Note d’intention

intention

L’écriture du scénario, ça a été facile. Très facile, même. Jubilatoire. Que du plaisir. En trois passes, c’était réglé. L’affaire d’une semaine ou deux. Mais écrire la note d’intention qui va convaincre les financeurs de soutenir le film, c’est une autre paire de manches.

Au début, j’ai passé mon temps à m’excuser d’avoir écrit une comédie. Aujourd’hui, pour qu’un film reçoive la sympathie d’une commission d’attribution d’aides, il faut avant tout sortir du chapeau Le Sujet À La Mode, sujet de société de préférence. Si le message n’est pas clair, zou, exit, à la trappe ! Ça donne parfois des films dont il ne reste que le sujet, au détriment du cinéma. Enfin, c’est mon avis. Bref, je propose une farce burlesque moyenâgeuse… Pas facile d’identifier le sujet de société. J’ai en plus le souvenir d’une commission pour Ogres Niais au cours de laquelle je m’entends dire que la dramaturgie est un peu simpliste. Le gars, il a juste oublié que le texte, c’est une impro d’enfants de maternelle. C’est du passé, n’en parlons plus.

Donc, forcément, la note d’intention en version une, c’est juste une défense forcée face à toutes les conneries que je m’apprête à entendre. Quand on doit défendre ce que l’on a écrit et que l’on a des tendances paranoïaques, le jury est toujours un ennemi composé de gens prétentieux (ce qui n’est pas vrai, je vous jure).

En version deux, je trouve quelques appuis théoriques qui devraient flatter le jury. Lui faire croire à une connivence. Et puis, l’air de rien, je finis par mieux comprendre le film que je veux faire et ceux que j’ai faits. Comme quoi, ce n’est pas totalement inutile.

Et puis d’autres versions arrivent, chacune apportant ici une précision, là, atténuant des propos un peu trop raides ou défensifs. Et à la fin, à force de retouches, de copier/coller, vous vous retrouvez avec une espèce de patchwork totalement illisible et confus.

C’est là qu’arrive enfin la version qui s’approche de celle qui va ressembler à la définitive corrigée : celle qui vous a obligé à tout jeter à la poubelle pour tout réécrire d’un jet (si, si !). Ben oui, il faut gommer le labeur et redonner à l’écriture une rythmique naturelle (écrire, c’est aussi faire de la musique).

Il devrait y avoir des scénaristes d’un côté et des faiseurs de note d’intention de l’autre. C’est presqu’un métier à part entière et ça demande autant de boulot que de pondre une histoire.

10 réflexions sur « Note d’intention »

  1. J’adore la petite coquille du ‘JE jury est toujours un ennemi’ 😉 … Tu sais comme l’intention est essence-ciel … Alors à bas les excuses, à bas les modes, à bas la paranoïa … Bernard, lève-toi !

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      1. Hé hé hé 😉 Non, mais tu sais, ce que je raconte de la construction d’une note d’intention, tous ceux qui en font se trouvent confrontés aux mêmes problèmes, aux mêmes errements. La différence, c’est que je le raconte. C’est un vrai casse-tête que de se donner toutes les chances de passer d’abord un comité de lecture anonyme et silencieux (la première étape la plus difficile), puis un jury quand on a surmonté la première épreuve. Tu es obligé de te demander ce qu’on attend de toi. Sinon tu es inconscient. Et quand tu connais les enjeux (si t’as pas d’argent, tu peux pas faire ton film), difficile d’y aller comme s’il s’agissait d’aller promener son chien (je n’ai pas de chien).

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  2. La « note d’intention »… pfff… en voilà un terme à la noix ! Comme si tu n’avais pas « l’intention » de le réaliser ton projet ! Comme si l’avoir pondu, ne suffisait pas !
    Tel le paysan au maquignon : j’ai élevé ce veau pour te le vendre, mais faut que je te démontre bien que c’était dans ce but-là, au cas où tu penserais que j’allais le tuer moi-même et le mettre en pièce chez moi.
    Comme si le « jury silencieux « ne suffisait pas déjà à sabrer les projets, t’as la seconde lame qui passe ! Barbante la procédure.
    Car tu passes directement du plaisir à construire et écrire un projet, hyper jouissif, à l’étape « je vous en fais l’article ».
    Et faut convaincre la ménagère !…
    J’espère, mais a priori c’est bon, que le ruban de l’IBM ne s’est pas coincé…

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  3. L’intention mais c’est très facile…il suffit de copier les hommes politiques qui t’émerveillent rien qu’avec des intentions. Tiens au hasard étudie Morano.

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  4. Tiens, maintenant que tu maîtrises bien le sujet…
    quand je proposerai une BD à un éditeur, tu pourras m’écrire la note d’intention ? 😉

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