On n’est pas sorti de l’auberge

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Hier, proposition de boulot et pot de post-prod de Toril en soirée. J’ai aussi commencé à écrire la fiction, conformément à ce que j’avais annoncé. Mais, afin de ne pas affronter trop directement la bête, un peu par trouille et par timidité, j’ai commencé par une séquence dans laquelle des compères se retrouvent sur un ponton en bord de Garonne. Ça ne restera pas, mais c’est une façon d’associer à ma manière les copains du blog. Parce que, c’est à partir de ce qui s’écrit ici que certaines choses ont des chances de se réaliser. Pensée magique.

Ce matin, sur France Inter, c’était Tobie Nathan, ethnopsychiatre qui a pas mal étudié les magies du monde, justement. Un auditeur intervient pour parler des migrants en disant qu’on ferait bien de s’occuper d’abord des chômeurs français. J’ai pensé immédiatement à un de ces mecs de droite (voire extrême) dont c’est la justification qui masque leur racisme primaire. On a beau jouer à l’humaniste, on n’en catalogue pas moins les « méchants ». Et là, Tobie Nathan dit que cet auditeur a parfaitement raison. Les chômeurs sont des immigrés. Ils ont été contraints de quitter un monde dans lequel ils vivaient, celui du travail, et sont contraints de vivre hors de celui-ci, dans la pauvreté, le sentiment de rejet et d’inutilité. M’est revenu alors à l’esprit le bouquin de Margaux Delcourt, Le Dernier Salaire qui effectivement m’a raconté cette réalité avec force (je vous invite une nouvelle fois à lire ce livre. Vous pouvez le commander ICI).

J’ai parfois la prétention d’avoir un regard juste, distancié, relativiste, voulant échapper aux idées reçues. Ça fait du bien de voir ses propres limites mises à jour. D’ailleurs, vous aurez remarqué que je ne parle plus de la question d’actualité des migrants. Trop peur de dire des conneries tant le problème est complexe. Il ne se résume certainement pas à la photo d’un gamin noyé ou d’une journaliste qui tape des enfants ou fait tomber un père qui porte son fils. Ça, c’est les éléments qui aident les retardataires à prendre conscience du problème. Mais le régler, ça ne se fait ni avec la méthode de tri à la Sarko, ni avec notre discours de gauche bien pensante et humaniste (le mien, entre autre). Le moment serait venu d’un débat large et ouvert, laissant s’exprimer les émotions des uns et des autres, pour parvenir à une maturité qui transcende les a priori. Hélas, notre système démocratique n’est pas lui même suffisamment mûr. L’électeur n’étant pas associé à la réflexion, le débat n’ayant jamais lieu, il a toujours l’impression (l’électeur) que les décisions du pouvoir sont prises contre lui. Alors, quatre ans plus tard, il met en place un président de l’autre bord qui, fatalement deviendra son ennemi à peine élu. À quand la refonte totale de notre système politique ? Je suis parfois déconcerté par tant de naïveté…

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13 commentaires pour On n’est pas sorti de l’auberge

  1. Iris Lagrange dit :

    « Le monde n’existe qu’écrit et il est si difficile de créer » Tobie Nathan. Merci, Bernard, pour ces billets d’une justesse objective, toujours emprunte de « cette maturité qui transcende les a priori ». La clé de champs nouveaux se trouve, ‘peut-être’, à l’intérieur de l’auberge, ouvrons les yeux 😉

  2. hetre dit :

    Heureusement qu’on ne sort pas de cette auberge c’est un vrai coupe-gorge au croisement des chemins.
    Quant à l’électeur tu crois qu’il n’a qu’une impression d’être mis à l’écart ?
    Bel article tout de même; bravo !

  3. Lydie dit :

    T’as tout bien dit. 👍

  4. serge barande dit :

    Oui… le ponton est de bon ton. Un concept.

    Un havre de calme et de plénitude où le doux frou-frou des flots permet de raccrocher un peu de sérénité à son paletot.
    L’horizon du fleuve marron est libre jusqu’au méandre suivant. Et cette liberté est à l’épreuve de nos existences, faites de contorsions et méandres au-delà desquels la lisibilité des destins n’est plus.

    Le reflet blanc sur l’eau d’une aigrette passant en vol, n’est guère perturbant. Tout comme la légère brise d’Est qui fait se frétiller doucettement le feuillage des vieux frênes.
    Les hommes réunis là parlent tout bas. Non pas pour ne pas effrayer le poisson, simplement pour ne rien apporter de gênant au calme ambiant. Et bien humer la terre des marais…

    Surtout s’accorder la liberté de penser à bien la respirer. Un répit. Sa senteur est si particulière, mêlée de végétations des rives. Parfaite de celle des fenaisons, lorsque début juin les prairies proches sont fauchées. Ou parfumée par les pas d’un ami qui vient et foule au hasard un pied de menthe aquatique.

    Et ce n’est pas le Martin-pêcheur, ne pêchant pas mais passant qui, par son cri strident, vient bouleverser ceci. Il est du paysage. Petite flèche bleue fendant l’espace.

    Et c’est comme cela, sans oublier non plus le tumulte du Monde ni l’incurie crasse d’un certain électorat, que les hommes réunis là, sur ce ponton de bois, se ressourcent un instant auprès du grand fleuve calme.

    En ce moment, il est de bon ton de traîner au ponton, même virtuellement…
    De flâner, de respirer la Terre. De regarder au loin la rive opposée et le bal en vol des Milans noirs au-dessus des grands saules blancs.

    Et de vivre le Silence du Fleuve.

    • Blog Blancan dit :

      J’ai trouvé le sarment, mais où t’as mis le panier avec l’entrecôte ?

      • serge barande dit :

        Oui… euh…. Alors, c’est un sacré bazar…
        Je l’avais dans la main, figure-toi ! Quand tout à coup, j’aperçois un balbuzard pêcheur pêchant au milieu du fleuve. Ni une, ni deux, vl’à-t-y pas que je te pose le panier au sol pour saisir mes jumelles et l’observer le « pêcheur sans carte ».
        Et au même instant (devaient être planqués à m’espionner), une horde de chiens me menacent de leurs crocs acérés et m’enlèvent le panier, là dis donc ! (Pensées pour Bourvil et Gabin)
        Avé l’entrecôte dedans !!!! Oh les bougres !!!!!!!!!
        Du coup… c’est moins trivial… Me reste juste un nougat mou dans la poche de droite et un paquet de Picorettes dans celle de gauche. M’ont pas fait les poches ces saloperies canines en déserrance !
        Ben mon Bernard, on est mal tu sais…
        Ben oui, je sais bien qu’on est mal pour le casse-croûte ! Pas la peine de m’engueuler, non plus. Engueule donc les chiens sauvages qui traînent au Port de Grima !
        Surtout qu’il y avait l’inénarrable bouteille de Pomerol dans le panier… Et du bon, du vieux millésimé… Saletés de bestioles !

        PS : j’ai quand même remis les clés du « P » au même endroit, sous la… ah ben non, je dirai rien de plus ! Oui… car il y en a qui pistent…

      • Blog Blancan dit :

        Dis donc, le petit con à la tête de la meute sauvage, là… C’était pas Balou ? Non, parce qu’il lui ressemblait drôlement, au Balou…

Les commentaires sont fermés.