Merde, j’ai plus de pièces…

    Allez……….. Ikux arte !

  5. Lydie dit :

    Ouais, t’es un vrai kamikaze… avec la tête sur les épaules !
    Continue 😉

  6. Lydie dit :

    C’est à la fois sympa et courageux de partager tes soleils et tes ombres d’acteur-auteur-réalisateur, de partager tes réflexions et tes doutes, sur un blog.
    Mais l’important, au fond, c’est que ça t’apporte d’abord du plaisir de le faire !

    FB, j’aime pas trop, mais c’est amusant de constater que c’est un puissant désinhibiteur, comme l’alcool !

  7. Lydie dit :

    PS:
    Et puis quelqu’un pour qui tout va bien, tout est positif… c’est un personnage de BD ! Euh, t’es pas un personnage de BD au fait, hein ?

  8. Pascale dit :

    pas à a télé

    Bon y’a le psy Barande qui t’analyse tout ça gratos… Et franchement si tu as le courage de lire jusqu’au bout c’est que tu vas vraiment mal. A toi de voir 🙂

    Moi je dis : vis ta vie et fais comme TU LE SENS. Ce qui n’empêche pas les états d’âme.
    Et les « like » et le nombre de commentaires ou de visiteurs ne changent finalement rien à ta vraie vie non ?
    Moi (personnellement en tant que « je »), j’ai parfois l’impression d’avoir tout déballé ma vie, mes états d’âme et qu’effectivement y’a eu un pic quand qui tu sais était mourant. Donc vaut mieux faire du sensationnel (j’aime/j’aime pas – je suis en colère – je suis très malheureux) que du quotidien (tout va bien/il ne se passe rien) SI ce que tu veux c’est des « like ».
    Suis-je claire ?
    Bref, parfois je me disais, j’en dis trop, j’en ai trop dit. Mais finalement pas tant que ça et je ne dis exactement QUE ce que j’ai envie de dire. Tu comprends ? Et y’a encore des gens qui me disent « tu fais quoi comme métier ? » Donc, j’en ai pas dit tant que ça ! Et puis quand je sens que le blog devient une contrainte, je lève le pied ou la main du clavier.

    Consultation gratuite.

  9. Lydie dit :

    Tu fais quoi comme métier, Pascale ? 😉

  10. Pierre Lagorce dit :

    Ce que nous sommes, nos états d’âme au quotidien, nos merdouilles, petites ou grandes… bof… Tu es un artiste, que diable! Transcende mon cher.

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