Fais et tu comprendras

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Au hasard de la lecture d’un roman, je suis tombé sur le précepte biblique « Fais et tu comprendras ». Ces quelques mots ont retenu mon attention, m’arrachant même à ma lecture. Fais et tu comprendras. En effet, ils semblent résumer un positionnement que j’ai fait mien tout au long de ma vie. Je l’ai toujours dit différemment, bien sûr. Disons que j’ai une intelligence concrète, plutôt intuitive, qui, contrairement à celle de ceux qui jonglent avec aisance avec les concepts, m’oblige à faire les choses pour les comprendre. Je comprends le cinéma en faisant des films. Quand il m’arrive de donner des cours de jeux d’acteur, les idées théoriques ne peuvent se formuler qu’à partir de l’expérience présente d’une scène qu’on est en train d’essayer de jouer. Tel concept sur jeu d’acteur n’est jamais mieux compris que quand sa formulation nait de l’expérience du corps. Quand j’écoute une info et que j’en fais un article de blog, je ne fais qu’organiser le chaos initial qu’elle a provoqué dans mon esprit. J’écris, et ça m’oblige à ordonner et à faire naitre une cohérence qui n’est pas obligatoirement celle que j’envisageais. L’action d’écrire m’aide à comprendre. Ce qui ne garantit en rien que ce que j’ai compris est vrai. Évidemment. C’est juste vrai dans le présent de l’écriture.

Quand j’ai vécu ma première expérience de sourcier, j’ai acheté des livres sur le sujet. Très vite je les ai entassés à peine ouverts sur des étagères. Il fallait que je vive l’expérience pour vérifier que ce que l’on avait écrit était vrai. Et de fait, en mettant au point des protocoles quasi scientifiques, en interrogeant par l’expérience tout ce qu’on voulait m’apprendre et les explications que l’on me proposait, je suis parvenu à les contredire une à une pour me forger mes propres conceptions. Ce qui m’a conduit à écrire moi-même des livres. Mais ces livres racontaient qu’il n’y a pas une explication, une vérité, mais seulement des hypothèses. La vérité n’est pas collective. Elle est indissociable de l’expérience individuelle. Et pour me forger mes propres idées, j’ai pas fait semblant. Je suis allé jusqu’à exercer une activité de sourcier, avec baguettes, pendule, clients, forages.

Cette posture fondée sur le Fais et tu comprendras n’a pas que des avantages. Elle vous rend relativiste, vous oblige à remettre sans cesse en question. Tout. Y compris vous-même. Elle vous fait avancer sur des chemins d’incertitude sur lesquels il faut toujours travailler, être actif. Quand tu vois qu’il y a à côté des tapis roulants bien huilés, encadrés de grands panneaux qui t’indiquent qu’il est inutile de te prendre la tête, qu’il suffit d’écouter ce qu’on t’explique avec la caution de « grands hommes », (penseurs, docteurs, scientificateurs, philosophicateurs, journalisticateurs, politicateurs…), tu peux penser que tu perds un peu ton temps. C’est le risque.

D’ailleurs, les religieux eux-mêmes ont senti le danger d’une telle posture. En faisant le curieux sur Internet, j’ai cherché à en savoir davantage sur ce fameux Fais et tu comprendras. Je suis tombé sur le Talmud, la Torah. Et j’ai lu ici que Na’Assé Venichma pouvait être lu comme Nous ferons et nous entendrons interprétable dans le sens de «Tout ce qu’a prononcé l’Éternel, nous l’exécuterons docilement» (Moïse, l’Exode). Grosso modo, tiens le Texte, tu verras, tout est écrit et expliqué !

Voilà comment la religion peut à la fois générer une belle idée et la transformer en son strict contraire. Néanmoins, preuve est faite que toute vérité n’est qu’interprétation.

Quoi ? T’as pas compris ? Fais donc !

Ce matin, dans un rituel France Inter qui se termine inexorablement par une rotation finale du bouton de volume, j’ai entendu la nouvelle présidente de France Télévision. Elle a évoqué l’augmentation souhaitée des ressources publicitaires pour préparer la télévision de demain. Hein ? Quoi ? J’ai rien dit. Ensuite, comme réponse à un auditeur qui était en demande d’émissions culturelles, littérature, cinéma, elle avancé Nagui et un Taratata en prime time pour un anniversaire de l’émission. Là j’ai éteint le poste, j’ai expiré profondément et me suis promis de ne pas porter de jugement. Qu’elle fasse et… on comprendra.

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20 commentaires pour Fais et tu comprendras

  1. hetre dit :

    Jusqu’ici, à part F.Dard et B.Blancan, je ne trouvais dans les romans qu’une évasion plus ou moins grande à, mes préoccupations. Mais voilà que tu en trouves avec des sujets de réflexions qui te lancent dans des réflexions hautement phylosophiques jusqu’à en perdre ton hébreu.
    Je reconnais ta recherche constante de l’absolu mais il ne faut pas prendre cette maxime à la lettre.
    Faire et comprendre. Pierre Desproges lui il avait tout compris lorsqu’il disait :  » Pour le cancer, on fait la quête. »

  2. Sarro Philippe dit :

    Et dire que cette présidente de France Télévision était chez nous avant.

  3. anita dit :

    Francisco Varela « l’inscription corporelle de l’esprit »

  4. Lydie dit :

    Comme l’enfant qui un jour réclame « … tout seul !! »,
    faire c’est s’offrir la possibilité de mieux comprendre, les choses, les autres…

    Se retrouver parfois dans l’impuissance de faire quelque chose est d’ailleurs terrible je trouve…

  5. Lydie dit :

    … mais si tu bouges le texte, c’est tout flou !! 😀

  6. Lydie dit :

    Il y a la vérité, qui peut être différente pour chacun, selon chacun. Et il y a la réalité…

  7. Lydie dit :

    Donc ça c’est ta vérité ! 😉

  8. Lydie dit :

    « as dit »

  9. serge barande dit :

    Hier j’ai fait de la confiture de pêche à la vanille et au jus de citron, durant près de quatre heures. Temps imparti à la réflexion.
    Au bout de ces quatre heures j’ai compris que même si cela sentait très bon, j’avais un peu exagéré sur le sucre et qu’elle était au final « un peu trop liquide ».
    J’ai fait et j’ai compris.
    Rien de culturel ou religieux. Juste un plaisir de fin d’été.
    Pour le début de l’automne, je tenterai la confiture de cèpes à l’ail.
    Et si entre temps, je pouvais remettre la main sur mes médicaments, ça m’arrangerait bien pour mieux tout faire et comprendre !

  10. Lydie dit :

    Hé… tu me donnes des idées, Serge, pour inventer des confitures !!

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